La situation politico-judiciaire au Sénégal : Lettre aux Sénégalais (Par Etienne YATT)

Mes Compatriotes : Sénégalaises, Sénégalais ;

La situation politico-judiciaire qui prévaut dans notre pays, depuis le Mercredi 03 Mars 2021 notamment, nous interpelle toutes et tous.
Par-delà la lutte entre partis politiques: celui au pouvoir du Président actuel M. Macky SALL et celui de l’opposition avérée PASTEF du Président Ousmane SONKO, c’est l’ « intérêt général » de notre pays qui est sur la pente du péril.

Avec les évènements du 03 Mars 2021, l’heure est venue pour chacun (chaque un) de nous, de se montrer digne d’être sénégalais, en offrant sa vie : mentale/intellectuelle, émotionnelle, croyante, morale, éthique, physique, à l’établissement ou au rétablissement du juste ; un juste adossé au vrai et garantissant un vivre ensemble pacifique.

Chacun de nous, d’où qu’il soit situé, de quelque origine ethnique qu’il ait pris issue, de toute confession religieuse qu’il soit ou dont il se réclame, de tout parti politique et de toute obédience qu’il soit, l’heure est venue de prendre nos responsabilités citoyennes pour dire et défendre au prix de sa vie ce qui suit : nous, toutes et tous, avons un héritage que personne, mais alors personne, du Président de la République au dernier né de l’instant n’a le droit de prendre à la légère encore moins de compromettre. Cet héritage c’est la PAIX.

Du Président de la République au dernier inconscient qui se livre à la casse des biens d’autrui ou des biens nationaux, nous devons tous reconnaître et acter le fait que, sans cet héritage précieux qu’est la Paix, sans le développement volontaire et jamais mécanique de la conscience citoyenne et patriotique qui nous permet de reconnaître sa valeur fondamentale, d’accepter sa suprême nécessité économique, d’intégrer son caractère indispensable dans le vivre ensemble, nous conduisons, toutes et tous, notre pays dans les abîmes de la violence dont les conséquences seront dommageables pour toutes et pour tous.

Et dans ce cas, nous toutes et tous, du Président de la République, dis-je, au nouveau-né de ce jour, en passant par tous les corps de métiers dont précisément les forces de sécurité intérieure et extérieure ainsi que les forces de l’ordre républicain ( : Police, Gendarmerie, Armée….), serons responsables et coupables. Responsables et coupables du mal faire notre devoir ou de laisser faire l’injustice et de laisser s’installer l’indignité; soit par peur de perdre des avantages matériels relatifs au statut, soit par inconscience, soit par lâcheté, toutes choses qui nous mènent à préférer vivre dans l’indignité plutôt qu’à nous battre pour la dignité voire à accepter de mourir pour et dans la dignité.

Mes compatriotes : sénégalaises, sénégalais, l’heure est de dire à tous les chefs religieux : musulmans, chrétiens, mais aussi à tous les chefs traditionnels, qu’aujourd’hui, le devoir qui nous incombe est de sortir de toute réserve pour dire publiquement, calmement et sereinement, à toutes et à tous, que seule la Justice peut et doit garder force de loi.

La justice dis-je. Mais comprenons bien que cette Justice est irréductible au judiciaire, même s’il est vrai que tout citoyen est fondé d’attendre de ce judiciaire la résolution des conflits dans l’équilibre des intérêts lorsque ces derniers ne trouvent pas de règlement direct et pacifique entre les parties en conflit.

  • J’interpelle ici toutes les forces vives de notre Nation. Notre Nation est notre patrimoine commun, indivisible mais destructible.
    Aux administrateurs de la justice judiciaire ( : Magistrats et collaborateurs de tous les niveaux investis à cette fin), vous avez le devoir juridique, l’exigence morale et l’obligation éthique d’être au moins dignes d’être investis d’un tel pouvoir et donc dépositaires d’une telle autorité. Chez vous, l’amour de cette dignité doit l’emporter sur tout autre intérêt promotionnel, matériel, mais aussi sur tout autre considération telle que l’appartenance à la même communauté religieuse, ethnique, au même parti politique, à la même obédience, au même genre. Sinon, vous devez reconnaître et nous devons vous dire que, pour diplômés que vous soyez, vous n’êtes point dignes d’être à cette place, d’occuper cette fonction ; d’être investis pour cette mission.
  • À vous les chefs religieux, en pareilles circonstances, si vous ne sortez pas de votre réserve pour dire clairement à toutes et à tous que la vérité et la justice, sous-bassement indispensables à la paix de notre pays comme à celle de tous les peuples, nous font devoir de cohérence de vie, vous n’êtes pas à votre place.
    À cette place où vous êtes, place où Dieu et nous, femmes et hommes de ce pays, nous vous avons investis du pouvoir de nous prêcher les vertus de la sanctification, nous vous demandons d’incarner la dignité d’en être investis en proclamant tout haut et à tous, que la situation qui prévaut aujourd’hui au Sénégal est injuste et indigne de nous toutes et tous.
  • À vous les intellectuels de tous les niveaux, en pareilles circonstances, refuser de nous engager à éclairer la route polico-judiciaire de notre pays, ne pas affirmer les conditions de possibilités et d’effectivité d’un vivre ensemble pacifique; conditions que sont la vérité et la justice, c’est nous rendre indignes d’être reconnus comme des sujets pensants.
    Nous autres intellectuels, de fait ou supposés tels, notre parti est notre patrie et de nous cette patrie attend légitimement une analyse sans parti pris ; un éveil sans complaisance au devoir de vérité et de justice.

Nous devons éveiller nos compatriotes à l’existence de la nécessité d’articuler la protection de nos intérêts nationaux aux intérêts des étrangers chez nous et nos intérêts à l’étranger. C’est au Président de la République qu’échoit au premier chef cette articulation. Et nous avons le devoir de le lui rappeler sans insolence et sans complaisance. Personne ne doit être inquiété pour s’être attelé au rappel de ce devoir d’État. Et la justice judiciaire doit protéger quiconque s’y emploie.

Ce que subit actuellement M. Ousmane SONKO n’est d’aucune justice dont soit digne notre pays, le Sénégal. Et quiconque se tait face à cette situation injuste et injustifiable, quelles que soient les acrobaties conceptuelles auxquelles on puisse se livrer, doit se considérer pour le moins comme coupable par passivité.

L’appareil judiciaire de notre pays ne doit être pris en otage par et pour personne ; pas même pour des dirigeants politiques actuels ou en devenir.

  • À vous, enfin, M. le Président Macky SALL, je me dois de vous dire que votre position vous fait devoir d’être le serviteur de l’État et donc de tous les citoyens sénégalais d’ici et d’ailleurs. Pour assumer ce devoir et donc vous rendre digne d’être élu à la mission de présider au destin du Pays, vous devez accepter de rabattre la fierté personnelle et de développer, inversement, la Dignité individuante.

À cette fin, vous devrez accepter d’éloigner de vous certaines personnes qui, au prétexte d’être vos conseillers en politique, vous suggèrent des décisions que vous seul pouvez prendre ; mais des décisions dont l’effectivité tend à compromettre votre dignité d’homme, de père de famille, de citoyen sénégalais, de Président de la République, élu pour mener à bon port toute la nation qui vous vu naître comme petit d’homme, puis comme homme d’État.

Ces personnes dont il est judicieux de se séparer sont de structure psychique perverse (à ne pas confondre avec le sens moral de la perversion même s’il est vrai que cette dernière s’en reçoit souvent), c’est-à-dire qu’elles sont inaccessibles au sentiment de la culpabilité et n’ont jamais de remords d’être la cause du malheur d’autrui; pas même la conscience de culpabilité d’être les acteurs de la dérive d’une Nation ou de précipiter l’ »intérêt général » d’un peuple dans l’abîme.

La seule chose qui compte pour ces personnes au caractère de loup, c’est de s’abriter sous votre autorité juridique et morale pour se servir plutôt que de servir et pour sévir sur quiconque, à l’instar de M. Ousmane SONKO, met au grand jour leurs pratiques mafieuses sans état d’âme. Prédatrices de haut vol, de telles personnes n’hésitent pas à marcher sur des cadavres pour arriver à leur fin.
Chez ces personnes perverses, la Cupidité confinant à la pléonexie, la seule loi qui vaille est celle du profit matériel immédiat. Elles sont prêtes à mentir, à trahir tout le monde pour obtenir ce qu’elles désirent sans s’exposer à la responsabilité.

Ces mêmes personnes qui, aujourd’hui, vous flattent sans cesse en vous présentant à vous-même comme un demi-Dieu au pouvoir incontestable et incommensurable, n’hésiteront pas, demain, à vous trahir et à mentir sur votre compte pour vous enfoncer et vous substituer à eux face à la justice judiciaire.

Vous délester d’un tel environnement pour travailler intelligemment et donc qualitativement au profit du Sénégal, est ce que tous les sénégalais, M. Ousmane SONKO y compris, sont en droit d’attendre de vous de vous. C’est ce que, également, votre famille multi-ethnique espère légitimement de vous.

M. le Président, Êtes-vous prêt à honorer cette mission ?
Vous sentez-vous apte à relever ce défi de la Dignité ?

Je ne désespère pas que, d’un sursaut honorable, vous décidiez de prendre pouvoir sur vous pour agir dans le sens de la Dignité.
J’ose même faire confiance à votre conscience responsable afin de dire, à qui de droit, d’administrer la justice telle qu’elle se doit et jamais pour élimer un adversaire politique, même si cela pourrait vous être politiquement profitable.

M. le Président, méfiez-vous de tous ceux qui, face à la violence croissante au Sénégal, vous encourageront à donner encore et encore des ordres pour mater les insurgés. Toutes les morts qui s’en suivront ne pourront jamais être légitimées par une prétendue « raison d’État ». Aucune « raison d’État » ne pouvant abolir l’état de l’impétueuse raison d’exiger de soi-même d’agir de façon éthique.

Dr Etienne Modou YATT

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