Comprendre les mécanismes qui sous-tendent le racisme pour le combattre efficacement

Merci sister pour cette invitation à donner mon avis sur cette question grave et complexe que constituent le racisme et l’auto-aliénation. Qu’il me soit permis d’emblée de rectifier ce qui doit l’être : cet attribut flatteur que tu me confères de manière un peu hâtive s’explique sans doute par ta sollicitude envers ma personne et non par mes qualités intrinsèques.

Cette remarque liminaire ne servira pas de faux fuyant pour m’extraire du devoir de donner mon humble point de vue, lequel point de vue, certes, ne sera pas d’une acuité aussi remarquable que celui du sociologue ou du sachant outillés qu’ils sont de leur science ou de l’observateur averti pour qui la maîtrise de la question accorde la légitimité d’en débattre, mais aura le mérite, nous l’espérons, de celui du citoyen jetant un regard qui se veut critique et sans complaisance sur certaines problématiques qui le touchent profondément.

Le racisme est un problème complexe et un terrain glissant dont l’analyse requiert des précautions d’usage tant le risque est grand de l’appréhender sous le prisme de la passion si ce n’est celui de la réactivité émotive : quel inefficace remède que celui de verser dans le verbiage infécond !

Notre approche sera dichotomique dans la mesure où elle fait la distinction entre un racisme classique que l’on pourrait qualifier d’ordinaire (même si nous avouons qu’accepter qu’il soit ordinaire participe quelque part à le normaliser) qui est à notre sens « naturel » sans être normal d’où la nécessité de l’éradiquer de façon pédagogique et didactique et un autre racisme plus néfaste et déplorable car institutionnel et systémique qu’il faut, il nous semble, combattre politiquement et de et de manière systématique dans la mesure où c’est un fléau sournois puisque non seulement, il échappe à l’arsenal juridique qui condamne les actes de racisme, mais pire encore parce qu’il s’immisce dans la législation elle-même, y compris dans celle-là même censée lutter contre le racisme.



Contrairement à beaucoup nous pensons que le racisme dit « ordinaire » ne doit pas exclusivement être appréhendé sous l’angle délictuel, nous sommes d’avis que cette forme de racisme traduit la bêtise humaine dans ce qu’elle a de plus déplorable et au-delà des jugements de valeur qui clouent au pilori son auteur. Il devrait être question d’offrir à ce dernier (dont l’ignorance en fait plus une victime qu’un coupable) les moyens de s’affranchir de cet état primitif, de ce degré zéro de la culture pour parler comme Roland Barthes. Il est la résultante également d’un conditionnement mental et d’une construction historique millénaire qui a pour objet d’hiérarchiser les « races» en formatant certains individus pour limiter leurs aptitudes biologiques innées comme le démontre Aldous Huxley.

Pour ce qui est du racisme institutionnel, il s’est normalisé et banalisé à force de discours politiciens impertinents sous les oripeaux d’une idéologie droitière dite décomplexée (de Sarkozy à Trump) prônant un réalisme cynique qui tranche avec l’humanisme et la grandeur d’esprit que nous avons le droit d’attendre des hommes qui sont à ce niveau de responsabilité.

Par ailleurs, le concept de l’aliénation dans sa forme la plus redoutable : l’auto-aliénation quant à elle est plus complexe car pernicieuse, multiforme, pluridimensionnelle et ses causes sont diverses. Ici, l’intelligence de la personne n’est pas tout à fait un critère opérant, son degré d’instruction non plus.

Ce dont il est question ici, c’est son autonomie intellectuelle, sa capacité à rester solitaire à ne pas chercher vaille que vaille à plaire à l’autre. Oui, les processus de dépendance sont complexes et s’ils ne sont pas compris peuvent mener à une double aliénation, ce qui peut conduire à penser par autrui ou par procuration : dans ce cas « Je est un autre » d’où la nécessité d’assumer notre particularité et de redéfinir les termes de notre relation avec les autres pour accepter toute collaboration fructueuse et récuser toute orchestration aliénante. L’aliénation altère la perception que nous avons de nous-même, elle prospère là où il y a un déficit de connaissances historiques et une absence de conscience politique.

Aujourd’hui, Il y a bien une tendance de fond et s’y l’on n’y prend pas garde, pourrait irrémédiablement compromettre le vivre ensemble et nous installer ainsi dans un champ de ruine civilisationnel. On ne saurait accepter aucun renoncement aucun atermoiement, aucune passivité.

Il est vrai que par la force des choses le noir même s’il est américain ou européen depuis deux ou trois générations serra toujours vu et considéré irrémédiablement comme africain. Et nous savons que certains, imbus de leurs pseudos certitudes ont un regard méprisant et déformant de l’Afrique à cause d’un passif lourd :(esclavage, traite négrière, colonisation, balkanisation du continent, post-colonialisme, Francafrique, assassinat de ses leaders visionnaires, détérioration des termes de l’échange, financement extérieur de rébellions, conditionnement idéologique de sa classe dirigeante et j’en passe). Subir de telles injustices et faire face à de tels chocs sont naturellement de nature à  amoindrir toute capacité de résistance et tout projet d’émancipation mais ce n’est pas une raison de courber l’échine.

Il s’agira de refuser l’aplatissement devant cette vision éculée de l’hommo oeconomicus et de développer un tant soit peu d’empathie chez chacun d’entre nous afin que nous soyons conscients que la dignité de l’autre (l’alter ego) est aussi sacrée que la nôtre et postuler cela doit couler de source. La tâche qui nous incombe (nous sommes désolés de le dire) c’est civiliser notre société puisque certains fondamentaux semblent malheureusement échapper à une proportion non négligeable d’entre nous.

L’histoire de l’humanité nous apprend que toutes les conquêtes sociales et les progrès humains n’ont pas été des octrois sans difficulté mais le fruit de combats âprement menés. Tel est le prix à payer pour atteindre le plus haut degré de la plénitude de notre humanité, c’est ce chemin qui vaille d’être emprunté car le seul qui nous mène vers cet horizon qui est une sorte d’âge de raison, le paroxysme de l’achèvement, le summum de la maturité et de la civilisation de l’homo sapiens sapiens c’est-à-dire l’homme deux fois sage.

Ibrahima Traore
Membre du MONCAP France


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