Élections locales: les investitures, une compétence partagée (par Ousmane Abdoulaye Barro)

Les élections locales 2022 revêtent un enjeu éminemment national. Cela n’est pas nouveau mais le contexte a exacerbé la chose. Elles seront le prolongement de la dernière présidentielle et l’anticipation de la prochaine.

Sur les 4 candidats de l’opposition ayant participé à la présidentielle 2019, un seul a survécu aux foudres du système. Ceux qui avaient été éliminés par la main de la justice doivent leur sort au prince de Machiavel.

La tentative de liquidation de Sonko a donné une nouvelle tournure au combat politique . En soutenant le « leader » de l’opposition , les acteurs politiques ont sauvé ce qui restait encore de nos acquis démocratiques.

Les élections, notamment les locales, constituent des moments privilégiés pour les acteurs. Seulement, le caractère national de ces élections risque de prévaloir dans la confection des listes.
Pour Macky, les choses sont claires. Si en 2014, il avait laissé s’exprimer les ambitions, tout porte à croire qu’il va lui même choisir ses candidats et sanctionner les récalcitrants. Ce qui est plus difficile à dire qu’à faire. Macky ne pourra pas ignorer un futur maire, les législatives et la présidentielle arrivent à grands pas.

Pour Sonko, Pastef et alliés, la question est plus complexe. La promesse de faire autrement la politique a des implications. Les militants de Pastef savent qu’on ne peut pas leur imposer un candidat. Seulement, ils gagneraient à lire les textes qui régissent leur parti. Cela leur permettrait de comprendre que la prérogative de choisir un candidat est une compétence partagée. Mieux, le parti préfère le consensus au vote. La pratique, pour ne pas dire la coutume, est assez éloquente.

Si le Copil a toujours associé les structures de base à la prise de décisions qui relèvent de ses compétences, il serait incompréhensible que ces dernières considèrent certaines questions comme leur chasse gardée. Je fais l’économie de l’image et des moyens que le parti mobilise pour assurer la victoire à ses candidats.

Par ailleurs, Pastef n’est jamais allé seul à une élection. Il suffit de regarder les listes lors des législatives de 2017 pour s’en rendre compte. Des membres éminents du parti ainsi que des alliés et non des moindres avaient participé activement à ces élections sans figurer sur les listes.

Ce n’est pas parce que le parti a grandi qu’il peut se passer d’alliés. Les résultats obtenus par le candidat lors de la présidentielle sont le fruit d’un travail collectif. Sonko a eu plus de voix dans certaines communes que les maires sortants. Mais ce n’est pas Sonko qui sera le candidat de Mbour ou Saint-Louis. Donc, rien n’oblige les lecteurs qui avaient voté pour lui en 2019 de le faire pour d’autres candidats qu’ils peuvent même ne pas connaître. Si on pouvait attribuer ses résultats à quelqu’un, ce serait bien à Sonko.

La coalition qui sera la nôtre pourra donc décider en toute démocratie d’investir des personnes qui n’appartiennent pas à Pastef, comme ce fut le cas en 2017. Le critère qui me semble le plus important, c’est la capacité de faire gagner la liste. Ce qui signifie aussi que ce candidat peut être un membre de Pastef ou une personne qui ne milite pas dans un parti.

Autant je refuse que les prochaines locales soient l’affaire exclusive des partis politiques, autant je prends en compte la dimension politique de ces échéances.

Le combat dans les grandes villes sera âprement disputé. Nous devons nous donner les moyens de le gagner. Les ambitions personnelles, qui sont par ailleurs légitimes, ne doivent pas occulter le combat pour la sauvegarde de nos acquis démocratiques.

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