Traitement du Covid19 à la chloroquine : rendre à la parole scientifique toute sa place

Il y a maintenant quelques jours, le président américain Donald Trump annonçait que la chloroquine, un traitement antipaludéen, pourrait « avoir un impact énorme » dans la lutte contre le coronavirus. Ce serait un don du ciel si ça marchait disait-il. Il déclarait ensuite que la Food and Drug Administration (FDA) venait d’approuver le recours à cette molécule pour traiter les patients infectés par le coronavirus. Dans la foulée, il a été démenti par le FDA, organisme fédéral qui supervise la commercialisation des médicaments aux États-Unis.

Dans un Twitt, le même Donald Trump relayait une information selon laquelle la Chloroquine a « sauvé la vie » à un homme en Floride, avant qu’une ONG oeuvrant dans le domaine de la santé, ne révèle qu’un homme d’une soixantaine d’années est mort en Arizona après avoir ingéré du phosphate de chloroquine. Une véritable surenchère qui au minimum sème la confusion au sein de la communauté internationale, voire participe à la désinformation pour des raisons obscures.

En France, le Maire de Nice Christian Estrosi, diagnostiqué positif au Covid-19, fait partie des personnes qui ont décidé de prendre le traitement prescrit par le Pr Raoult sans attendre les résultats d’une étude approfondie. A sa sortie, le maire de Nice a vanté le recours à la chloroquine, déclarant : «On n’a pas le temps de tester sur des souris pendant six mois. A partir du moment où il y a une solution testée déjà sur un certain nombre de patients qui semble porter leurs fruits, je ne vois pas pourquoi la France se priverait de pouvoir, sur un grand nombre de ceux qui avec leur consentement personnel sont d’accord pour l’accepter.» Cette déclaration a été qualifiée d’irresponsable par plusieurs personnalités scientifiques et du milieu politique, lui qui n’est pas médecin et qui ne dispose d’aucune expertise scientifique lui permettant de passer au-dessus de ceux qui travaillent sur la chloroquine pour demander sa disponibilité en médecine libérale. Encore une confusion qui enlève une fois de plus de la crédibilité à la parole des politiques.

Depuis l’annonce des résultats de l’équipe du Pr Raoult et les espoirs suscités, l’OMS appelle à la prudence en raison du faible nombre de patients qui ont eu recours à ce traitement. Des voix appellent à la prudence, insistant sur la nécessité d’attendre de vastes essais cliniques menés selon la stricte orthodoxie scientifique pour valider ou non le traitement. 

Ce lundi, en France, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé que la vente de chloroquine allait être encadrée. Cette décision s’appuie sur l’avis du haut conseil de santé publique qui recommande de pas utiliser de chloroquine en l’absence de recommandation, à l’exception de formes graves, hospitalières et sur décision collégiale des médecins et sous surveillance médiale stricte. En l’absence de preuves probantes, il exclut toute prescription de la molécule pour des formes non sévères de Covid19.

Dans ce contexte de confusion absolue sur la chloroquine, il faut rendre à la parole scientifique toute sa place au cœur des débats. Que des chercheurs émettent des avis différents, parfois même contradictoires, cela peut se comprendre et doit être accepté. Que des politiques s’expriment sur une question aussi sensible, dans un moment de peur et de détresse généralisée, cela relève de l’aventure et de l’absence de responsabilité.

Abdou SONKO

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