John MAGUFULI, un président anti-système au cœur du système.(Par Ansou Sambou)

Membre du premier parti de Tanzanie, il dirige tour à tour différents ministères: l’Élevage et la Pêche, les Terres, le Logement et les Travaux publics entre 2010 et 2015 avec à chaque fois une remarquable détermination dans sa gestion et son leadership. Il sera surnommé « Titingana » en swahili qui signifie « Bulldozer », pour son engagement dans la construction de nouvelles routes.

À 56 ans, il est désigné candidat à la présidentielle à la suite de primaires où 38 candidats avaient été en compétition.
Le 29 octobre 2015, ce professeur de chimie titulaire d’un Doctorat à l’Université de d’ar esalam, est élu cinquième président de la République.

Il est élu sur un programme de « reconquête de la SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUE face aux institutions financières internationales », écrit l’universitaire et politologue Rwekaza Mukandala.

Dès son investiture, John Magufuli s’engage dans un vaste plan de réduction des dépenses publiques:
Il réduit de 100 000 à 7 000 dollars (92 000 euros à 6 460 euros) les frais de la cérémonie d’inauguration du nouveau Parlement. Il réduit le budget des événements et des déplacements officiels en limitant le nombre de membres composant les délégations, en supprimant les voyages des ministres en première classe, ou encore la suppression des indemnités de séance plénières des députés et l’annulation de la fête nationale.

Par exemplarité, il réduit aussi son salaire de 15 000 à 4 000 dollars par mois, devenant de ce fait l’un des chefs d’État africains qui ont le salaire le moins élevé.

Son mandat se caractérise par une guerre contre la corruption. Ainsi, des fonds importants qui s’évaporaient auparavant grâce à la fraude fiscale sont désormais investis dans l’éducation et la lutte contre la pauvreté.

Pour faire le ménage dans la fonction publique, le président a licencié vendredi 28 avril 2017 près de 10 000 fonctionnaires après un rapport gouvernemental révélant que leurs diplômes et leurs qualifications étaient des faux. Il leur a été demandé de démissionner immédiatement sous peine d’être poursuivis.

La pays a amendé les lois régissant l’attribution des contrats d’exploitation minière, se donnant le droit de les renégocier ou de les rompre en cas de fraude avérée. La nouvelle législation supprime par ailleurs le droit des sociétés minières à recourir à un arbitrage international. Le contentieux fiscal avec l’Acacia Mining, accusée d’avoir sensiblement sous-évalué durant des années sa production d’or, s’est finalement soldé par un accord : la Tanzanie obtient 16 % des parts dans les mines détenues par ladite multinationale.

Porté par l’une des plus fortes croissances économique du continent (5,8 % en 2018 et 6 % estimés pour 2019 selon le FMI), la Tanzanie s’engage dans un vaste programme de développement des infrastructures, en particulier ferroviaires. Le petit port de pêche de Bagamoyo, auquel 10 milliards de dollars d’investissement ont été attribués, devrait devenir le plus grand port d’Afrique en 2030. La Tanzanie tend à se rapprocher de la Chine, qui promet de soutenir des projets économiques, ce qui déplaît aux États-Unis.
Cet homme, après avoir été membre d’un parti classique, a su imprimer son empreinte dans le système avant de le démolir et l’anéantir ou encore l’assainir de l’intérieur. Comme pour dire une autre bonne façon de renverser le système, c’est d’en faire partie.

Ansou SAMBOU, panafricain convaincu et militant politique.

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