La chasse à courre, à cor et à cri…

L’orchestration d’une liquidation politico-judiciaire est-elle encore perpétrée contre un opposant sans décence politique, ni élégance républicaine ou galanterie morale?

La chasse à courre est un mode de chasse d’une pratique ancestrale qui consiste à poursuivre un animal (sanglier, cerf, biche, lièvre etc.) avec une meute de chiens à cor et à cri, et en toute vitesse jusqu’à l’encercler et l’abattre d’une balle de flèche, d’un coup de dague ou de la pointe d’une épée. Ce jeu ancien est macabre et sauvage. Pourtant, bien des personnes se réclamant de la Noblesse occidentale pratiquaient cette tradition canine séculaire et s’en délectaient à satiété pour assouvir leurs desiderata de nobles n’en déplaise au caractère sacré d’une vie; fût-elle celle d’un animal ? Cependant, ce spectacle ludique et sauvage en vaut-elle la chandelle d’une vie et de la dignité humaine ?

Alors, l’homme s’amuse souvent à faire le mal en vendant son âme au diable parce qu’adérant à la doctrine luciférienne qui dispose en substance, qu’il vaut mieux régner en enfer que d’être serviteur au paradis. Mais l’exercice de la violence, sous toutes ses formes est synonyme de l’expression de la peur, du besoin d’estime et du désir de jouissance.  » La dictature se fonde sur la peur », nous dira Montesquieu. Et la sauvagerie humaine reste intacte malgré les grandes enjambées que l’humanité a franchies sur les sentiers sinueux de la civilisation.

Or, en contrepoint de cette pratique sauvage appartenant à une barbarie d’un autre âge, et dans une perspective analogique, les stratégies de liquidation politico-judiciaire orchestrées par nos régimes politiques contre un opposant ne sont-elles pas pour le moins, comparables à la chasse à courre ?

En effet, le régime en place n’a-t-il pas lâché sa meute de molosses ( forces de l’ordre, gendarmerie, procureur, avocats, magistrats acquis à sa cause ainsi que certains politiciens véreux et presses soudoyées…) derrière des adversaires politiques, souvent aux abois qu’il faut vaille que vaille traquer, poursuivre, encercler et abattre? Une véritable machination politique mise en par un appareil judiciaire faisant les choux gras de la presse à scandale qui ne trempe sa plume que dans l’encre noir du sensationnel mettant en veilleuse son statut de sentinelle de la démocratie et au grand mépris de son rôle de contre-pouvoir.





La Rose s’enflamme et les pyromanes de la république s’arrosent le droit du plus fort en cherchant à écraser ceux qui choisissent de s’opposer à leur diktat non par des arguments mais par la force au grand mépris du principe du contradictoire.

Le système est ainsi fait; soit tu es casé ou cassé.

Alors, de la crise du 17 décembre 1962 dont Mamadou Dia en a payé les frais d’un séjour carcéral, à cette rocambolesque affaire d’accusation de viol- qui pue les odeurs infectes de la conspiration- dont Ousmane Sonko est mêlé en passant par l’affaire des chantiers de Thiès( 2004-205) à propos de laquelle Idrissa Seck était emprisonné ainsi même que la récente affaire de la caisse d’avance en mars 2017 pour laquelle Khalifa Sall est dépouillé de tous ses mandats électifs et mis en prison avant d’être gracié, c’est toujours le pouvoir qui, par la domestication du législatif et la vassalisation du judiciaire se casse d’opposants, sous le regard languissant et impuissant du peuple.

Alors, leur mise en accusation, arrestation et condamnation sans complaisance, aucune, se révèlent au grand jour comme le coup de grâce qu’apporte le glaive de la justice mettant atrocement fin au spectacle de liquidation politique auquel a participé activement la machine judiciaire. Notre démocratie en prend toujours un coup sacré, notre république en est mise à genou, et notre justice mutilée. Ainsi, quels héritage politique et legs moral allons nous laisser à la postérité, se demandera alors tout honnête citoyen ?
Pourtant, Locardaire nous apprend que devant le fort et le faible, le pouvoir opprime, la loi affranchit.

Et la sagesse humaine nous recommanderait que  »si tu vois le charognard manger la chair de ton ennemi , chasse le car ta vie est en danger », par une déclaration métaphorique de Guelewar, personnage éponyme d’un roman de Sembene Ousmane, interprté par des acteurs dramatiques.

Mansour Shamsdine Mbow, Professeur de Lettres et Chroniqueur.

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