Et si l’économie sénégalaise était victime de mauvaises décisions(Par Ibrahima KANTE)

 

Le Sénégal est un pays de l’Afrique de l’ouest étendu de 196722km2 ayant 16209125millions d’habitants en 2019 selon l’ANSD. Parmi ces 16millions, près de la moitié ne parviennent pas à sortir de la pauvreté et de ce fait voient leurs enfants victimes de faim, d’ignorance bref vivent dans une précarité totale. Leurs conditions de vie sont assorties de « la négation des opportunités et des possibilités de choix les plus essentielles au développement humain (longévité, santé, créativité), mais aussi des conditions de vie décentes (dignité, respect de soi-même et des autres, accès à tout ce qui donne sa valeur à la vie) »

Son peuple fait partie de ceux qui gardent encore en mémoire la fameuse traite négriere où l’Afrique s’est vu extirpé de plus de 200millions de ses Hommes, les plus robustes, les plus aptes au renouvellement de la population, mais aussi, plus tard la colonisation où cette fois ci, il s’agira de pillage des ressources, d’aliénation, en gros, un phénomène assortie de domination culturelle, religieuse, et économique. La conjugaison de ces évènements nous a laissé des séquelles indélébiles à savoir : pauvreté, dépendance économique, spécialisation dans la production des biens à faible valeur ajoutée. Le mal est plus profond que ça en a l’air. Depuis lors, nous sommes incapables de réfléchir par nous-même et pour nous même, du coup nous sommes obligés comme par importation, d’épouser les idées de l’autre, consommer ce que l’autre produit. Et plus « nous importons, plus nous entrons dans la culture de l’autre ». Ce qui fait que le sénégalais est partagé entre une culture qui est supposée être la sienne qu’il ne maitrise pas tellement et une autre culture qui lui est tombé dessus comme par inconscience.

Le problème du développement de l’Afrique et du Sénégal est plus lié à un problème d’identité, qu’à un problème de moyens, pour ne pas paraphraser Joseph Ki Zerbo. Qui, sommes-nous ? Où voulons-nous aller ? Avec quels moyens ? Un vrai patriote aurait pu répondre : nous sommes un pays pauvre avec toute son histoire sans omission aucune, qui a comme ambition aplanir les souffrances de ses populations, par une école qui nous aide d’abord à nous affranchir de nos mentalités colonisées, ensuite à développer notre système sanitaire, agricole, industriel etc. afin de sortir de cette pauvreté. La pauvreté pour l’éradiquer, doit être acceptée, appréhendée puis subjuguée. Accepter sa pauvreté, c’est accepter son sort, c’est accepter, de ne pas gaspiller les maigres moyens de l’Etat à des fins politiques, de pas nourrir allégrement une clientèle politique, et c’est surtout ne pas accepter le cantonnement dans la pauvreté.





Aujourd’hui ce que nous vivons dans ce pays est gravissime. Nos décideurs depuis notre accession à la souveraineté internationale, peinent toujours à mobiliser les énergies individuelles vers un projet collectif, qui est celui du développement. Ce qu’il faut comprendre c’est que le développement n’est pas l’apanage d’une race, d’une ethnie ou d’une nation quelconque, il n’est pas lié à une question de chance, mais plutôt, à une volonté ardente de servir son peuple. « Le passage de soi à soi-même à un niveau supérieur » doit passer par un changement de comportement. Si nous prenons les seuls budgets du HCCT, du CESE (près de 16 milliards) qui sont des institutions qui ne sont d’aucune utilité pour le pays, et la moitié des budgets de la présidence, de l’assemblée nationale et de la primature (plus de 75 milliards) on aurait pu alléger les souffrances de plus de 3 640 000 à 5 460 000 personnes rien qu’en créant 364000 emplois en raison d’un salaire de 250 000frs et en supposant en moyenne que les sénégalais vivent dans des familles de 10 à 15membres environ.

Comment se porterait notre agriculture, si les 1200 milliards dépensés pour le TER avaient été dépensé pour doter aux paysans un matériel adéquat, des petites et moyennes industries au service de l’agriculture. Que se passerait-il si l’argent englouti par les projets de Diamniadio avait été dépensé dans le but de former de nouveaux types de paysans « conscients de leurs droits et de leurs devoirs, capable de dégager des priorités, capable de contrôler, de demander des comptes, de participer activement à la dynamique associative pour le développement» ? Enfin que se passerait-il si une partie de la somme distribuée durant les élections passées avait servi à permettre au paysan de travailler au-delà de 3 mois (c’est-à-dire, au-delà de la saison des pluies) en mettant à sa disposition suffisamment d’eau par le biais d’un système d’irrigation ? Et si on avait utilisé l’argent dépensé au centre international de conférence Abdou Diouf (59,6 milliards) et de celui de l’arène nationale pour d’autres PMI et PME, à bon escient ? On aurait pu créer combien d’emplois ? De simples réajustements, affectations auraient pu suffire pour changer la donne. Rien qu’en réfléchissant sur ces questions et analyses, on peut ne serait-ce que partiellement situer les responsabilités des uns et des autres sur la misère de la majeure partie de la population actuelle.

 

IBRAHIMA KANTE, doctorant en sciences économiques

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