IBK parti et après?(Par Lamine Niang)

Il serait naïf voire illusoire d’avoir des attentes élevées envers les militaires mutins. Leur opportunisme a payé. Ils ont récolté les fruits murs de la révolte populaire sans en payer réellement le prix. Profitant de la fragilité du régime et de la colère généralisée dans la population, ils ont récupéré la tête du président déchu sur un plateau d’argent, sans effusion de sang et sans accroc. Un coup d’état chirurgical.

En effet, le communiqué pondu par le Comité National pour le Saut Public au lendemain de la prise de pouvoir n’augure rien de bon sur le véritable dessein des putschistes et fait planer beaucoup d’incertitudes sur la suite des événements. Ils ont tout dit sauf l’essentiel : comment se passera la transition? Quand se tiendront de nouvelles élections présidentielles? Est-on à la recherche d’un homme consensuel pour préparer les élections? Dans l’imbroglio actuel, ces interrogations peuvent paraître prématurées mais elles gardent toute leur pertinence.

Elles le sont d’autant plus que l’objectif poursuivi, tel que l’ont toujours demandé les manifestants, devrait simplement être de se débarrasser du président IBK et de son régime, coupables d’incapacité manifeste à bien gérer le pays, de leur trouver dans les meilleurs délais des remplaçants et de retourner aussitôt dans les casernes. C’est déjà une grosse entorse à la démocratie de démettre de force du pouvoir un président légalement élu, c’en est une autre de vouloir exercer le pouvoir sans légitimé constitutionnelle.

On savait pertinemment qu’aucun cadre juridique ne pouvait accompagner le coup de force du nouveau président, le colonnel Assimi Goita, mais c’était le pari risqué des manifestants en réclamant la démission du président sans proposer une alternative organisée et pérenne.

En 2012, moins de trois semaines après son coup d’État, le capitaine Amadou Sanogo, loin d’être un Robin des Bois, avait pourtant remis le pouvoir au président de l’Assemblée nationale Dioncouda Traoré. Celui-ci assurera ainsi l’intérim d’avril 2012 à septembre 2013, conformément à la constitution malienne . Il réussit à organiser des élections transparentes qui ont permis à l’actuel président déchu de briguer son premier mandat. La pression internationale et les médiations sous régionales avaient certainement pesé sur la balance pour amener Sanogo et la junte militaire à lâcher du lest , mais dans le cas présent tous les scénarios sont à considérer . Et la possibilité d’une confiscation prolongée et indéterminée du pouvoir reste très probable. Ce qui serait dramatique!

Dans un pays profondément marqué par ses conflits intercommunautaires entre Dogons et Peuls, le règne de groupes extrémistes violents, un secours miliaire français et onusien peu efficace et divers réseaux de trafic opérant tout long de la frontière avec le Burkina Faso, il est fort à parier que la junte militaire actuellement au pouvoir a toutes les raisons d’y rester.

Espérons que la fameuse CEDEAO, bruyante seulement lors des contentieux électoraux et lorsqu’un de ses membres présidents est en mauvaise posture, réussisse le pari de remettre le pouvoir aux civils.

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