Le Mackynarovirus (Par Ndukur Kacc Essiluwa Ndao)

Où en sommes-nous avec le Mackynarovirus ?

Eh bien comme disent les vieux, le virus se répand. Classique. Macky ira jusqu’au bout de sa stratégie de conquête d’un troisième mandat. Sauf si on l’arrête. Malgré tout quelque, chose mérite d’être signalée. L’erreur, c’est de singulariser les choses. Macky est juste un accélérateur de la gangrène. On l’oublie souvent. C’est sûrement le défi d’aujourd’hui. Nous sommes en face d’une polarisation extrême : entre les rapaces polyformes qui ont un dénominateur commun, celui d’avoir vampirisé le pays depuis 1960, et en face des « fâchés » qui veulent de bonne foi faire bouger les lignes ou qui peinent à transformer les frustrations quotidiennes du sénégalais lambda en mobilisation significative. C’est ce jeu d’ombres qui trouble.

Guy est en prison tout comme Khalifa avant. Et personne ne bronche sauf les mouvements atypiques. L’affaiblissement du modèle politique a subi les contrecoups du clientélisme. La politique est devenue une affaire de survie individuelle et un bouclier pour la prévarication. Aujourd’hui, on a des gens qui « comptent » sur l’espace public et qui attirent même une certaine sympathie alors qu’ils n’ont aucune expertise connue, encore moins un métier, et qui n’apportent aucune valeur ajoutée par rapport à ce qui est censé être la priorité des Sénégalais.

Comment en est t’on arrivé là ?

L’écosystème est corruptogène. Ce qui se passe sert paradoxalement les voyous et beaucoup de ceux qui prétendent dénoncer la situation ou jouer aux médiateurs pour ne pas dire aux courtiers. Restent alors les cyber-indignés, les baroudeurs qui n’ont pas le soutien des masses (qui les soupçonnent parfois de s’agiter pour finalement aller manger à la soupe comme leurs devanciers), certains intellos qui veulent le changement sans mouiller la chemise et qui sont assis sur leurs certitudes.

La plus grande réussite des politiciens c’est d’avoir convaincu une grande masse que ceux qui les combattent sont quasiment comme eux à la seule différence qu’ils ne sont pas encore aux « affaires ». L’autre paradoxe c’est qu’on a jamais parlé autant de « polotik » qui rime avec enrichissement sans cause et redistribution ciblée, mais on réalise qu’il existe aussi un processus de dépolitisation massive. Si la politique rime avec un engagement pour une cause plus importante que soi, une ligne, une discipline, un projet de société, une formation de base et un sens éthique, le distributeur automatique de billets du quartier a tué l’école du parti et la dignité. La paupérisation des masses et les rêves volés aux jeunes font le reste. Chacun cherche son « parrain » y compris pour aller au Paradis ou en Enfer…

Comment sortir de l’impasse ?

La demande de Ndiaye illimix dépasse la question du mandat de Macky. Comment procéder au nettoyage des écuries d’Augias et modifier le projet de société ? Sommes nous prêts à changer nous mêmes pour nous astreindre à travailler, être transparent et discipliné, mettre en phase nos proclamations morales, religieuses, familiales et nos actes citoyens, renoncer aux passes droits et à la petite ou grande corruption, accepter une réédition des comptes, etc. ? Il ne s’agit point de bâtir une société idéale et chimérique. Mais juste de s’accorder sur un pacte citoyen minimum et d’en faire une demande et une exigence sociales.

A mon avis c’est la conversation qu’on devrait avoir. Plutôt que les épiphénomènes qui captent l’attention en ce moment. La flambée de la corruption, les tempêtes dans le verre d’eau de l’APR, la confiscation des libertés, la hausse de l’électricité et le silence des figures dites morales sur la souffrance de certains Sénégalais, le jeu de cache-cache avec les enseignants, les voleurs de midi qui se pavanent et qui nous narguent etc. participent d’un mal plus profond. Le Mackynarovirus était là depuis longtemps. Seulement le virus se mue et s’adapte à l’écosystème changeant. C’est aussi pour dire que ce ne seront pas les entreprises solitaires ou les pactes avec les diables en dormance qui vont aider à changer de paradigmes.

Certains se voient déjà avec un destin présidentiel. La réalité c’est que le pouvoir n’a jamais été aussi fort et bien ancré. On l’oublie voire on caricature la vraie nature du régime actuel. Cela procède à mon avis d’une grande naïveté politique ou d’une sous estimation des rapports de force. Le travail politique des opposants à mon avis ne vient que de commencer. Et ça commence par le terrain et l’organisation des instruments politiques. Autrement, le Mackynarovirus continuera sa logique tentaculaire de prédation, même après Macky. Car cette question n’a jamais été sociologiquement singulière. Elle est transversale à Macky, tant que nous refuserons d’être dans l’alternative et de privilégier les fausses alternances vite accaparées par le conglomérat des initiés.

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *