DAKAR, ville de surenchères : radioscopie d’une macrocéphalie urbaine.

Alors, dans son roman « Le Ventre de Paris », publié en 1873,l’écrivain Émile Zola, peint avec un style réaliste mélangeant des formes et couleurs à la fois étonnants et attirants, le tableau d’une ville, symbole de la modernité comme l’organe central du corps social, lieu où s’aiguisent tous les appétits- appétits de nourriture, bien sûr, mais aussi de jouissance sexuelle, du goût immodéré de l’argent, du luxe et de la luxure, et appétit brûlant et dévastateur du pouvoir.

Voilà l’instrument à peine métaphorisé de l’asservissement des hommes et de leur destruction par dégustation, dévoration et digestion voraces de n’importe quoi par n’importe qui. L’œuvre foncièrement teintée d’un réalisme éclatant et pointu, est l’illustration romancée de la fameuse conception socio-anthropologique d’une humanité gouvernée par ses instincts, toujours en proie à l’éternelle lutte darwinienne pour la survie grâce à cette triptyque: l’argent, le sexe et le pouvoir.





Alors, est toujours pris d’assaut avec une effervescence inouïe, tout lieu qui concentre en son sein ces trois vices que les grandes illusions modernes nous présentent comme des vertus. Et, autant qu’ils élèvent l’homme au pinacle d’une vie matérielle qui n’est que mirage, connerie et mensonge,ils sont, tout de même capables de contribuer à sa dégringolade sociale, sa décadence morale et sa décheance spirituelle. Une vraie destruction de notre être moral et social, subrepticement moulée dans la matrice urbaine.  » La ville nous attire et nous détruit », disait Éza Boto, dans « Ville cruelle « . Et le prêtre Gabriel Marcel de dire: »À l’accroissement de la puissance matérielle correspond la diminution de notre être et de notre foi ». Donc la ville s’érige-elle en haut lieu de débauche, de corruption et de conquête sans répit.?

Or, dans une perspective analogique, la ville de Dakar, Capitale à la fois économique et politique du Sénégal, porte d’entrée et de sortie de l’Afrique, ouverte aux cinq continents du monde, occupant, pourtant 0,28% du territoire national et concentrant paradoxalement près de 4millions des 17 millions d’habitants de ce pays (soit un pourcentage de plus de 23% de la population nationale), n’apparaît-elle pas comme une plaque tournante de toutes formes d’enchères et de surenchères? Enchères politiques , enchères économiques et financières, enchères diplomatiques, enchères alimentaires et même des plaisirs. Pour cela, vide- elle pour autant le reste du pays , autant qu’elle polarise la sous- région?

Alors, le morcellement politico-administratif dont ce joyau urbain fait l’objet faisant ainsi les choux gras de la presse obéit surtout à des desiderata électoralistes du régime en place plutôt qu’à des orientations stratégiques de bonne gouvernance territoriale. Et le carnage foncier dont les braconniers de la terre font de son riche littoral est une preuve malheureusement vivante de sa valeur en espèces et de la convoitise dont ce patrimoine national fait l’objet. Offert aux plus offrants compte non de la nécessité du principe juridique relatif à sa préservation- cusus solis, cusus singus- pour les futures générations, ce littoral dakarois est devenu un enjeu économique assez important autant qu’il est un défi écologique non négligeable.

L’exercice du pouvoir y est alors de rudes épreuves. C’est ainsi que la place de la nation devient le symbole des luttes politiques entre pouvoir et opposition. Aussi, la circulation monétaire y est affluente autant que la débauche sexuelle y fleurit. Alors, affairistes, entrepreneurs, commerçants et même charlatans se livrent tous les jours à la quête de pitance souvent sans aucune probité morale pendant que les personnes dilettantes addicts de plaisirs s’adonnent goulûment à la fainéantise heureuse. Les « dakar by night » , « dakar ne dort pas », les « gay pride » et autres en sont illustratifs.

Or, si notre existence ne se résume qu’en ces trois: pouvoir, argent et sexe, nous ne sommes que des animaux supérieurs pour paraphraser Léopold Sedar Senghor, auteur de « Les libertés ».

Alors, Honoré de Balzac avait donc raison de croire que dans une société moderne et urbaine où ne règnent que le goût du luxe, l’appât du gain et la conquête effrénée du pouvoir, toutes les mœurs seront corrompues.
Hélas ! Dans cette perspective, l’envie, le désir et la haine risqueront de fondre en nous toute humanité, brûler en nous tout amour, détruire en tout élan de volonté, d’abnégation et de passion, et d’écraser en nous tout esprit de solidarité et de partage. Apparaîtra ainsi la zombification urbaine et sociale de notre communauté.

Mansour Shamsdine Mbow, Professeur de Lettres et Chroniqueur.

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