Le prix du génie, subversion ou diversion?

Certains coups de génie constituent presque un délit…  

Dans son texte incriminé, le rappeur Julio l’absolu a été équitable au point de donner deux couplets à chacun de ces personnages; il a été authentique, jusqu’à allouer un peu plus de temps de parole à l’un des personnages, pour mieux refléter la réalité. Après le personnage du murid extrémiste, et celui du tijaan radical, il aurait même pu ajouter le personnage de l’ibaadu « ultra-orthodoxe », qui nous sort parfois des perles bien brillantes et brûlantes.

Que reproche t-on à cet artiste?

Il a commis l’erreur d’être brillant. Il mériterait presque un tout petit tour au trou, pour excès de brio, histoire de mitiger un peu la flamme qui l’habite. Certains coups de génie sont presque un délit.  Il arrive parfois à l’artiste, d’avoir des inspirations si brutes, si belles qu’on ne peut se permettre de ne pas les révéler. Oui, le génie a un prix. On me dira que le mot génie est une déformation de Djinn qui aspire a brouiller la société des hommes.  Je connais cette réplique.

Il a commis l’erreur de laisser ses personnages prendre en charge le discours. Avec un « je » bien marqué. Faire citer ces paroles auraient eu moins d’impacts. En se les appropriant et en les présentant au discours direct, ils ont plus d’impact. Il a usé d’une stratégie argumentative et rhétorique polémique, provocatrice, et risquée à l’air des réseaux sociaux et de la manipulation de contenu. Nettali xuloo, xuloo la.

Et enfin, il nous a exposé, en une seule prise, à une surdose de ces genres de paroles extrém(ist)es qui sont d’habitude distillés à petites doses à la population, par-ci par-là, par des orateurs zélés. 

Mais le personnage de la chanson, dans un contexte de fiction, n’a pas prononcé un seul mot qui n’ait déjà été entendu en privé ou en public, dans un contexte authentique,  par des personnalités des confréries concernées, à une heure de grande écoute. 

On aurait donc arrêté l’artiste. Pourquoi faire? Pour qu’il explique aux agents de la DIC le sens de son inspiration et l’essence de ses aspirations? L’art ne s’explique pas, sa compréhension requiert détachement et hauteur. Si on fait dans le pointillisme, Messieurs, il y a d’autres sujets qui requièrent votre attention. Peut-être qu’en le retenant plus longtemps, il pourrait vous passer, un peu de son génie. Qui sait?

C’est vrai qu’à la décharge de l’artiste, le Wolof dit « nettali xuloo xuloo la » (relater une dispute en génère une toute nouvelle), mais le Wolof nous commande aussi, avant d’accuser un berger, de comprendre d’abord le sens de l’air qu’il fredonne: « ba laa nga fel gemmiñu samm xamal njëk li mu walis »…

Ce texte particulier, écrit il y a un an, aurait pu passer inaperçu. Il fait surface, inopinément, à un moment critique où la population a besoin de détourner un peu son attention des inondations qui reviennent comme un cancer après la chimio. Parlant d’inondation, le wolof, encore lui, appelle l’eau « ndox », autrement dit, celui qui marche (dox). 

Trouvez un chemin à cette eau, elle obéira à sa nature, et circulera.

 

 Malé Fofana PhD

AuteurConseiller linguistique et communication 

ComUnicLang-Bataaxel

https://www.comuniclang.com/

Sherbrooke, Québec, Canada

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