Education en sursis, demain dès l’aube…

MM. Les ministres en charge de l’Éducation, à travers ses sous-secteurs de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur,

Au sortir du conseil des ministres, demain mercredi en principe, tâchez d’éteindre la dissonance.
Des voix émanent de partout, parce que simplement votre cuisine interne a trop duré pour que son odeur parvienne à la place publique.

Dorénavant, quand vous conviendrez de mettre les parents, élèves, étudiants et enseignants qui vous écoutent, depuis toujours, devant le fait accompli, sachez simplement que l’opportunité d’explorer les merveilles du numérique se présentait à vous dans un passé à la fois récent et lointain. La mise à profit dudit temps favorable aurait aujourd’hui facilité un glissement naturel vers les ressources numériques qu’il incombe, de toute évidence, de moduler, même en temps normal, avec les enseignements en présentiel.



MM. Les ministres,
Votre responsabilité individuelle et collective est très lourde pour que vous ne puissez pas ignorer que :

1- le territoire national est gangrené de disparités ;

2- la logique n’adhère pas à fermer les écoles, instituts et universités pour toutes et tous, à tous les niveaux, et poursuivre les cours pour certains mieux outillés que beaucoup d’autres ;

3- la solution ne peut pas être dans ce que certains effectifs réduits savent réussir ;

4- la pauvreté, le défaut d’accès à l’énergie (notamment l’électricité), la fracture numérique sévissent dans beaucoup de contrées laissées à elles-mêmes par les différents régimes politiques qui se sont succédés ;

5- la mise en ligne d’un contenu pédagogique n’entraîne pas l’accessibilité à qui le veut même y ayant droit (problème de moyens), encore moins l’effectivité d’un enseignement ;

6- l’exécution des tâches pédagogiques qui nécessitent la manipulation d’objets requiert une présence physique au laboratoire, en salle de TP, au stage d’entreprise, à l’hôpital,…

Le fait qu’il soit aujourd’hui difficile d’exercer un métier sans usage de technologies est la raison pour laquelle l’introduction du numérique dans les programmes scolaires officiels de l’enseignement général, à tous les niveaux, préparera les filles et fils du pays en citoyens ouverts au monde en mouvement, mais pas exposés à sa découverte. Et la primeur de ce fondement est bien au delà du coronavirus.

MM. Les ministres,
Gardez votre calme au banc des accusés si vous ne pouvez pas satisfaire tout le monde comme pour avoir fermé les classes pour tout le monde. Car les milliards que voulez sauver pour flatter les caprices de partenaires techniques, financiers, institutionnels ou sociaux ne valent pas le sacrifice d’un tout petit apprenant sénégalais que vous aurez précipité dans de l’enseignement à distance sans les préalables d’initiation, de familiarisation et d’adaptation à des plateformes dédiées.
Même l’Université virtuelle du Sénégal (UVS), le seul établissement public dont le numérique est au cœur et pouvant également justifier que chacun de ses étudiants aurait un ordinateur/smartphone, consomme plus d’un mois d’activités durant l’année académique pour l’immersion de ses nouveaux bacheliers (sans distinction aucune) en informatique et l’installation de prérequis pour leur permettre de suivre des cours en ligne (synchrone/asynchrone).

Donc, un seul apprenant sénégalais que vous léseriez, en foulant au pied l’équité et l’égalité des chances, peut valoir à cette Nation beaucoup plus que des trillions si vous lui offrez à présent la quiétude de s’épanouir pleinement dans ses études qu’il ne faut surtout pas escamoter au prix d’un forcing digital.
Le forcing sera plus grave si l’on emprunte le chemin d’outils (WhatsApp, Zoom,…) non essentiels à l’éducation, puisque leur objet et leur orientation sont tout autre dans leurs conception et réalisation par leurs promoteurs. Ce n’est pas professionnel et c’est tout à fait du bricolage. Et quand l’on pense utiliser un service gratuitement sur internet, l’on est bien le produit à vendre. Il s’agit, par-là, d’une question de souveraineté numérique. N’est-ce pas une occasion de travailler à plus de responsabilisation pour l’automatisation des acteurs principaux du système éducatif sénégalais (apprenants comme enseignants) dont le « quotient numérique », pour ne pas dire quotient intellectuel, est à apprécier diversement ?

Faudrait-il laisser à ce virus le temps de faire sa sélection naturelle, tout en appelant au respect grand max des consignes des personnels de santé.

Papa DIOP
Professeur d’informatique
Formateur APC d’enseignants


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