Jeudi Noir N°88 : Abandon des étudiants de Wuhan – Toiletter la constitution pour garantir le respect absolu du citoyen

« C’est un train en perdition dans la nuit
Et que guettent jalousement les requins des abimes. »
Senghor in Poèmes perdus.

« Zeng » avait-il vu la perdition de notre pays après lui ? Si l’on s’en tient aux événements de la semaine, il y a un point commun entre la révolte du Bossea dans le Fouta ( un industriel étranger s’approprie plusieurs centaines d’hectares de leurs terres avec la bénédiction de l’Etat), la bagarre sanglante des pêcheurs de St Louis comme de Mbour, la détresse des 13 étudiants Sénégalais en Chine (qui constatent par la déclaration de leur Président qu’ils vont être sacrifiés à leur sort pour ne pas qu’ils nous contaminent), l’exaspération des cités vis à vis des agressions …elles témoignent toutes de l’abandon par l’Etat de ses prérogatives régaliennes prévues par la Constitution. L’Article 6 dispose en effet : « La personne humaine est sacrée, l’Etat a l’obligation de la respecter et de la protéger ».

Si l’on parcourt les raisons qui fondent les réactions négatives des ces groupes sociaux on note le manque de respect notoire vis a vis des ruraux que l’on exproprie sans coup férir avec la force publique. On constate aussi une absence de protection des pécheurs qui se font tirer dessus par les garde-côtes Mauritaniens à cause de l’absence de licences… Comble de l’abandon, notre Président déclare sans sourciller que nos jeunes compatriotes étudiant en Chine peuvent bien se faire voir ailleurs mais pas ici au Sénégal pour ne pas qu’ils nous contaminent. Faites ce que vous voulez dans le Wuhan, pas ici. Une honte, convenez en avec moi !

Comment peut on laisser des compatriotes disparaître comme des chiens errants dans un pays où tout est devenu dangereux, même aller à la boutique du coin ? Notre pays qui vise l’émergence n’est donc pas capable de récupérer les siens en danger ? Cela rappelle douloureusement le bateau Le JOOLA toujours au fond de l’eau depuis bientôt 20 ans ! ( 26 septembre 2002) sans que l’on s’en soucie le moins du monde… pourtant des ossements humains, ceux de nos frères défunts, s’y trouvent gisant dans les fonds marins !

Notre perdition ne date donc pas d’aujourd’hui. Les équipes se succèdent à la tête du pays en perpétuant les mêmes tares ! Wade donnait 10 millions par mort… ici, c’est à peu près le même tarif. Quand ces pauvres damnés mourront, ne faudra t-il pas rapatrier les corps ou laisserons nous les chinois les incinérer ? Je suis allé voir la Constitution au sujet des obligations du Président de la République en la matière. Il n’y a Rien ! Absolument rien ! l’article 31 évoque sa prestation de serment dans laquelle il jure (seulement) de faire respecter les dispositions de la Constitution et des lois, de défendre les Institutions, l’intégrité du territoire national et renforcer l’union africaine. What ? Où est donc l’individu ? Avant de protéger une Constitution, n’est-il pas plus logique de protéger le Sénégalais qui en est le début et la fin ? Enfin, quelle est le sens de ce serment utilisant la foi quand nous sommes une république laïque. Certes il s’agit d’une tradition pour la plupart des démocraties, le fait de jurer sur un livre saint, mais quelle conséquence judiciaire en cas de manquement ? Il faudrait en tout Etat de cause donner à ce serment une portée juridique pour qu’il engage vraiment le chef de l’Etat. Si notre Président se comporte ainsi, n’est ce pas en accord cynique avec la loi ? Loi manipulée, hypocrisie sans nom pour tous ces textes.

La Constitution mérite un sérieux coup de balai. Avez vous vu d’ailleurs la constitution votée lors du référendum de 2017 dans le portail officiel du gouvernement ? Eh bien vous ne l’y trouverez pas ! On y dit bêtement : « la Constitution de la République du Sénégal en téléchargement ». Ça au moins c’est clair ce n’est pas un mode  » fast track ». Notre démocratie sénégalaise est un jeu de dupes organisé par des textes auxquels ne croie plus guère personne. Il y a les textes et il y a la pratique. La loi est même parfois utilisée pour perpétrer des actes contraires à la sécurité des personnes. C’est en effet sur des bases légales que des infirmiers dentaires retraités ouvrent leurs cabinets dentaires et sous traitent des « travaux » à des dentistes inscrits à l’Ordre, que des dessinateurs font des plans d’architecte sans être inscrits à l’Ordre des Architectes, que des techniciens en bâtiment produisent des plans de structure d’immeubles au nez et à la barbe des ingénieurs diplômés ayant leur cabinet, que des experts évaluateurs n’ayant aucune compétence en calculs ou en prévention des risques pratiquent le contrôle technique, que des vendeurs à keur serigne-bi servent des produits pharmaceutiques aux pauvres sans-le-sou en les intoxiquant. La liste pourrait être encore plus longue, elle témoigne de cette fausse démocratie dont l’ hypocrisie nous tue.

Voilà pourquoi il faut une Refondation qui nettoie profondément les plaies : renflouer le bateau le JOOLA pour en faire le deuil et juger les coupables, toiletter la constitution pour lui permettre de garantir l’équilibre des institutions et le respect absolu du citoyen, Restructurer l’Etat pour lui donner efficacité et crédibilité. A la fin de la nuit, apparaîtra le jour, car cette nuit n’est-elle pas seulement absence de lumière ?

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *