Le Péché mignon: le mensonge politique ou la politique de la mégalomanie.

« Quand le buffle défèque, ça merdoie de loin », écrit Aimé Cesaire dans son ouvrage théâtral  » Une saison au Congo » (1967).
Alors, il était une fois, un politicien draguait une trainée des cabarets:
– Je suis politicien, dit-il, mais très honnête.
Répliquant à ce propos cynique et maladroit, la catin lui répondit, d’un ton alliant ironie et sarcasme.
-Je suis prostituée, insiste-elle, mais vierge.
Le dialogue ainsi instauré s’est déjà porté sur du faux.

Or, cette courte scène anecdotique,si hilarante et burlesque, représente schématiquement la dégradation morale qui règne dans l’espace public avec l’effondrement de la parole publique de manière générale, et celle politique de façon particulière. Et la mécanique du mensonge s’érige ainsi en maladie systémique congénitale à nos régimes politiques et structures socio-culturelles. En attestent d’ailleurs les incohérences toujours constatées entre les discours officiels et la réalité des faits. La communication de nos gouvernants sur beaucoup de questions sociales comme celle relative à l’emploi et l’employabilité des jeunes qui est encore d’actualité masque difficilement la réalité d’une politique de jeunesse vide de contenu et l’inexistence presque absolue de perspectives économiques pour cette frange importante de la société avec un fort taux de représentativité démographique; soit plus de 80% de la population nationale.





Alors, lors du premier mandat de sept ans du Président Macky Sall, ses affidés et thuriféraires tenaient mordicus à nous faire faire avaler des salades sur « une considérable réduction » du taux de chômage avec des milliers d’emplois déjà créés, disaient-ils, par la magie fantaisiste des chiffres astronomiques qu’ils manipulent avec dextérité. Mais la réalité est tout autre. En effet, en 48 heures d’appel à candidature pour un recrutement direct dans le secteur de l’enseignement suite aux émeutes de mars 2021, plus de 150 000 jeunes diplômés, déboussolés par la sempiternelle recherche d’emploi ont déjà candidaté, dont les moins diplômés sont des bacheliers. Alors, le rapport entre les candidats à l’emploi dans l’éducation et le nombre à sélectionner présente un faible taux de moins 4%. Cela en dit long des mensonges politiques à la source desquels nos régimes ont l’habitude d’abreuver l’opinion publique sur la question de l’emploi, avec la complicité d’une partie de la presse qui joue à la dissimulation, la déformation de la vérité et au traitement superficiel de certaines informations au grand profit du pouvoir en place.

On se souvient encore des  » plus de 40% du budget national injectés dans le secteur de l’éducation » que les raspoutines et strapontins de Wade nous affublaient, telle une formule incantatoire du régime d’alors sans aucune démonstration scientifique rigoureuse.

Par contre, une grande nation doit être construite sur des vertus. Et la vérité est la matrice centrale de laquelle sont forgées toutes les vertus qui fondent l’humanité.
 » Le temps polit la vérité et ronge le mensonge », a-t-on toujours dit, mais  » le temps destructeur, nous dira Ovide, s’avère incapable de donner vie à la vérité, l’assassine et l’enterre en catimini sous le linceul du mensonge et avec la complicité de l’intoxication dans le tombeau de la dissimulation » au  » Cimetière de la morale », pour paraphraser Rolland Jaccard.

Et on revient nous parler de secret d’État. Ainsi, sur beaucoup d’affaires politico-judiciaires comme celle du fameux coup d’État de décembre 1962, le flou règne encore autant que sur l’assassinat de maître Seye en 1993.

En outre, légitimant de par leurs actes et paroles, le mensonge dans le landerneau politique, certains hommes politiques ont fini de rendre l’espace public infesté de toutes insanités et bassesses qui, en retour, atteignent aujourd’hui gravement toutes les couches sociales.

C’est pourquoi, la doyenne des écrivains sénégalais dans son dernier roman,  » L’empire du mensonge », publié en octobre 2017, Aminata Sow Fall, s’attaquant à ce fléau terrible qui détruit les structures socio-culturelles les mieux établies, écrit : » Jadis, honni, vomi, dégradant, considéré comme la mère puante de toutes les formes de décadence morale, le mensonge, doucement, longuement et sûrement s’est insidieusement ancré dans les habitudes quotidiennes ».

Conséquence? Le faux devient l’enfant putatif du mensonge: faux décret, faux arrêté, fausse information, infox, fakes news, faux journaliste, faux avocats, faux magistrats, faux policiers ou gendarmes, faux enseignants, faux marabouts… On en est ainsi arrivé au point qu’on doute de certaines informations historiques relatives à des figures marquantes de notre histoire. Des mythes, des légendes ainsi que des affabulations romanesques et fantaisistes risquent de peupler notre mémoire collective , si on n’en prend pas garde.

Mansour Shamsdine Mbow, Professeur de Lettres et Chroniqueur.

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