Sénégal : Le 13 mai 1963, la Haute Cour de justice du Sénégal a condamné Mamadou Dia pour « tentative de coup d’état »

Le 13 mai 1963, le président Mamadou Dia, en faveur duquel n’avait été retenue aucune circonstance atténuante, est condamné à perpétuité et déporté dans une enceinte fortifiée à Kédougaou. Ses coïnculpés, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye et Valdiodio Ndiaye, sont condamnés à vingt ans de détention criminelle, et Alioune Tall est frappé de cinq ans d’emprisonnement et de dix ans d’interdiction de séjour. Ce fut le verdict à l’issu d’un procès pour « tentative de coup d’État » dont la défense est assurée par Mes Robert Badinter et Abdoulaye Wade. Il est emprisonné à Kédougou de 1963 à 1974, date à laquelle il sera gracié par la Président Léopold Sédar Senghor, puis amnistié en 1976.

Mamadou DIA est né à Khombole (région de Thiès) en 1911, d’un père Toucouleur originaire de Kanel, cheminot à Thiès puis policier à Khombole, et d’une mère sérère, orignaire du Baol. Avec le président Senghor, à la suite d’une opposition à la direction de la SFIO sénégalaise tenue par Lamine Guèye, ils créent le Bloc démocratique sénégalais (BDS), parti politique qui tient son congrès fondateur du 15 au 17 avril 1949 à Thiès. Mamadou Dia est désigné secrétaire général et Senghor président, parti rebaptisé au cours des années Bloc populaire sénégalais (BPS) puis UPS.

Grand Conseiller de l’AOF en 1948, Mamadou Dia devient ensuite sénateur du Sénégal (1949-1955) puis député, avec Senghor, à l’Assemblée nationale française en 1956, où il siège au sein des indépendants d’outre-mer (IOM).



Lorsque le Général Charles de Gaulle propose un référendum sur la communauté française en 1958, Mamadou Dia et Léopold Sédar Senghor s’opposent sur la position à prendre : Dia est favorable à une rupture avec la France, et Senghor veut conserver le Sénégal dans la communauté. Le Sénégal reste finalement dans la communauté et s’installe alors au sommet de l’État un système politique bicéphale : la politique économique pour Mamadou Dia, la politique extérieure pour Senghor. Leurs relations s’enveniment peu à peu : Mamadou Dia milite pour une rupture plus nette avec la France et prépare une sortie planifiée de l’économie arachidière, volonté exprimée en 1961 dans un ouvrage qui heurte les intérêts français.

Dans un discours sur « les politiques de développement et les diverses voies africaines du socialisme », le 8 décembre 1962 à Dakar, Mamadou Dia prône le « rejet révolutionnaire des anciennes structures » et une « mutation totale qui substitue à la société coloniale et à l’économie de traite une société libre et une économie de développement ». Cette déclaration motive des députés à déposer une motion de censure contre le gouvernement, motion Mamadou Dia tente d’en empêcher l’examen en bloquant les députés l’accès à l’Assemblée nationale par la gendarmerie. Cet acte est alors qualifié de « tentative de coup d’État » et il s’ensuit le vote de la motion de censure au domicile du président de l’Assemblée, Lamine Guèye, l’arrestation de quatre députés, leur procès et la condamnation.

Cet épisode dramatique de l’histoire du Sénégal reste pour de nombreux politologues et historiens la première véritable dérive politicienne du régime de Senghor.

À la proposition de Senghor de le libérer contre son engagement à renoncer à la politique, Dia a répondu qu’il préférait « vivre libre en prison plutôt que d’être prisonnier dehors ».

Mamadou Dia est auteur de plusieurs ouvrages, il signe notamment Réflexions sur l’économie de l’Afrique noire (1954), Nations africaines et solidarité mondiale (1960), Islam, sociétés africaines et culture industrielle (1975), Afrique : le prix de la liberté (2003), Echec de l’alternance au Sénégal et crise du monde libéral (2005)

Mamadou Dia est mort le 25 janvier 2009 à Dakar.


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