Lady Jane Grey

Elle était jeune. Elle était belle. Elle, c’est Lady Jane. Lady Jane Gray est née en octobre 1537. Petite fille du roi Henry VIII, elle régna sur le trône du royaume d’Angleterre pendant plus d’une semaine, ce qui lui vaut le surnom de «la reine des neuf jours». Elle accède au trône après que le roi Edouard a évincé deux filles de Henry. Mais, très vite, sa cousine Marie prendra le dessus. Elle est écartée du pouvoir et enfermée à la Tour de Londres d’où elle sera extraite pour être décapitée.

La décapitation de Lady Jane émut plus d’un. Tant elle était belle, tant elle était jeune. Ses contemporains voyaient, aussi, en elle l’un des esprits féminins les plus érudits du XVIe siècle. Et elle fit encore preuve de grande dignité au miment de monter sur l’échafaud. « Gens de bien, je viens ici pour mourir, condamnée par la loi… » Et pardonna d’avance ses bourreaux, elle les prie de la « dépêcher promptement ».

L’arrestation et l’incarcération à Tambacounda de Malick Noël Seck avait ramené ce souvenir de lecture à ma mémoire. Lady fut condamnée parce qu’impliquée dans une lutte pour la dévolution du pouvoir comme le leader de la Convergence socialiste, d’ailleurs. Malick, dans la lettre qui lui valut d’être déporté au bagne de Tamba, fit preuve de beaucoup de courage. « Vivre coûte beaucoup, mourir également. Faire front exige de la dignité. » Ainsi s’adressait-il aux juges du Conseil constitutionnel. Enfin, sa belle plume révèle une intelligence fine.

Si j’ai remis au goût du jour ce texte, ce n’est certainement pas pour rendre hommage à Malick Noël. Mais surtout pour dénoncer les conditions de détention de Guy Marius Sagna.

À propos de la décapitation de Lady Jane, Kant fit ce commentaire : « Si la condamnée a commis un délit, elle doit mourir qu’elle soit belle, laide ou vieille. Toutefois, précise le philosophe, la peine doit être délivrée en évitant tout mauvais traitement qui pourrait avilir l’humanité en la personne du condamné. Les conditions de détention de Guy sont avilissantes pour la justice sénégalaise, pour l’administration pénitentiaire, pour tous les Sénégalais ?

Qu’a fait l’activiste pour mériter un si long séjour en prison et dans une cellule pour terroriste ? Quand la Justice est utilisée pour briser des citoyens, elle devient une scène sur laquelle se joue un théâtre de mauvais goût avec, comme acteurs, des procureurs en transe.

La Tour de Londres, lieu où Lady Jane fut en prison, a un lourd passé sanglant. Elle est témoin de plusieurs exécutions. Ce qui en fait un lieu hanté, certainement par les nobles âmes qui y furent torturées et pour châtier les tristes bourreaux.

Mamadou Dia, Khalifa Sall, Guy Marius Sagna et tous les autres mis en prison injustement et dans des conditions humiliantes vont hanter nos consciences si tant est que nous soyons des âmes sensibles à l’injustice.

Moustapha Faye, Professeur de Philosophie, Directeur d’établissement scolaire.

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