Crise institutionnelle au Mali : et si la démocratie avait fiché le camp de l’Afrique ?

Il est indéniable que la démocratie est en perpétuelle et éternelle crise en Afrique. A-t-elle fiché le camp?

La crise malienne 🇲🇱 nous enchante, nous affole, nous perturbe, et nous tiraille. Elle nous emballe et nous calme. Elle révèle le démon africain à l’épreuve du machiavélisme occidental. Le Machiavel occidental n’a-t-il pas nourri le Démon africain, ou serait-ce plutôt dans l’autre sens … L’Occident schizophrène a-t-il réussi à rendre l’Afrique folle ? La folie, n’est-elle pas la graine du genie en devenir ?

Notre Démon politique à nous, en Afrique, s’appelle “coup d’Etat”. Qu’il soit militaire ou fomenté par un civil, Il suscite l’extase et engendre les peurs. Il humilie les presidents, comprime les peuples et défait les carrières politiques. Il combat le mal par le mal quelquefois nécessaire. Mais il n’est pas que cela, il est aussi le chant désespéré des peuples meurtris, hymne tant rêvé et tant murmuré, mais rarement joyeux ni complètement dévastateur. Même dans le Zaïre martyrisé de Mobutu, pouvait-on entendre les psalmodies à la gloire du dictateur.

Le Machiavel occidental, quant à lui, il revêt les formes de l’impérialisme dans toute sa splendeur dévastatrice. Lorsqu’il est bon pour lui, l’impérialisme se veut être un humanisme. Il est l’humaniste qui frappe à votre porte, s’invite à votre table, mange votre pain et dort dans votre lit sans y être invité. C’est un humaniste qui vous fait du mal et vous dit qu’il vous veut du bien. Quand bien même ne le sauriez-vous pas, il vous le répète inlassablement, car il a besoin de vous pour réussir sa sérénade. C’est en cela que la France de Sarkozy a sanctuarisé le supposé « rôle positif de la colonisation » en 2005, et plus encore, plus récemment, celle de Macron a insisté sur la mission salvatrice de la présence militaire française au Mali (initiée par Hollande).

Malgré les gros investissements en hommes et en matériel, la guerre « démocratique »française au Mali s’est soldée par un échec, mais il ne faut pas le dire à l’Etat français car il pourrait ne pas s’en remettre…

Aujourd’hui, la force militaire Barkhane (l’impérialisme sait se “tropicaliser”) s’est retirée comme elle est venue; sans invitation ni notification du peuple malien ; laissant derrière elle un pays meurtri et divisé, une terre martyrisée, un terrorisme invaincu et un peuple appauvri qui manque de tout et dont un grand nombre de ses habitants a foutu le camp en banlieue française depuis longtemps.
Ironie veut que 12% de la population électorale en France adoubent le racisme d’Eric Zemmour et imputent une partie de la panne d’inventivité de la France aux africains (en grande partie des maliens ) venus les envahir, en prélude au “grand remplacement”.

En une décennie, ni la Cedeao ni la France-s’en-va-t-en-guerre, ou encore moins l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, n’ont trouvé de solutions aux problèmes des maliens au Mali. Territoire morcelé, pauvreté chronique, chômage endémique, éducation en branle, institutions défaillantes, corruption, crise sécuritaire et politique…

Le Mali 🇲🇱 martyrisé s’est rassemblé pour nous dire qu’elle veut croire en Assimi Goïta, pourquoi le punir pour cela ?

Les sanctions que la Cedeao a prises à l’encontre du Mali ne sont que les soubresauts d’une organisation défaillante aux aguets, un conglomérat de présidents pour la plupart “has been” et mal élus qui voient leur survie menacée par ces nouveaux dirigeants militaires décomplexés nommés Goïta et Doumbouya (Guinée Conakry) dont les peuples ont fait les porte-étendards de leurs espoirs. À tort ou à raison, l’avenir nous dira.

On voudrait nous faire croire que c’est une heureuse coïncidence que le nouvel homme fort de Bamako soit devenu la cible gênante. On voudrait nous faire croire que l’Etat français est innocent dans cette affaire et que la Cedeao serait souveraine. Comment la Cedeao peut-elle être souveraine alors que les États qui la composent ne sont pas des États souverains et que sur eux s’exerce, depuis des décennies, une domination politique et économique dont les tenants les aboutissants et les ramifications sont aujourd’hui documentés ?

Certes Assimi Goita est arrivé au pouvoir de manière non-règlementaire, mais dans le club Cedeao ouest-africain-francophone, qui sont les présidents aux mauvais bilans qui peuvent se targuer de ne pas avoir employé toutes leurs forces dans la confiscation du pouvoir et la répression des libertés? Pourquoi ont-ils les mains libres ? Qui pour les punir ?
N’allez surtout pas demander au président Macky Sall ce qu’il en pense, il vous répondrait qu’il est occupé à creuser drastiquement la dette publique du Sénégal 🇸🇳 au profit des bailleurs occidentaux et chinois (alors que le chômage reste très endémique et que les prix flambent au Sénégal) et que son mandat présidentiel à lui “c’est de tout faire pour réduire l’opposition à sa plus simple expression». Un programme démocratique exécrable.

La démocratie au rabais et à géométrie variable pour les africains, les peuples n’en veulent plus. C’est la raison pour laquelle leurs héros d’aujourd’hui se nomment Assimi Goita ou Mamadou Doumbiya. Ils arrivent au pouvoir par effraction mais sont acclamés par les leurs.

La démocratie qui opprime les peuples et enrichit des présidents notoirement incompétents, les peuples d’Afrique n’en veulent plus. L’Afrique veut être libre. Sa jeunesse réclame sa dignité. La démocratie l’a autant martyrisée que les « régimes autoritaires » dont on voudrait la protéger. L’Afrique a compris que la démocratie occidentale n’a pas grand chose à lui offrir car aux raisons d’Etat et aux intérêts économiques, elle sacrifie ses lettres de noblesse. La démocratie, en Afrique, elle fout le camp !

L’avenir est incertain, mais nous avons foi en l’Afrique, foi en la jeunesse africaine pour réinventer son avenir, repenser et redéfinir son identité.

Le chemin sera long et difficile mais il n’est pas insurmontable.
Dieu bénisse le Mali ! Vive le Mali libre !
#CEDEAO #Mali #solidarité

Dieynaba Sar

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