Jeudi Noir N°92 : Déconstruire le mythe de la race noire pour se faire respecter

GMS enfin libre ! Une conjonction de facteurs qui se sont accumulés en si peu de temps, puis le COVID-19 qui fait perdre le nord à nos dirigeants… les activistes ne sont pas en reste cependant.

Cette pandémie finalement n’a pas que du mauvais, elle devrait faire voir à nos dirigeants l’absurdité qu’il y a à diminuer le budget de la Santé et plus généralement les risques à maintenir une administration dans la précarité. Désormais tout le monde est logé à la même enseigne, Ministre ou pas, ce sont nos hôpitaux mal famés qui se chargeront de sauver nos vies à tous ! Il y a quand même une justice ! Qu’on le veuille ou non, réformer est devenu une nécessité, une urgence même.

Nous voulons nous faire respecter ? Le Sénégal s’offusque de la déclaration de l’ambassadeur de France contredisant le gouvernement sénégalais sur le délai de livraison du TER ? Mais soyons raisonnable ! Qui peut croire un instant que la livraison de ce train pourrait se faire en avril 2020 ? Respectons-nous ! Les Camerounais aussi sont choqués par la déclaration paternaliste de MACRON au Salon de l’agriculture ? Mais n’a-t-il pas suffit d’une visite de Jean-Yves le Drian Ministre français des affaires étrangères au Cameroun pour que le président BIYA annule un appel d’offre pourtant gagné par une société (TIL) devant APMT-BOLLORE ?

Nous devons faire nous-mêmes les déconstructions nécessaires pour se faire respecter. Elles ne sont pas toujours d’ailleurs là où on les croit. J’en veux pour preuve cette nouvelle tradition aux USA et au Canada d’établir le mois de février mois de l’histoire des Noirs ! Le professeur Jacques TOURE d’OTTAWA s’étrangle « de quels Noirs s’agit-il ? » Participer à cette grande messe c’est d’une certaine manière accepter une stigmatisation. Le Noir serait alors une race à part, caractérisée par une identité commune. En fait cette tradition provient de la « Black History week » créée par l’écrivain Africain-Américain Carter G. WOODSON en février 1926 dans un contexte où les communautés afro américaines devaient se réapproprier leur histoire faite d’esclavage, de répressions, de luttes, de création artistique… pour une nouvelle conscience. Mais que représente l’histoire des Noirs dans un contexte comme celui du Canada où l’on trouve majoritairement des africains issus d’une immigration récente en provenance de pays sans liens culturels évidents ? Il n’y a aucune raison d’alimenter les mythes créés par les racistes David HUME « essays and treatise on several subjects » 1777 ou encore Arthur GOBINEAU « essai sur l’inégalité des races humaines » 1853, qui ont été démontés par les travaux de Cheikh Anta DIOP « Nations Nègres et Culture » 1979 ou d’Emmanuel KANT « Sur les différentes races humaines » 1775.

Il n’y a pas de race noire ! Mais comment déconstruire le mythe ? Il faudrait à mon sens changer la mal gouvernance de nos Etat africains et préparer le retour de notre diaspora. Tout suivrait alors économiquement et sociologiquement. Evidemment ce serait le résultat d’une lutte démocratique et de celle des sociétés civiles, mais aussi le fruit de réformes véritables. Les prémices sont là : Ouattara renonce à un 3eme mandat, Buhari fait preuve d’un leadership remarquable pour défendre une monnaie africaine indépendante, Akufo Ado refuse courageusement et avec succès le diktat du FMI, Kagame fait la fierté des africains malgré le reproche qui lui est fait d’empiéter sur le territoire de la RDC. Et Faure Gnassingbe, victorieux à plus de 72% pour un 4ème mandat ? Il a fait modifier sa constitution, comme Kagame et s’est engagé il y a 1 an seulement dans l’assainissement des finances publiques et dans des réformes hardies. Aujourd’hui son pays est devenu attractif (un banquier me disait il y a quelques mois que ce pays est le plus intéressant pour une entreprise en Afrique de l’ouest). Le peuple Togolais a donc eu l’heur de primer l’économie sur la règle de limitation démocratique du mandat. Paradoxalement le principal opposant Jean Pierre FABRE chute de 35% à moins de 5% des suffrages au bout d’une troisième tentative. C’est la preuve qu’à défaut d’une alternative crédible le peuple choisira la « sécurité ». Belle leçon d’humilité pour tous les politiques : la démocratie oui, mais justice sociale d’abord !

Bruno D’Erneville

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