Jeudi Noir N°90 : Dialogue national et élections locales – Criminaliser les dérives et rendre responsable le Chef de l’Etat

Il parait que la Commission du Dialogue National craint un report des élections. Ah, oui ? Tiens donc ! Alors vous donniez un crédit quelconque à cette mascarade ? Comment pensiez vous pouvoir discuter vraiment sérieusement de tous les points inscrits à l’ordre du jour des commissions dans un délai de trois mois ?

Il a suffi que l’on en arrive à la question Karim et Khalifa pour que les discussions tournent au vinaigre. S’y ajoute la torpille lancée par le PS avec Aminta Mbengue NDIAYE qui, en évoquant la possibilité d’une désignation par décret du Maire de Dakar a légitimement créé un tsunami politique, un haut-le-coeur général. Macky, en fin calculateur, a jeté un gros os à ronger au landerneau politique pour se donner du temps. Celui de contenir la fronde interne à son parti (qu’il avait bien vu venir, souvenez vous de sa conférence de presse tenue après son adresse à la Nation), mais aussi sans doute le temps de préparer les voies d’amnistie de certaines personnes engluées dans le pétrole et les autres affaires. Si nous ne nous battons pas pour que ces élections locales se tiennent en 2020, pour sûr que nous les aurons non pas en 2021 mais bien en 2022. Une joyeuse pagaille alors, pire que la présidentielle de 2019 !

Les Mairies, Conseils départementaux et Députés élus tous en même temps, pour embrouiller les esprits et brouiller les pistes en espérant gagner le jackpot. Attention quand même aux risques de soulèvement général quand aucun résultat ne pourra être donné dans les délais requis ! Cela s’appellerait « tomber de charybde en scylla » ! L’élève a battu son maître WADE dans les calculs, reniements et autres contorsions.

Dialogue ou non, la question de la responsabilité du Président de la République devra être traitée un de ces jours et pour de bon : On ne continuer à laisser le pays à la merci de potentats engageant l’avenir des générations qui viennent, à travers des projets coûteux, mal ficelés et inopportuns. On ne peut laisser le chef de l’Etat s’ingérer malencontreusement dans les affaires électorales d’un pays tiers, de manière ostensible, avant toute décision officielle. On ne peut non plus accepter des reports d’élections répétés,volontaires ou suscitées quand les populations souhaitent sanctionner positivement ou non leurs leaders locaux ou nationaux selon la loi. Toutes ces dérives devraient être criminalisées et le chef de l’Etat rendu responsable. Comment ne pas considérer criminelle la décision de créer cette brèche à St Louis aux conséquences environnementales désastreuses et tant de fois mortelle pour les pécheurs ? Et le choix de ces nombreux projets d’enrichissement sans cause engloutissant nos maigres deniers: monument de la renaissance au montage ubuesque, autoroutes devant coûter au plus 50 milliards pour 20 kilomètres et qui nous revient 150 milliards dont les 81 sont payés par le Sénégal ! Et que dire de la construction de l’AIBD, du TER, du BRT tous réputés au moins trois fois plus chers que des équipements du même type, de la même taille, ailleurs. Oui, il faut criminaliser les décisions politiques de nature à mettre en danger notre Nation, quel que soit la nature de ce danger.

L’ingérence étrangère est bien le fait qu’un état ou un chef d’état (institution du pays) s’implique dans les affaires d’un autre état. Cette attitude peut mener à une guerre et met sans aucun doute en danger le bon voisinage, les intérêts et la vie de nos concitoyens expatriés. Voilà pourquoi l’ingérence étrangère doit être élevée au rang de crime. Comprenons nous bien: soutenir un candidat ostensiblement ou non n’est absolument pas une ingérence étrangère quand cela provient d’un individu, fut il un chef de parti, car ce dernier n’a pas un rôle officiel, cela n’est pas le cas pour un Président de la République en exercice. Il faut donc arrêter les immixtions dans les élections des pays africains. Ni l’ECOMOG, ni la CEDEAO, ni aucun chef de l’Etat n’a le droit de préjuger de la victoire d’un candidat président tant que les résultats officiels n’ont pas validés par les instances suprêmes. Où a-t-on jamais vu qu’une Commission électorale ait la suprématie sur une cour suprême ? Dans quelle République digne de ce nom ?

Alors de grâce foutez la paix à ces Bissau- Guinéens ! Laissez leurs institutions fonctionner et les rapports de force interne jouer leur rôle régulateur. En démocratie il arrive des moments où le peuple doit prendre ses responsabilités. Je suis convaincu que le principe sacro saint du retour à l’équilibre restera de mise. Irrémédiablement un retour à la normale survient après les invectives et l’épreuve de force. La logique est que le plus faible recevra sa « raclée » et se rangera naturellement. Qu’on ne me dise pas que c’est de la sauvagerie, lorsque les règles établies sont bafouées, lorsque le jeu démocratique est l’objet de duperie lorsque les règles simples d’arbitrage ne permettent plus de mettre les parties d’accord, alors il faut laisser agir le peuple. Dans ces cas extrêmes, les forces de l’ordre Républicaines ne devraient en aucune manière prendre partie mais devraient plutôt aller dans le sens de la volonté populaire si tant est qu’elle soit perceptible. Le peuple Guinéen a survécu à une guerre de libération, sans doute survivra-t-il à cette épreuve électorale, pourvu seulement qu’aucune coalition extérieure ne lui dicte sa loi !

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