Dicko, un Imam qui tient à son siège(Par Amadou Sow)

L’Imam Dicko fait partie de ces hommes qui semblent bien cerner les contours de leur mission sur terre et font tout pour s’y conformer, malgré les nombreuses tentations.
Depuis sa propulsion au- devant de la scène politico-médiatique, comme figure de proue du mouvement M5-RFP, qui a contesté le régime d’Ibrahim Boubacar Kéita, président de la République du Mali, élu en 2013 et réélu en 2018, Mahmoud Dicko aura le mérite de montrer qu’un Imam n’a pas sa place que devant les braises incandescentes du foyer ardent, entouré de ses disciples entièrement soumis et dociles.
L’hétéroclite mouvement M5-RFP a bizarrement choisi un Imam, représentant une identité religieuse et appartenant à un des groupes ethniques protagonistes d’un des plus violents conflits civiles en cours qui remettent considérablement en cause la stabilité du Mali et menacent celle de la sous-région.
Curiosité qui ne semble pas tellement attirer l’attention de nombreux observateurs, qui ne voient souvent que le religieux conduisant des politiques sortis de l’école laïque de Jules Ferry. Pourtant, cette appartenance socioreligieuse de Dicko permet de relativiser le caractère ethnique, voire religieux de la crise malienne qui, en définitive, est liée à une carence de leaders responsables, compétents, courageux et conscients des enjeux de ce pays de longues traditions de brassages et de métissages biologiques et culturels.
Toujours est-il que l’Imam Dicko, formé à la bonne école coranique classique, traditionnelle, celle héritée de Tombouctou et du Macina, a bénéficié de la confiance des dirigeants politiques et de la société civile, du vrai peuple malien, notamment.
Certains lui ont très tôt prêté des ambitions de diriger le Mali ; ce qu’il a très vite balayé catégoriquement d’un revers de main, à travers des déclarations sans équivoque.
Mais qui l’aurait cru dans ce panier de crabes ?
Mieux averti que quiconque, Imam Dicko a bien fait de clarifier son jeu ; ce qui lui permet d’ailleurs de garder sa posture de leader du Mouvement M5 et, par ricochet, de rassurer ses compagnons de lutte dont certains ont comme ambition la conquête et l’exercice du pouvoir.
En effet, il faut être vraiment naïf pour croire que tous les leaders du M5, dirigeants de partis politiques, ayant convoité le pouvoir, et qui certainement lorgnent le fauteuil vacillant et oscillant du vaillant héritier de Soundjata Kéita (qui vient de chuter), sont juste animés par l’amour exclusif et sans faille de la patrie.
Faut pas trop rêver quand même !
Certes, c’est très important, voire primordial de libérer son pays des mains d’un incapable ou d’un passif, peut-être même d’un irresponsable comme Ibrahim Boubacar Kéita qui laisse son peuple se massacrer, son pays se déchirer, pendant que son fiston gâté, insolent et bête, se pavane au quatre coin du monde, en période de pandémie sans précédent, apparemment à la recherche de « fruits mûrs à la chair ferme » pour satisfaire ses caprices libidineux de rejeton de pays très pauvre, surendetté, malade de COVID 19 et en guerre.
Toutefois, la politique est ce qu’elle est. Elle n’est ni la morale ni la religion. Or l’Imam quoi qu’on puisse dire, est sorti de l’école religieuse islamique. Il serait alors inimaginable de le voir facilement se mouvoir dans la sphère étatique, dans ce panier de crabes, en gardant sa barbe intacte.
A moins qu’il n’ait les épaules suffisamment larges et fortes pour porter l’étendard d’un nouvel ordre régional qui fera face à celui dominant le monde et défendu par les plus grandes puissances qui ne sont pas prêtes à faciliter la tâche à un immaculé qui tient à sa pureté originelle.
Et puis, les guerres intestines qui rongent son pays, le Mali, ne favorisent pas notre Prométhée, malgré l’éclat de son flambeau sacré.
La réalité est que le monde est dominé par un ordre diamétralement différent de celui de l’école qui a formé l’Imam Dicko qui, lui-même, est conscient qu’il ne peut rien y changer, à l’état actuel des choses.
Tout ce qu’il pouvait faire, c’était de répondre à l’appel de son peuple pour démettre un président incapable et même dangereux pour son pays.
Alors, il a été bien inspiré de déclarer à la délégation des putschistes, venus le voir dès le lendemain de la démission sous contrainte martiale d’Ibrahim Boubacar Kéita, qu’il a accompli sa mission et qu’il retourne à sa véritable place, la mosquée.
En attendant la suite des événements que ces soldats mutins- que le temps jugera-, ont remaniés considérablement, nous pouvons espérer qu’Imam Mahmoud Dicko, qui n’est candidat à rien, ne descendra pas de son minaret, pour conduire une nouvelle révolte du peuple malien parce qu’un autre pantin aura pris la place d’Ibrahima Boubacar Kéita.
Amadou SOW
FASTEF/UCAD

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