Sauver l’école, depuis quand s’en préoccupe-t-on? (Par Ansou Sambou)

L’école sénégalaise, d’origine coloniale et jadis anti africaine de par sa mission prétendument civilisatrice, a toujours été un lieu d’aliénation culturelle profonde mis en place par la France, puissance coloniale. L’école va d’abord préparer cette élite qui va non seulement prendre le relais après la décolonisation et bien avant, mais surtout, maintenir cette mission de transformation ou de déformation psychologique et mentale de l’enfant sénégalais.

C’est dans ces conditions que le Sénégal va évoluer durant plus d’une décennie : un siècle et dix-sept ans (117 ans).

Elle fut une école de prestige d’abord par son caractère élitiste et le sentiment de supériorité qu’elle suscitait, mais aussi, l’avenir prometteur qu’elle offrait promettait d’offrir.

On en sortait haut fonctionnaire ou encore instituteur à travers l’école normale William Ponty. C’est la garantie d’emploi qu’elle offrait et la langue française considérée jadis comme d’exception, qui en constituaient le prestige.

Facile à comprendre !

Dans une société soumise, dominée car martyrisée, parler la langue du colon dominateur relevait d’un prestige.

En wolof on nous disait: «lak toubab rek xam xam la»

De l’école coloniale à l’école des pauvres

Dans les belles années d’après indépendance et même bien avant l’indépendance, les sortants de l’école « française » (elle n’était pas sénégalaise) étaient recrutés directement par l’État français à l’époque coloniale et par l’Etat sénégalais après l’indépendance. Mais dans les maigres années socialistes, cette école devenue peu coloniale et tropicalisée sénégalaise, a fait face aux dures réalités de ce Sénégal pauvre aux terres arides et peu productives gagné par la sécheresse et la crise financière. L’année blanche, les années invalides, les grèves cycliques, les départs volontaires s’enchaînent et vident l’école sénégalaise d’une précieuse part de sa qualité et de ses ressources humaines. Malgré tout, les diplômés qui en sortaient étaient excellents et bizarrement avec un très bon niveau. Mais sous le poids de la démocratisation de l’école, de l’accès universel et donc de la pléthore que cela a provoquée, l’école sénégalaise, devenue incapable de contenir la pression démographique et la croissance de la population scolaire, va perdre énormément en qualité. C’est le début de l’effondrement.



La récurrence des grèves, les insuffisances matérielles et humaines ont fini par plonger l’école dans une asphyxie prolongée voire une agonie depuis plus de 20 ans.

Jamais ou presque, le gouvernement actuel n’a répondu favorablement aux revendications enseignantes. Et à chaque fois que le gouvernement a été contraint de réagir, il a toujours trouvé l’occasion de ressigner des accords qui ne seront jamais respectés.

Parfois, il les applique une seule année pour calmer les ardeurs, avant de se rétracter l’année suivante : à titre d’exemple ; les concours des passerelles, les mise en position de stage…

D’abord des engagements non honorés puis des accords trahis, ensuite signés à nouveau avant de finalement tout déchirer et servir aux enseignants, une augmentation de salaire au compte-goutte.

Que dire des salles de classe ?

Insalubres et impraticables, elles sont assaillies par une chaleur infernale en période de canicule et envahies par le vent frais en hiver. Elles sont pulvérisées de poussières durant le week-end et occupées par les insectes et mammifères inférieures ( souris et rats) durant les vacances d’été.

Plus de 6000 classes sénégalaises en abris provisoires et des centaines d’écoles aux constructions sabotées ou inachevées. Des écoles qui sont différentes de ce qu’on nous présente dans les maquettes.

Des écoles en pailles, en herbes et bâtons qui ne retiennent ni les vents et les poussières, ni les le soleil brûlant du Sénégal.

Pour les classes bâties, on peut y voir des peintures plus âgées que le proviseur ou le principal de l’école. Jetez un coup d’œil sur vos écoles de service, ou alors les écoles où vous avez étudié. Les derniers coups de peintures remontent à plus de 30 ans dans certains établissements. Les dessins et tâches de mon ancien lycée sont restés jusque-là.

Des tables bancs tantôt insuffisants, tantôt délabrés.

Les tables sur lesquelles j’ai étudié il y’a 20 ans sont toujours dans mon collège. Je l’ai constaté lors d’un récent déplacement.

Des écoles sans labos, ni bibliothèque ni cantine scolaires encore moins des salles d’informatique. Le digital a pénétré le pays plus que l’informatique.

L’époque où l’école impulsait les changements et les mutations, est révolue.

Des disciplines enseignées que dans quelques écoles. C’est le cas de la technologie, les arts plastiques ou éducation artistique, de la musique, de l’arabe, du Portugais, des sciences physiques (qu’ils ont d’ailleurs généralisées sans disposer de profs suffisants)…

Un panorama non exhaustif des problèmes de l’école sénégalaise ou du moins « l’école des pauvres ».

Que vivent les soldats de la craie ?

Abandonnés par la société qui ne rate jamais l’occasion de les dénigrer, délaissés pas les gouvernants, les soldats de la craie sont dans une précarité qui menace même leur immense motivation et tend inévitablement à les plonger dans un découragement profond si rien n’est fait. À cause des épreuves qu’ils subissent et de la mauvaise publicité dont ils sont l’objet au quotidien, à cause du lynchage public qu’ils subissent ; les enseignants sont vus aujourd’hui comme des fonctionnaires misérables condamnés à la pauvreté éternelle. C’est la fonction enseignante qui est en train d’être dévalorisée.

Les enseignants ne sont jamais payés cash pour des services effectués (corrections et surveillance d’examens). Ils attendront toujours l’année scolaire d’après pour recevoir leurs dues.

Ils accèdent difficilement à leurs rappels d’intégration, jadis automatiques. Leurs avancements accusent des retards de plus de 8 ans. Des cas de retard de 12 ans ont même été signalés.

Qui sont les nouveaux sauveurs de l’école ?

Ce sont ces gouvernants abonnés absents et qui méprisaient les enseignants, qui d’un seul coup, reviennent nous dire qu’ils se préoccupent de l’école. Bizarre non ?

D’où vient cette volte-face ?

Ils auraient déployé 100 milliards de francs CFA pour solder les redevances dues aux enseignants, les grèves auraient cessé.

Ils auraient équipé les écoles en matériel de technologie élémentaire, les cours en ligne pouvaient se faire aujourd’hui toute la période de suspension des cours en présentiel. Ils auraient éliminé les abris provisoires les huit dernières années, on n’aurait pas eu de mal à retourner à l’école même durant la saison des pluies.

Mais Comment un gouvernement incapable de gérer moins de 10 espaces numériques ouverts (ENO) de l’Université virtuelle, peut-il réaliser des cours à distance aux élèves du collège et lycée ?

Pourquoi cet entêtement à rouvrir les écoles?

Après l’avoir négligée et délaissée en temps normal durant des années.

Je cite la question d’un internaute : « Pour 2 cas positifs, on ferme les écoles, pour plus de 1000 cas, on veut les rouvrir, pourquoi?»

Cette réouverture est une comédie et un faux semblant de se préoccuper de l’école.

Cette obsession à vouloir rouvrir nos écoles est une opération d’enfumage pour voiler un échec et l’effondrement structurel d’une école exotique et totalement inadaptée aux besoins et urgences du pays et ses populations.

Une école devenue une véritable fabrique de la pauvreté et du chômage.

Depuis la floraison des établissements privés, l’école publique est devenue une véritable fabrique des échecs. Plus de 60% d’échec au BAC chaque année. L’élite dirigeante, consciente de la paralysie de l’école publique, a d’ailleurs retiré ses enfants et inscrit dans le privé de première classe. Certains d’entre les gouvernants ont préféré inscrire leurs enfants dans des pays étrangers ou dans des écoles sénégalo-américaines (c’est le cas de Macky SALL) et des écoles françaises. Parce que tous ont compris que l’école publique sénégalaise est effondrée.

Malheureusement, les enseignants même délaissés, peinent encore à parler d’une seule voix et lutter dans une unité d’actions. Pendant que les uns s’indignent et prennent part à la grève, les autres défendent le gouvernement face à leurs collègues et désertent la lutte syndicale. Le militantisme syndical est totalement fragile voire inexistant dans le monde enseignant. Les enseignants ne se servent des syndicats que pour régler des problèmes de dossier d’avancement, et ils sont pourtant les premiers à critiquer leurs leaders syndicaux. Ils ont parfois du mal à leur prêter une oreille attentive quand ces derniers effectuent des visites dans les établissements. Les champions de la défaillance des grèves sont les enseignants craie à mains, là où des enseignants détachés respectent les mots d’ordre.

Réveillez-vous pour une fois !

Ansou SAMBOU, panafricain convaincu
et militant politique


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2 commentaires

  1. Très pertinente réflexion. Décidément la valse a de la valeur avec président. Un discours de « sauve qui peut » qui cloue les acteur de l’éducation à la ligne de départ.
    #Allonsrekk

  2. Notre école n est une préoccupation pour nos dirigeants par ce que leurs enfants ne la fréquentent pas. On doit aller vers des lois interdisant aux ministres députés et dg et consorts d inscrire leurs enfants à l’étranger à défaut de pouvoir leur obliger de les inscrire à l’école publique. Merci mon frere ansou

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