Éducation Nationale : Un vrai cas communautaire (Par Papa Diop)

Entre faire confiance au civisme des Sénégalais qui n’a jusque-là rien donné et ouvrir un boulevard à choper et transmettre le virus de partout…

Si les ressources allouées par des partenaires sociaux (cantines scolaires), techniques (équipements), financiers (fonds) et institutionnels (accompagnent) sont assujetties à des objectifs de résultats de la part du ministère de l’Éducation nationale, nous savons pertinemment que les statistiques les plus attendues sont celles qui proviennent des examens de fin de cycle (primaire, moyen, secondaire). Ce qui permettrait, par-là, de comprendre l’agitation dudit ministère à poursuivre les enseignements-apprentissages dans les niveaux privilégiés (CM2, 3e et Terminale) pour ainsi concocter des chiffres plus ou moins flatteurs, mais pas plus sérieux que ceux actuels de la pandémie COVID-19 au Sénégal ; d’autant plus que beaucoup de fonds investis n’atteignent pas directement les potaches du fait d’objectifs parfois dévoyés, au profit d’ateliers et de séminaires ça et là.

Par ailleurs, le nombre d’écoles privées, à chaque coin de rue, sur l’étendue du territoire national est tellement important que l’État semble ne vouloir courir le risque en fleuve de les fermer indéfiniment, sachant bel et bien que ces établissements privés ne sont pas inclus dans son programme de résilience économique du moment qu’ils ne sont pas considérés comme des entreprises de plein exercice. Les laisser reprendre leurs activités apparaît plus soutenu que n’importe quelle aide que l’État ne saurait leur apporter, surtout avec la pléthore de vacataires qui ne dépendent que de ces écoles.



Dorénavant, rouvrir les écoles rime avec reprise, même galopante, de l’activité des uns et des autres, puisque le bon sens décèle facilement les occupations des populations qui sont des ramifications évidentes (transport, commerce,…) de la vie scolaire. Alors, pourquoi le gouvernement ne prendrait-il pas son courage à deux mains et dire simplement aux Sénégalaises et Sénégalais d’apprendre à vivre avec le virus ?

En réalité, comme le gouvernement ne peut assurer un agent de sécurité et un agent de santé publique à toutes les écoles, par le truchement d’une reprise effective des classes le 2 juin 2020 :

— d’autres catégories d’écoles, sans classes d’examen, pourraient échapper bel et bien à n’importe quelle surveillance (impossible) pour poursuivre leur gagne-pain (ce sont les enfants qui font fonctionner la boutique) ;
— des écoles privées, à défaut d’honorer leurs charges locatives et de personnels (même si réduits pour la circonstance), pourraient convoquer à l’inaperçu leurs élèves des autres niveaux d’études (en plus des classes d’examen) pour capter la mensualité de juin et essayer de rafistoler leurs béants écarts financiers creusés par la situation (c’est d’essayer de regagner un dispositif huilé au plus vite) ;
— des élèves vont emprunter des transports en commun (qui convoient n’importe qui) ou marcher des kilomètres pour rallier leurs écoles ;
— les enseignants devront rassembler les devoirs pour les corriger ;
— les élèves sont incontrôlables, sur le chemin de l’école (être en groupe, faire des crochets où personne ne saurait forcément), à partir de leurs domiciles jusqu’à leurs établissements ;
— les élèves et les enseignants vont se frotter inévitablement aux mêmes objets, dans le cadre de l’exécution d’un cours (craies, cahiers, tableaux, matériels EPS…) ;
— des activités pédagogiques (notamment en CM2) requièrent des travaux de groupe séance tenante ;
— des enseignants reprendront leurs cours à domicile, dans leurs entrées et sorties d’une maison à une autre en quête de rallonges budgétaires ;
— les élèves et les enseignants seront effectivement en contact avec des objets susceptibles de contamination, dans les maisons, dans les services de transport, dans des endroits de consommation (manger et boire), dans d’autres lieux, … ;
— des vendeuses et vendeurs de vivres, que n’importe qui fréquente, vont refaire surface aux heures de pause dans les encablures des établissements ;
— réouverture obligée des transports interurbains (déplacements élèves et enseignants). Si des transporteurs esquivent les barrières en temps limitatifs de trajet, que seront-ils prêts à faire en libération des voies, pour les mêmes raisons (revenus) qui les poussaient à braver l’interdit ? ;
— etc.

Les élèves ne doivent pas être des compléments circonstanciels d’engagements pris auprès de partenaires sociaux, techniques, financiers et institutionnels. Les parents d’élèves et les enseignants devront prendre et assumer pleinement leurs responsabilités, si le gouvernement du Sénégal venait à faire volte-face de la vérité de face qu’aurait imposée le coronavirus à la veille du 2 juin 2020.
D’ici-là, restons scotchés aux prières pour que l’Altruisme de ALLAH SWT, dont nous implorons le Pardon en ce mois béni de Ramadan, Fasse disparaître ce micro-organisme. Car, il est impossible de réussir un dispositif de surveillance assidue, de la maison à l’école. Et un cas communautaire est comme la connaissance (le savoir) : ça peut être en n’importe qui.

La gestion de la mobilité serait plus aisée à l’Université où les étudiants, censés être plus responsables que les élèves pour se fier au strict nécessaire, seraient tous hébergés (confinés) dans leurs lieux d’études dans des conditions que nul n’ignore. Et pourtant, à ce niveau, les instances académiques semblent jouer la carte de la prudence, même si elles peuvent opter, en toute autonomie, commencer avec les étudiants en fin de cycle généralement aux effectifs les plus réduits (L3 et Master) à faciliter la distanciation sociale.

Cependant, nous continuons à croire à des lendemains meilleurs pour l’école sénégalaise et par conséquent nous ne saurions cautionner une rupture d’équité et d’égalité des apprenants. Parce qu’aucun apprenant ne mérite d’être devancé par un autre, indépendamment de sa volonté. À vrai dire, chacun voudrait aller à une station évolutive supérieure dans des délais raisonnables, d’où l’intérêt des efforts ardus et incessants, personnels et collectifs, consentis de part et d’autre pour ne pas décrocher.

L’on aura tout tenté, mais il ne faudrait surtout pas un forcing du présentiel après l’avortement du forcing numérique lié exactement à une impréparation des différents régimes politiques qui se sont succédés. La pandémie de COVID-19 aura été l’occasion de repenser en profondeur cette école que nous voulons des meilleures, des plus attractives, des plus innovantes et donc des plus compétitives, bref avec plus de sérieux et non du semblant de sérieux.

Papa DIOP,
Professeur d’informatique certifié.
Formateur APC d’enseignants.


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