Réponse au Président Macky Sall(Diaoula SADIO)

Lors du Sommet de Paris du 18 mai 2021 portant sur le Financement des économies africaines ayant réuni des dirigeants de beaucoup pays, le Président Macky Sall a prononcé un discours.  Ce texte est une réponse au Président Macky Sall.

D’abord sur la forme, pourquoi organise-t-on un sommet sur le financement des économies africaines en France ? Aucun pays africain parmi les participants ne peut organiser un tel sommet ?  Le gouvernement du Président Macky Sall a-t-il réellement besoin de ce sommet pour répondre aux attentes réelles des Sénégalaises et Sénégalais ?

Organiser ce sommet sur le financement des économies africaines en France montre que la politique, qui fait qu’aujourd’hui le Sénégal fait partie des pays les moins avancés,  est toujours d’actualité. Le Président Macky Sall pense que le développement du Sénégal viendra de la France, des pays du G20 ; que le Sénégal se développera grâce aux dons, à la « générosité » de la France, des pays du G20, du FMI, … Alors qu’en réalité, ces pays ne défendent que leurs propres intérêts. Avec une Afrique développée, ces pays ne pourront plus rien imposer aux populations africaines. Ils feront donc tout, avec la complicité criminelle de certains Chefs d’Etats africains, pour maintenir l’Afrique dans la pauvreté et continuer de piller ses ressources. La présence française en Afrique n’est pas due au fait que l’Afrique a besoin de la France. En réalité, c’est la France qui a le plus besoin de l’Afrique.  L’autre objectif caché de ces types de sommet est de montrer que l’Afrique (subsaharienne en particulier) n’est pas capable de prendre son destin en main. C’est une sorte d’humiliation, de rabaissement continu des Africains auxquels le Président Macky Sall souscrit.

Enfin, ce type de sommet destiné officiellement à “apporter des solutions aux problèmes de l’Afrique” est une occasion pour  certains:

  • pays occidentaux de signer des contrats mafieux sur l’exploitation des ressources africaines;
  • « Sous-Préfets des pays occidentaux » de prendre des conseils et des ordres  pour rester au pouvoir par tous les moyens (modification de la constitution, corruption de la justice, guerre civile, emprisonnement des opposants, etc.) et continuer de servir les intérêts de ces pays occidentaux.

Dans son intervention, le Président Macky Sall a rappelé que l’Afrique affichait des taux de croissance supérieurs à la moyenne mondiale pendant plus de 20 ans. Cette croissance a-t-elle profité réellement à la population ? Cette croissance invisible a-t-elle permis aux Sénégalaises et Sénégalais d’accéder aux soins de santé de bonne qualité partout sur le territoire national ? La réponse est évidemment, NON !

Dans son attitude de mendiant, le Président Macky Sall a également lancé un appel aux pays du G20, qui recevront plus de 2/3  des nouvelles allocations de DTS, afin qu’ils réallouent leurs quotas aux pays africains sous forme de dons, de prêts concessionnels, semi-concessionnels à maturité longue ! Les dons et l’aide au développement ne sont que des poisons pour l’Afrique et le Sénégal en particulier. Ils créent une dépendance, un esprit de facilité, de naïveté qui pousse à croire qu’on ne pourra pas se passer de cette aide très nuisible. Si les dons et l’aide au développement avaient été la solution miracle, l’Afrique se serait développée depuis très longtemps !

Je me demande à quoi vont servir ces futurs dons si le gouvernement du Président Macky Sall  n’est pas en mesure de gérer de manière efficace les ressources déjà à sa disposition. Peut-être, ils serviront à distribuer des billets pendant les meetings politiques ou retourneront vers les pays donateurs au travers la corruption, le vol, l’achat d’équipements militaires,… Soulignons aussi que le Président a oublié d’évoquer l’impunité, la délinquance financière dont font preuve certains responsables politiques.

Gérer efficacement les ressources publiques avec moins d’amateurisme, avec des institutions de contrôles et d’évaluation indépendantes, et mettre fin à l’impunité actuelle augmenteraient fortement notre autonomie budgétaire!

Le Président Macky Sall s’est également attaqué aux deux seuils  de « maîtrise » du déficit budgétaire et de la dette publique : le déficit à 3%, le plafonnement de la dette à 70%… Bien évidemment, faire bouger ces seuils n’est pas la solution miracle. Tout dépend de l’utilisation qui est faite de la dette supplémentaire. Le projet du TER est un cas d’école, inauguré en 2019 mais aucun train n’y roule jusqu’à aujourd’hui. Et en attendant, les populations paient la facture au travers l’amortissement et les charges de la dette.

Rappelons que d’après la loi de finances initiale 2021, le taux d’endettement du Sénégal devrait dépasser 67,4% du PIB en 2020. D’après cette même loi de finances initiale, les intérêts de la dette sont estimés à 364,8 Md  FCFA en 2020 et à 327 Md FCFA en 2021. Ces charges insoutenables de la dette auraient pu servir à financer les secteurs prioritaires : la santé, l’éducation, l’agriculture pour une autosuffisance alimentaire, la ré-industrialisation au travers une transformation locale de nos produits pour créer des emplois,…

Le Président Macky Sall a également évoqué la perception du risque en Afrique. C’est un point essentiel. Mais cette perception du risque, même surévalué, ne tombe pas du ciel ! Elle découle en partie de la gestion calamiteuse des pays africains par nos responsables politiques : l’amateurisme et l’incompétence,  la mauvaise gouvernance, le manque d’anticipation et de vision stratégique.

La réduction de cette perception du risque au Sénégal ne dépend que de Macky Sall lui-même!  Je lui conseillerais aussi de soutenir toute initiative crédible de création d’une agence de notation africaine, patriotique.

Le Président Macky Sall a également souligné la nécessité pour les pays africains de se financer au travers les marchés financiers à un coût raisonnable. C’est un point très important aussi. Mais là aussi, le coût d’un financement dépend, entre autres, de la perception du risque hélas ! L’accès aux marchés financiers n’est pas la solution miracle : tout dépend de l’utilisation qui est faite des fonds!

Par rapport au réchauffement climatique et à la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat, il est aussi à côté de la plaque. Le Président est souvent très fort dans la séduction pour obtenir quelques miettes à distribuer. Cela ne fait pas partie des priorités premières de notre pays : l’Afrique émet moins de 4 % des gaz à effet de serre.

Sur ce sujet de réchauffement climatique, je conseillerais plutôt le Président Macky Sall de travailler dans la mise en place d’une vraie politique:

  • Qui réconcilie le développement et la modernisation de l’agriculture et la protection de nos forêts, de l’environnement
  • de lutte contre l’exploitation sauvage de nos forêts et l’appliquer
  • de l’urbanisation avec de vrais espaces de vie (parc, jardins, voies larges, arbres, assainissement), avec des mécanismes de contrôles et sanctions très sévères en cas de non-respect ;
  • de traitements des déchets, pour réduire le risque de pollution des sols, des nappes phréatiques,…
  • de normes à appliquer sur les voitures dont certaines sont très polluantes…

Enfin sur ce sujet lié au climat et à la protection de l’environnement, je lui conseillerais de ne pas suivre l’exemple du Kenya. L’Afrique ne doit pas être la poubelle du reste du monde. Les Américains envisagent de se débarrasser de leurs déchets plastiques au Kenya : les discussions sur un accord commercial bilatéral prévoient l’exportation de leurs déchets vers ce pays.

Le Président a également parlé du terrorisme, de la sécurité. Espérons qu’il ne s’agit pas de justifier l’achat d’équipements militaires à la France, et probablement d’utiliser certains contre la population !

En conclusion, le Sénégal n’avait vraiment pas besoin de ce sommet. La bonne gouvernance, mettre fin à l’amateurisme et de l’incompétence, la mise en place de bons mécanismes de contrôles et de sanctions, la fin de l’impunité, se concentrer sur nos priorités, avoir une politique monétaire indépendante et une bonne vision stratégique, défendre les intérêts des Sénégalais d’abord (Senegal First),  un modèle économique innovant du secteur financier public, le recours à des modèles de financement innovants,…, sont les pistes essentielles qui nous sortiront certainement de cette impasse.

Diaoula SADIO

Ingénieur Statisticien Economiste

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5 commentaires

  1. Bonne réplique. On sent du professionalisme dans ce magnifique texte. Bonne continuation et nous sommes tous derrière vous!

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