Jeudi Noir N°99 : Des brigades en relation avec les jeunes des quartiers pour sensibiliser aux bons comportements

Chers compatriotes, nous devons être résilients, c’est entendu mais en avons-nous la même compréhension ? Dans les arts martiaux l’un des principes de combat est d’utiliser la force de l’adversaire pour le vaincre. Ainsi grâce à une souplesse et des techniques (esquives, frappes, clés, ruses…) répétées tant et tant de fois, on développe des automatismes qui nous donnent une capacité de résilience à des attaques avec effet de surprise. Les méthodes de l’Aikido ou du Kung Fu wushu entre autres révèlent magistralement les qualités de souplesse et les mécanismes automatisés qui viennent à bout de l’adversaire. Tel un roseau, on plie pour mieux se détendre et retrouver sa position de stabilité. Or donc, nous devons nous rendre à l’évidence que le monde entier va vivre avec le Sras-cov2 dans une cohabitation dangereuse pendant de longs mois et peut être pendant des années.

Nous n’avons pas d’autre choix que d’intégrer cette donne. Cela implique nécessairement de revoir certaines stratégies suivies jusqu’ici :

1/ tenter de stopper les activités économiques en pensant ainsi limiter la propagation du covid19 semble vain et même dangereux car cela finit par jeter dans la rue les nombreux nouveaux chômeurs qui s’ajouteront à ceux déjà en situation de précarité pour ajouter une bombe sécuritaire à celle sanitaire.

2/ Confiner les gens servirait au mieux à retarder l’infection des populations mais jusqu’à quel terme ? En revanche cela précarise les populations et pourrait provoquer des soulèvements et fragiliser dangereusement les institutions. Enfin le déconfinement qui surviendrait ensuite exposerait une majorité de personnes n’ayant jamais été au contact du virus sans avoir développé une capacité immunitaire suffisante ni les automatismes de protection

3/ Les gestes barrières par contre et tout particulièrement le port du masque par tous, me semblent une bonne stratégie. Insuffisante certes mais participant à la résilience.

4/ la généralisation du test demandée par certaines institutions y compris aux personnes ne présentant pas de symptômes n’est certainement PAS une bonne solution car elle suppose la disponibilité des intrants pour une population de millions de personnes impossible à garantir, use les ressources qui pourraient servir aux cas suspects, par ailleurs engorgerait les centres déjà peu outillés et ayant de faibles capacités d’accueil là où nous avons déjà du mal à recevoir le flot des malades symptomatiques. Enfin, être négatif au test n’exclut même pas une contamination du sujet dans les jours qui suivent.

5/ Il est désormais avéré qu’une personne guérie du covid19 peut être à nouveau infectée et développer la maladie, un cas récent à Ziguinchor l’a prouvé. Cela signifie donc que l’on ne pourra compter sur une immunisation progressive des populations ni sur l’éradication de la menace en se concentrant uniquement sur l’aspect sanitaire ou de soutien social de court terme.

Face à toutes ces considérations, il faut bien se résoudre à cohabiter avec le virus sras-cov2. Nous dirons en wolof « Mbassmi dessnakoy mbass te bañko dekku » pour ce faire la lutte doit être organisée non pas seulement sur le plan sanitaire (comme le fait bien le COUS malgré ses moyens limités), mais également socio-économique par la sensibilisation des brigades citoyennes chargées de faire appliquer les gestes-barrières dans les quartiers et dans les lieux de commerce, et par l’implication des organisations sectorielles (non pas patronales) pour définir les protocoles dans chaque corps de métier et pour les faire valider par le comité ad hoc du covid19. Je l’ai déjà dit, même les vendeurs ambulants devraient se plier à un protocole pour pouvoir poursuivre leurs activités. Chez nous, sociétés de prévention des risques, nous avons déjà bien mis en application des procédures strictes tenant compte des spécificités de nos interventions. C’est cela qui, à mon sens doit être la démarche de résilience car l’une des grandes nouveautés dans cette pandémie est qu’elle comporte plusieurs risques autour du risque sanitaire. Elle agit comme dans une stratégie d’asphyxie générale utilisant plusieurs leviers y compris l’effet de panique.

En conclusion j’appelle le chef de l’Etat à organiser sa stratégie de lutte autour du COUS déjà existant et d’un COUES (comité opérationnel d’urgence économique et sociale ou COUR le R étant pour résilience). Ce deuxième comité devrait très rapidement travailler avec les secteurs économiques en relation avec le patronat si besoin et les coopératives pour préparer des protocoles devant permettre la poursuite sécurisée des activités professionnelles, il devra dans le même temps former et organiser les brigades en relation avec les jeunes des quartiers pour sensibiliser aux bons comportements et assister les familles atteintes par le covid19 afin de trouver les secours au lieu de subir l’abandon (surtout lorsque des cas suspects apparaissent et provoquent une panique). Le cas des expatriés est très douloureux surtout devant les seules perspectives de crémation. La complexité des conditions de manipulation des corps peut en effet être un risque. En tout état de cause il faut espérer qu’un accompagnement psychologique soit fait. Aucune négligence ne pourrait être permise quant à la gestion psychologique des survivants eu égard aux conséquences comportementales possibles (paranoïa, autres névroses). Dans le même ordre d’idées la prise en charge psychologique des personnes en quarantaine ou confinées peut s’avérer indispensable vu les phobies et autres angoisses qui finissent par surgir, aggravées par le matraquage médiatique sur la crise sanitaire.

Ainsi, j’appelle humblement le Président de la République à considérer les remarques ci-dessus avec toute l’attention qu’il se doit. Il s’agit pour vous, Monsieur le Président, de pouvoir décider en toute connaissance de cause et avec discernement afin d’éviter les erreurs tactiques (qui ne seraient pas rattrapables, le temps étant un facteur essentiel) ou stratégiques (définition des objectifs, organisation des moyens humains et matériels et enfin les plans d’actions). Mon sentiment est qu’il y a un volet qui vous manque aujourd’hui, et qui vous amène à hésiter sur la possibilité de confinement général, qui serait alors une catastrophe. Il faut cependant agir, certes au vu des cas communautaires qui se multiplient, mais le soutien nécessaire d’aide à la décision vous l’aurez avec le COUES (ou COUR selon votre choix). En l’absence d’une telle équipe vous risquez de rester démuni face à des choix décisionnels risqués ! Il est alors à craindre que le temps, tel une machine infernale ne nous laisserait plus le temps de revoir notre copie.

Bruno D’Erneville

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