La lutte continue ! (Par Guy Marius Sagna)

Depuis que je suis sorti de la prison de Rebeuss, je travaille à mettre en œuvre le mot d’ordre de Karl Marx. « Rendons la honte plus honteuse en la rendant visible ».

Oui, depuis le 16 août, j’essaie de contribuer à rendre visible le naufrage de l’humanité auquel j’ai assisté dans cette prison de Rebeuss qui si elle avait été un bateau aurait coulé depuis longtemps du fait que construite pour 800 détenus elle en renferme près de 3.000.

Oui, c’est une honte d’enfermer des êtres humains dans cette prison et de ne pas les juger pendant 8 ans. C’est une honte de les entasser comme des sardines dans des chambres qui ressemblent plus aux différentes pièces de la maison des esclaves de Gorée qu’à autre chose. C’est une honte qu’en plus des traitements inhumains et dégradants que les détenus subissent une scandaleuse exploitation. Les détenus sont « volés » par l’administration pénitentiaire pour faire face aux manquements de l’Etat. Dans leur relation avec les détenus, le ministre de la justice ainsi que l’administration pénitentiaire de Rebeuss devraient méditer le propos de Gabriel Garcia Marquez. “J’ai appris qu’un homme n’a le droit d’en regarder un autre de haut que pour l’aider à se lever.” Dans la prison de Rebeuss, l’humanité est piétinée, niée.

Au président de la république, ainsi qu’à celles et ceux qui aspirent à servir le peuple sénégalais je leur conseille du Mandela. « Personne ne peut prétendre connaitre vraiment une nation, à moins d’avoir vu l’intérieur de ses prisons. Une nation ne doit pas être jugée selon la manière dont elle traite ses citoyens les plus éminents, mais ses citoyens les plus faibles. ».

Si je pense beaucoup aux trois milliers de détenus de Rebeuss, je pense aussi à certains d’entre eux dont la situation est aussi un danger pour nous tous. Pour paraphraser Madiba, ma liberté, notre liberté ne sera jamais complète sans celles de Khalifa Ababacar Sall, de Adama Gaye, de Karim Meïssa Wade…

Ce n’est pas qu’un calendrier chargé qui explique mon silence sur Facebook depuis ma « liberté ». C’est mon incapacité à trouver des mots plus beaux que le silence devant le film des événements qui se sont produits pendant 30 jours et qui ont conduit à mon exfiltration populaire. Evénements que je n’arriverai jamais à saisir exhaustivement. Pour vos prières, vos plaidoiries, vos mobilisations, vos soutiens… aux niveaux national, africain et international, je n’ai qu’« Un seul mot, usé, mais qui brille comme une vieille pièce de monnaie : merci ! ».(Pablo Neruda).

Nous sommes tous en danger. Tous en sursis à partir du moment où le président de la république et/ou son ministre de la justice peuvent faire arrêter des citoyens pour après chercher des infractions à leur imputer. Mais encore, ce que sept ans de présidence « mackyllée » nous rappelle c’est que démocratie et liberté ne sont pas définitivement acquises. Elles ont besoin d’être protégée donc de sentinelles car nous ne sommes jamais à l’abri de recul. Et là, nous sommes aussi toutes et tous interpellés.

La lutte continue. Elle continue pour exiger que les détenus de Rebeuss et d’ailleurs soient jugés. Elle continue pour exiger des conditions décentes dans les 37 établissements pénitentiaires du Sénégal. Elle continue pour la fin du « vol » des prisonniers. Elle continue dans le cadre de Aar li nu bokk pour une gestion démocratique des ressources naturelles du Sénégal.

L’objectif de mon arrestation était de divertir Aar li nu bokk. L’objectif était aussi pour ces assassins de libertés de poursuivre la répression contre le FRAPP. Les manifestations du FRAPP sont systématiquement interdites et ses membres régulièrement en garde à vue. Après Lamine Guèye Ndiaye détenu pendant un mois à Rebeuss, c’était mon tour à moi. Quels sont les crimes du FRAPP ? En deux ans (dans deux mois), d’avoir dit « Auchan dégage, carrefour dégage » avec les commerçants, d’avoir été avec les distributeurs de produits de télécommunication organisés dans l’UDPTS, avec les prestataires de transferts d’argent, avec les travailleurs licenciés du Bureau Veritas, avec les travailleurs de PCCI, avec les sortants de l’ENA, avec les habitants de Bargny menacés d’expropriation foncière, avec les animateurs polyvalents des cases des tout petits, avec les enseignants des écoles franco sénégalaises, aux côtés des familles des victimes de violences policières, aux côtés de la petite Aïssatou Cissé… D’avoir participé à une opération escargot pour fustiger l’autoroute à pillage. De dire non aux APE et à leur jumeau la Zleca, de lutter pour la souveraineté monétaire et de rejeter les politiques du Fmi et de la Banque mondiale…

Derrière ces luttes deux préoccupations majeures : la souveraineté économique et la souveraineté populaire. Autrement dit, un autre Sénégal dans une autre Afrique souveraine et unie qui contribue à frayer une autre Terre.

La lutte va continuer car dans le contexte du néocolonialisme, « (…) même hors de prison, le Sénégal reste une prison. » (Amzatt Boukari), « (…) même en dehors de la prison, nous ne sommes pas libres. Le combat continue donc. » (Khadim Ndiaye).

Aux valets de l’impérialisme qui complotent contre les résistants à l’oppression impérialiste militant dans des organisations comme le Front pour une Révolution anti-impérialiste Populaire et Panafricaine (FRAPP) vous perdez votre temps. « Un homme, ça peut être détruit, mais pas vaincu. » (Ernest Hemingway).

Une bataille a été gagnée : la liberté provisoire. Elle va se poursuivre jusqu’à la victoire. En attendant, l’oppression impérialiste se poursuit. La résistance s’organise. Notamment dans le FRAPP. Cette résistance a besoins de bras, de bouches, de moyens pour s’installer partout au Sénégal afin de gagner cette seconde phase de décolonisation en cours pour un Sénégal libre dans une Afrique libre et politiquement unie avec un gouvernement fédéral sans lequel toutes les tentatives d’intégration économique, monétaire… seront vouées à l’échec comme le disait Cheikh Anta Diop. Echecs qui seront utilisés pour discréditer l’option souverainiste, les anti-impérialistes panafricains et nous maintenir ou nous ramener dans l’oppression néocoloniale.

Nous devons être armés du « pessimisme de l’analyse ». Tout en étant armés de « l’optimisme de la volonté ». Nous vaincrons !

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