Covid19 au Sénégal, quelle résilience du secteur du tourisme et de l’hôtellerie face à la crise ?

Une crise pas comme les autres

L’économie internationale traverse aujourd’hui une crise profonde sans précédent. Le Sénégal, qui n’est pas épargné par la crise sanitaire, ne cesse d’enregistrer des cas positifs au Covid-19. Le pays voit ainsi son économie embryonnaire plongée dans des nuits très sombres ; les conséquences, quant à elles, sont terribles.

Parmi tous les secteurs en crise, le tourisme, deuxième secteur économique du pays, environ 7 % du PIB[1], est l’un des plus touchés. En effet, la destination SENEGAL est frappée de plein fouet, et par ricochet, toutes les activités touristiques et hôtelières, mais aussi de loisirs, se trouvent fortement impactées.

Selon le Ministère de l’Economie du Plan et de la Coopération (MEPC), dans son programme de résilience économique et sociale, les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et des transports aériens sont en tête des secteurs les plus impactés avec 130.3 milliards de FCFA de pertes de recettes, dont 56 milliards pour la restauration, 40 milliards pour l’hôtellerie et 34.3 milliards pour l’aérien (Voir lien ici).

En effet, plus de 800 établissements d’hébergements touristiques ont ainsi fermé. De plus, les lieux touristiques et culturels notamment les monuments, les musées, les sites artisanaux, ont tous aussi arrêté leurs activités. Par conséquent, plus de 150 0000 personnes qui vivent directement et indirectement du tourisme sont en chômage technique.


Les mesures annoncées par le gouvernement

À la suite de la décision de fermer les frontières et d’interdire les vols le 20 mars 2020 à minuit, le gouvernement a mis en place le Plan Force Covid-19 d’une enveloppe de 1000 milliards de francs CFA pour soutenir les secteurs les plus touchés, les ménages les plus démunis, et aussi la Diaspora. Sur ces 1000 milliards, 77 milliards sont alloués aux secteurs du tourisme et des transports aériens dont 15 milliards de crédit hôtelier, 12 milliards au profit des hôtels réquisitionnés et 45 milliards affectés au transport aérien. Les 5 milliards de FCFA restants sont destinés à soutenir et accompagner les agences étatiques du tourisme.

Le gouvernement promet que les secteurs du tourisme, de la restauration et de la culture bénéficieront d’un différé de paiement des impôts et taxes jusqu’au 15 juillet 2020.

Quant aux dirigeants du tourisme, ils comptent plus sur le tourisme interne pour le redressement du secteur lors de la reprise des activités touristiques après le Covid-19.

Cependant, nous restons un peu sceptiques face à l’optimisme d’Alioune Sarr, ministre du tourisme et des transports aériens et de Pape Mahawa Diouf, directeur général de l’Agence Sénégalaise de Promotion Touristique (ASPT). Ce dernier compte s’appuyer sur le tourisme interne pour espérer un rebond immédiat après la crise, avec des prévisions qui représenteraient 50% du tourisme au Sénégal Voir lien ici. Nous émettons des réserves par rapport à ces projections.

Les raisons de notre pessimisme quant à une reprise immédiate de l’activité touristique au Sénégal

Au vu de l’évolution de la pandémie, nous considérons que le redressement de l’activité touristique et des transports aériens sera très lent pour plusieurs raisons.

Premièrement, il faut noter que la saison touristique au Sénégal ne bat son plein que pendant six (6) mois, généralement de novembre à mai, et même parfois moins, et nous sommes déjà au mois d’avril.

Deuxièmement, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) prévoit une chute entre 20 % et 30 % pour 2020[2] du tourisme international, à cause de l’épidémie du Coronavirus (Voir lien ici). Ce qui est considérable, si nous le comparons à la dernière crise économique et financière de 2008/2009 qui avait causé une baisse de 4 % sur le tourisme mondial. La pandémie du Covid-19 pourrait donc avoir un impact considérable sur notre économie.

Troisièmement, et contrairement à ce que le directeur de l’ASPT veut faire croire aux sénégalais, il faut savoir que le tourisme interne au Sénégal est très faible. Autrement, pourquoi sommes-nous tous inquiets et impactés par la forte saisonnalité du tourisme au Sénégal, avec ou sans crise Covid-19 ? Pourquoi certains hôtels ferment-ils en mai ou juin comme le cas des Alizés Beach Resort de Cap Skirring et le Club Med de la même ville pour ne citer que ces deux hôtels ?

D’ailleurs, le directeur de la réglementation touristique au ministère du tourisme et des transports aériens Ismaila Dione, a noté « qu’il y a une perte de parts de marchés, parce que le secteur du tourisme est un secteur dépendant ». Il poursuit « jusque-là, nous dépendons de quelques marchés émetteurs notamment la France, l’Italie, la Belgique… »[3]. Aussi, le Ministre du tourisme et des transports aériens Monsieur Alioune Sarr a affirmé dans l’émission « Face-à-Pape Ale », le 15/04/2020 sur la SenTV, que 47% de nos touristes viennent de la France, une autre grande partie vient de l’Espagne (Voir lien ici).

Tout ceci pour dire que le Sénégal et la majeure partie des pays subsahariens ont un tourisme local et sous-régional qui n’est pas très développé, d’où notre part de marché du tourisme international très faible : 7% en 2016, 9% en 2017, 5% en 2018 et 2019[4].

 

Quatrièmement, ces pays émetteurs sont fortement frappés par le Covid-19. Il y’ a par conséquent une baisse de leurs revenus car beaucoup de leurs concitoyens sont en chômage technique et ne bénéficient pas de la totalité de leur salaire. Les gouvernements de ces pays appellent à la solidarité nationale en demandant à leurs populations de voyager à l’intérieur de leur pays pour soutenir et booster leur secteur touristique qui est fortement impacté, au lieu de voyager à l’étranger.

Et bien évidemment, nous considérons aussi qu’il y aura probablement la peur de voyager à cause du risque résiduel de contamination.

Comment soutenir et relancer le tourisme ?

Pour toutes ces considérations et au vu de la sombre perspective pour ce secteur, nous proposons plusieurs mesures.

D’abord, sachant que la saison touristique au Sénégal débute entre octobre et novembre (pour environ 6 mois), le gouvernement devrait donc prolonger le retard de paiement des impôts et taxes jusqu’en fin décembre 2020 (la fin de l’exercice 2020), bien au-delà de de la date initiale du 15 juillet 2020. Vu la situation actuelle et dans l’espoir que les activités reprennent d’ici l’été, cette mesure permettra au moins aux hôteliers de travailler ne serait-ce que deux mois en haute saison pour espérer rebondir.

Avec le besoin régulier de renouvellement des équipements pour se conformer à la règlementation et aux règles d’hygiène, nous appuyons l’idée des 200 milliards de garantie de crédits accordés par le gouvernement pour les entreprises qui souhaiteraient faire un prêt, tout en bénéficiant de la possibilité d’un différé de paiement des échéances, dans l’éventualité d’une relance tardive de l’activité touristique.

Toutefois, la transparence doit impérativement guider les actions du gouvernement. Il faut une totale transparence et une communication claire sur la distribution des fonds des 77 milliards alloués au secteur du tourisme et du transport aérien.

Considérant aussi que la destination Sénégal est encore chère comparée à nos voisins de l’Afrique, nous proposons la suppression de la « redevance passager » et de la « redevance sureté » pendant une période allant de 3 mois à 6 mois après la pandémie. Ce qui permettra d’alléger concrètement les prix des billets d’avions à destination du Sénégal. Cette réduction permettra d’inciter les touristes étrangers à venir visiter le pays et les hôtels pourront reprendre les activités et continuer à payer les impôts et les taxes.

Enfin, un tourisme interne ne peut être développé dans un pays avec un taux de chômage aussi élevé que celui du Sénégal. Pour y remédier, il faut nécessairement mener une politique d’industrialisation pour soutenir la création d’emplois. Ce qui favorisera l’essor d’une classe moyenne en demande de loisirs et d’activités touristiques pour stimuler la croissance du tourisme interne, qui doit être le fondement d’un vrai développement touristique.

Pour manifester leur solidarité à la nation, dans ces moments compliqués, les hôtels doivent aussi être réquisitionnés gratuitement par l’État, afin d’abriter les médecins, les infirmiers et les aides-soignants. Mais aussi, ils peuvent servir de logements pour la mise en quarantaine des patients testés positifs au Covid-19 ou ceux testés et en attente des résultats. Ils doivent répondre à l’appel à la solidarité pour traverser la crise actuelle.

Nous tenons à adresser nos vifs encouragements et notre soutien aux professionnels de l’hôtellerie qui dans ces moments compliqués voient l’arrêt de toutes leurs activités sans savoir quand la situation va se décanter.

Commission Culture – Tourisme – Artisanat du MONCAP France

[1] https://www.au-senegal.com/frequentation-touristique-du-senegal-les-vrais-chiffres,15814.html

[2] https://www.unwto.org/fr/tourisme-covid-19-coronavirus

[3] https://www.lequotidien.sn/consequences-du-covid-19-sur-le-secteur-touristique-et-des-transports-aeriens-alioune-sarr-prepare-sa-riposte

[4] https://www.unwto.org/fr/tourisme-covid-19-coronavirus



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