ECO : le CFA bis

Par la voix de Sibeth Ndiaye, la renégate, la France annonce une décision majeure qui concerne non pas les citoyens Français mais les 120 millions d’habitants de l’UEMOA. Le franc colonial français (CFA) tire sa révérence suite aux multiples attaques et appels pour sa disparition au profit d’une nouvelle monnaie cette fois-ci sans connotation dénominative coloniale. Pour sauver la face et garder ses intérêts intacts, la France passe par un rebranding du CFA avec ses complices, valets et nègres de service.

Faisons un bref rappel sur le CFA et son fonctionnement depuis sa création. C’est une monnaie que se partagent principalement les pays de l’UEMOA découlant d’un accord qui les lie depuis l’aube des indépendances à la France. Elle a été créée en 1945 en même temps que les accords de Breton Woods. En plus de la garantir, et de l’arrimer avec sa monnaie, la France gère les réserves des pays membres et siège dans son conseil d’administration où elle jouit d’un droit de véto et émet pièces et billets du CFA. Autrement dit, toute décision qui ne l’agrée pas n’a aucune chance d’être entérinée.

Le Franc CFA finit par tomber dans le désamour total de beaucoup d’africains de l’ouest qui n’hésitent pas à le brûler et à le dénoncer comme un outil de domination économique auquel il faut se séparer. Mesurant le dépit que les peuples ont face à leur monnaie, la France toujours coloniale, n’a pas hésité à usurper l’ECO, le projet de monnaie unique de la CEDEAO d’abord par une première déclaration du Président Ivoirien en décembre 2019 et tout dernièrement par un communiqué du conseil des ministres datant du 20 Mai 2020.



Le communiqué dit : « Comme décidé par l’UMOA, le nom de la monnaie de l’UMOA, aujourd’hui le Franc CFA, évoluera pour devenir l’ECO. La France et l’UMOA ont également décidé de mettre fin à la centralisation des réserves de change de l’UMOA à Paris, en actant la suppression du compte d’opérations. Enfin, les modalités d’échange entre l’UMOA et la France sont profondément modifiées : la France se retire de l’ensemble des instances de gouvernance de l’Union » Donc c’est au niveau d’un conseil des ministres de la France tenu à l’Élysée que c’est décidé de changer le CFA des quatorze pays membres de l’Union Monétaire Ouest Africain. Le plus grand paradoxe dans cette nouvelle mesure qui paraît unilatérale est le fait que la zone CFA de l’Afrique centrale n’est pas concernée !

De prime abord, il urge de signaler que l’acte posé par la France n’est ni diplomatique ni élégant, ni respectueux. La France pouvait être moins arrogante, plus diplomatique et respectueuse à l’endroit de « ses partenaires » en leur laissant la latitude d’annoncer une décision si souveraine d’autant plus que le communiqué dit explicitement que le changement de nom a été décidé par l’UMOA et que «la France n’est qu’un simple garant » de la nouvelle tout de même indésirable de cette nouvelle monnaie « ECO ». Pourquoi la France a accepté de se réduire en « garant » ? Quels sont les enjeux économique, politique et diplomatique de cette posture à court, moyen et long terme ?

S’agissant de cette dénomination, notons que c’est une usurpation de nom de la part de la France et des pays de l’UMOA puisque l’ECO et les signes monétaires qui le composent sont la propriété exclusive de la CEDEAO issues d’un appel à candidature. Par conséquence, les droits d’auteur et les droits connexes sont protégés contre la contrefaçon, le piratage, l’usurpation dans tous les pays. En adoptant l’ECO comme nouvelle monnaie pour des pays souverains, la France et l’Union Monétaire Ouest Africaine violent délibérément la loi sur la propriété intellectuelle et doit être poursuivi et punie.

L’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, (OMPI) dont la France et plusieurs autres pays sont membres s’occupe du respect de la propriété intellectuelle. Donc si la CEDEAO le souhaite, elle peut porter cette affaire devant les juridictions françaises, africaines et internationales pour bloquer cet énième projet colonial de la France avec la complicité de certains chefs d’États de l’Afrique de l’Ouest. Il n’est plus concevable de laisser une marge de manœuvre à la France qui lui permette de manipuler les économies de nos pays et d’en profiter comme c’était toujours le cas. En plus de cette bataille juridique qui doit s’amorcer dès à présent, il est tout aussi nécessaire d’engager celle politique en faisant savoir à la France qu’elle essaie d’oublier cette ambition colonialiste permanente par le biais de laquelle elle a jusqu’ici entretenu son économie et sa politique étrangère pour bien compter dans le concert des nations. De hautes autorités françaises comme Jacques Chirac et Sarkozy ont avoué dans le passé que la séparation avec les pays africains n’était pas une bonne idée. Donc à tout prix, il faut maintenir le lien de domination. C’est alors aux dirigeants et peuples des pays concernés de se battre fermement pour récupérer ce qui de leur souveraineté.

Si aujourd’hui des pays comme le Cap-Vert, la Gambie, la Mauritanie, la Guinée Bissau, sont capables de gérer leur propre monnaie, et leur politique monétaire, pourquoi pas le reste. Je me demande si vraiment Sénégalais, Ivoiriens et Maliens et autres pays de l’Afrique de l’Ouest seraient dans de meilleures conditions que Capverdiens, Mauritaniens ou Gambiens. Pauvreté et misère frappent de la même manière dans tous nos pays.

La France comme tout autre pays d’ailleurs n’a pas d’amis, elle a des intérêts qu’elle tient à préserver par tous les moyens. J. Chirac ne disait-il pas qu’« une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient de l’exploitation depuis des siècles de l’Afrique » ? Accepter cette garantie monétaire n’est qu’un renouvellement de la colonisation dont on ignore le terme et un blanc-seing pour la poursuite de cette exploitation. La dignité et la liberté valent-elles mieux qu’une simple garantie monétaire que chaque pays est à même de se fournir lui-même ? Le monde est dans une phase évolutive très rapide mais encore une fois nous risquons de rater ce nouveau départ à cause de chefs d’États et hauts fonctionnaires qui n’hésitent point d’hypothéquer, de saboter et de ruiner l’avenir de tant de générations.

Pour résumer, l’ECO tel que le veut la France n’est qu’un subterfuge pire que le CFA. L’objectif à long terme pourrait être de l’élargir à tous les pays membres de la CEDEAO avec la garantie française. La France sera économiquement plus solide, plus apte à exploiter et piller l’Afrique, elle sera aussi diplomatiquement plus influente dans le monde entier. À nos chefs décideurs ou exécuteurs de voir s’il est normal et admissible qu’un petit pays qui ne représente rien sans l’Afrique puisse mettre la main continuellement sur un ensemble de pays qui compte 120 millions d’habitants et leurs ressources ? L’UMOA ne peut-elle mettre se passer d’une garantie monétaire étrangère qui sera sûrement un levier de manipulation pour encore longtemps ?

SMT. Washington. USA
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