La crise de la démocratie sous les Tropiques, est-elle née de la conspiration ou de la trahison ?

Le péché originel.

La crise de la démocratie sous les Tropiques, est-elle née des entrailles de la grande conspiration ou de la matrice de l’ignoble trahison ?

 »Au fil des siècles, la démocratie se videra de sa substance vitale pour servir d’arme politique à une élite électoraliste », écrivait George Burdeau dans son  »Traité de science politique ».

Le vote, c’est l’expression dans le secret de l’isoloir, loin des indiscrets, d’un avis personnel sur un sujet important qui concerne la collectivité conformément à un principe d’envergure républicaine.

C’est la démocratie participative qui fait du peuple un agent actif exerçant sa souveraineté contrairement à l’autocratie et la ploutocratie qui permettent aux puissants et aux riches d’exercer le pouvoir absolu. Mais les politiciens professionnels, les hommes d’affaires, certains dignitaires religieux et coutumiers ainsi que des journalistes corrompus et diverses célébrités vénales sont souvent alliés les uns aux autres et œuvrent inlassablement à abolir toutes les vertus de la démocratie pour n’offrir aucune chance à la majorité sociale maltraitée par l’injustice politique et le racisme intellectuel, de s’imposer encore moins de jouir de ses propres ressources.

Que dire, alors, de la gérontocratie ? L’autre plaie en putréfaction dont souffre profondément la démocratie en Afrique. Elle donne le privilège aux vieux appartenant au monde du crépuscule des réalités nouvelles au détriment de la jeune génération. Ainsi, septuagénaires et octogénaires, refusant d’accorder la chance à la jeunesse, végètent durablement dans les postes de responsabilité avec une ignominie sordide. Condé Alpha, Bedié Henri Konan, Ouattara Alassane, Biya Paul etc., vieillards décatis, véritables épaves sociales n’en pouvant plus et voulant s’accrocher au pouvoir jusqu’au dernier souffle de leur vie, en sont de sinistres Illustrations.





Mais le pouvoir en Afrique, est une garantie de luxe, de confort et d’immunité politique et judiciaire n’en déplaise à la souffrance des peuples.
Ainsi, le super confort des uns n’existe que grâce à la misère des autres.

Or, l’élection n’est pas faite pour fabriquer des maîtres dominants de circonstance, détenant un pouvoir qu’ils s’arrogent le droit absolu d’exercer sur leurs concitoyens, mais des serviteurs attentifs à leur bien-être et le respect de la volonté populaire s’impose à tous car les élections truquées font reculer la démocratie et fragilisent les équilibres sociaux. En atteste la situation d’instabilité au Mali. L’humanité n’accorde de la considération qu’aux dirigeants qui considèrent et respectent d’abord leurs peuples avant de penser à leurs intérêts.

La démocratie, ce mot important, relevant d’une grande valeur pour la société, ne doit pas être détourné de sa signification pour justifier des actes contraires à la morale. Aucune personne n’est tenue de s’imposer un fardeau qui soit au-dessus de ses capacités physiques et morales, surtout si celui-ci devait porter préjudice à sa communauté. Les malheurs d’un peuple sont difficiles à supporter, ils pèsent lourdement sur la conscience et perturbent terriblement la quiétude d’un homme jusqu’aux flancs de la tombe.

Ce sont des actifs négatifs indélébiles qui se matérialisent dans le temps et contre la volonté de la personne. Le mal est un patrimoine immatériel qui s’hérite des ascendants et se lègue aux descendants au même titre que tous les autres biens. Les victimes de l’injustice pardonneront-elles à ceux qui ont été la cause de leurs malheurs ? Ce n’est pas évident ; et toute personne qui ne lie pas son destin aux institutions de l’Etat ne sera que perdante car en politique, il n’y a que des intérêts qui sont durables, l’amitié n’y est que précautionneuse et taillée sur mesure, donc éphémère. Et souvent  »frappés de daltonisme politique » pour reprendre Éric Zémour, et souffrants de cécité morale, les dignitaires d’un régime sont parfois prêts à sacrifier l’élégance républicaine au profit de leurs propensions égoïstes.

Or, le peuple est souverain de choisir la personne en qui il a confiance, à l’intérieur de l’isoloir dans la discrétion duquel il engage son destin et celui de toute une communauté ; le lieu restreint où il n’est que devant Dieu et face à sa conscience. Le collège électoral seul peut corriger son mauvais choix éventuel à l’occasion suivante, cela sera pour lui une expérience de grande valeur et un acte de formation politico-social qui se perfectionnera avec le temps et constituera un élément fondamental d’incitation à une participation plus engagée des électeurs. On ne naît pas adulte, on le devient avec le temps. Quand le vote parle, il n’appartient à personne de ne pas respecter l’œuvre de tous ou de la majorité pour la simple raison qu’il ne lui convient pas ou de l’interpréter à ses propres intérêts pratiques au risque de sacrifier la souveraineté du peuple sur l’autel de la boulimie du pouvoir. Donc si le vote ne sert plus qu’à formaliser un choix conditionné dans les officines du régime en place au gré de ses desiderata, le citoyen en est moins servi qu’instrumentalisé.

Mansour Shamsdine Mbow,
Professeur de Lettres et Chroniqueur




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