Le Coronavirus : Un rappel à l’ordre par la nature ou une alerte pour protéger la faune sauvage ?

La pandémie du Covid-19 est la nouvelle menace planétaire en ce début d’année 2020. Depuis son apparition en Décembre 2019 à Wuhan dans la province du Hubei en chine, jusqu’à sa déclaration par l’OMS le 11 mars 2020 comme une pandémie mondiale, tous les secteurs de l’économie mondiale ont fait les frais de ce virus, nommé SRAS-CoV-2.

Si beaucoup de publications, de déclarations sont relatives à son impact sur la santé mondiale, l’économie, la géopolitique, peu de réflexions sont centrées sur la racine du mal. Les travaux de Andersen et al. (2020) sur l’origine du SRAS-CoV-2 publiés dans la revue Nature Medecine en mars, ont montré que, d’après des données génomiques, le SRAS-CoV-2 n’est pas une construction de laboratoire ou un virus manipulé à dessein, mais plutôt un virus d’origine naturel. Cela ne fait que confirmer ce qui a été dit depuis l’apparition de la maladie par la majorité des scientifiques, à savoir, sa transmission à l’homme par l’animal. De nombreux animaux sont au banc des accusés bien qu’à l’heure actuelle il n’y a pas la preuve scientifique formelle sur l’animal qui aurait transmis le virus à l’homme. Cependant un consensus des chercheurs semble graviter autour du pangolin et d’un autre hôte intermédiaire, la chauve-souris, qui est connu comme étant un réservoir de virus. Un article scientifique publié en février dans la revue BioRxiv par Zhang et al.,(2020) a révélé que le SRAS-CoV-2 partage 91,02% de son génome avec les souches isolées des pangolins. Le marché de Wuhan, avec ses cages remplis d’animaux sauvages vivants, serait le point de départ de la transmission à l’homme. Dans le cas de l’épidémie de SARS de 2003, il a été prouvé scientifiquement que la civette serait l’hôte intermédiaire et le réservoir naturel du virus. En effet, Sras-CoV1 partageait 99,8 % de son génome avec un coronavirus isolé des civettes. Dans le cas du virus Ebola les chauves-souris seraient les réservoirs du virus.

Si l’humanité en est arrivé à cette situation c’est parce qu’il y a une très forte pression sur le monde naturel. Les habitats de la faune sauvage sont détruits et fragmentés, avec comme corollaire une érosion sans commune mesure de la biodiversité. Ainsi l’homme s’est mis volontairement au contact de la faune sauvage. Toujours à la recherche effrénée de gain, il a chassé, traqué, attrapé et transporté sur de grandes distances les animaux sauvages qui sont mis en vente dans les marchés asiatiques, africains et sud-américains au mépris de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Les humains en grand nombre dans les marchés et en contact intime avec les fluides corporels de ces animaux, créent un cocktail idéal pour l’émergence des maladies virales. Aussi, les animaux sauvages sont devenus des animaux de compagnies surtout dans les pays en développement, ce qui augmente considérablement la transmission des virus et autres pathogènes de l’animal à l’homme. La consommation de viande sauvage dans le monde est également une des causes de l’apparition de pathologies inconnues jusque-là. Par exemple en chine la viande de Pangolin est très consommée et ses écailles sont utilisées en médecine chinoise.

Cette situation est inhérente à la destruction des écosystèmes forestiers et des zones humides, entraînant une perte de biodiversité animale et une hausse des risques de transmission de maladies infectieuses de l’animal à l’être humain. Comme la si bien dit la réalisatrice Coline Serreau dans un message daté du 30 mars 2020, « Les virus sont des êtres puissants, traitons-les avec respect, du moins avec modestie…. La guerre contre les virus sera toujours perdue, mais l’équilibre entre nos vies et la leur peut être gagné si nous renforçons notre système immunitaire par un mode de vie non mortifère ». Ainsi, il est indispensable aujourd’hui de chercher des solutions pour restaurer les écosystèmes dont nous dépendons et créer des lieux résilients et hospitaliers pour la vie sauvage et les êtres humains.

La nature nous rappelle à l’ordre, elle se défend à sa manière et le petit virus remet les pendules à l’heure. Depuis le confinement de près de la moitié des habitants de la planète, les forêts souffrent moins, la faune est moins braconnée, l’atmosphère respire, les océans soufflent et notre empreinte écologique a baissé. Les niveaux de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre ont diminué de façon drastique dans le monde depuis l’apparition du Covid-19. Des chercheurs américains ont récemment déclaré que les résultats préliminaires de leurs recherches sur le sujet ont montré que le monoxyde de carbone provenant principalement des voitures avait été réduit de près de 50% par rapport à l’année dernière.

J’ose espérer que l’humanité va beaucoup apprendre de cette situation pour comprendre que nous sommes une seule espèce (Homo sapiens) parmi les 2 millions d’espèces décrites par la science. Toutes les espèces ont une valeur intrinsèque et doivent être libres dans leurs milieux naturels, éloignés du super prédateur qu’est l’homme. Si nous continuons, dans notre propension à vouloir transformer la nature et à vouloir l’artificialiser, nous devons nous attendre à l’apparition d’autres virus plus dangereux que le SARS-CoV-2.

Pr Daouda NGOM
Ecologue, Agroforestier
Département de Biologie Végétale/UCAD

Références
1- Zhang T., Wu Q. et Zhang Z. 2020. Pangolin homology associated with 2019-nCoV. BioRxiv (2020).
2- Andersen K. G., Rambaut A., Lipkin W. L., Holmes E. C & Garry R. F. 2020. The proximal origin of SARS-CoV-2. Nature (2020)

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