Quand la France anticipe notre révolution économique et tente de la sapper… (Par Ansou Sambou)

Annoncée depuis des mois, la monnaie ECO était sensée constituer celle de tous les pays de la CEDEAO. Mais c’était sans compter sur l’opportunisme du gouvernement français qui n’a pas du tout l’intention de renoncer à ses énormes avantages qu’elle tirent du système CFA.
La France demande d’abord un simple changement de nom au sein de la zone UEMOA, un retrait de la France de l’administration des banques centrales qui seront suivies par une intégration progressive des autres pays comme le Nigeria. Ce que ces derniers ont refusé.
Que veulent les autres pays hors UEMOA ?
Ces pays, majoritairement anglophones, ont demandé l’établissement de critères de convergence économique auxquels se plieront tous les pays. Ils ont aussi exigé la mise sur pied d’une banque centrale d’Afrique de l’Ouest pour l’ECO et une flexibilité monétaire qui pour eux, favoriserait le développement industriel et économique.
Dans un tel système, la France est clairement écartée et perd une grande influence géopolitique et de nombreux avantages: 400 millions d’euros versés au trésor français par chaque année sous prétexte qu’elle garantit la stabilité de la monnaie.
Donc, pour tuer cette révolution historique et le projet d’une monnaie fédérale, la France déterre un vieux projet qui ne concernait que la zone UEMOA majoritairement constituée d’anciennes colonies françaises. Le désormais projet ECO version française réunit les anciennes colonies françaises pour en faire une pseudo force de proposition avec laquelle elle fera du lobbying face aux autres pays (anglophones ou lusophones) et les obliger à accepter.
Ils ont dans leurs arguments, commencé à évoquer la population pléthorique de la zone UEMOA comme potentialité d’un marché ouvert.
L’autre argument, c’est la fameuse stabilité (taux de change fixe). L’idée, c’est de créer un rapport de force entre les pays de la zone UEMOA et les autres (Nigeria, Cap-Vert, Ghana, Sierra Léone etc.).
Pourquoi violer les garantis faites au Nigeria et au Ghana de la flexibilité ?
Vouloir adopter provisoirement l’ECO mais avec le mode de fonctionnement du franc CFA dans l’espace UEMOA en attendant les accords, est une façon malicieuse pour la France de jouer aux prolongations et de faire un changement à son goût et à son rythme.
N’est-ce pas là une façon d’introduire un virus au nouveau système monétaire ?
C’est perdu d’avance car ces pays sont déjà prospères avec leurs propres monnaies nationales. S’ils adhèrent à ce projet de monnaie fédérale ECO, c’est pour gagner d’avantage et faire évoluer leurs économies respectives mais pas pour ralentir leur développement ou sombrer dans un recul économique.

L’annonce de ce changement de monnaie a été faite sans jamais expliquer ou dévoiler réellement les mécanismes de fonctionnement de la nouvelle monnaie ECO.
Lionel Zinsou déclare que «L’avantage du CFA est la parité fixe et la garantie française.» il ajoute que « la parité fixe n’est pas plus risquée que la flexibilité monétaire au Nigeria et au Ghana. »
C’est faux ! Si cela est vrai, pourquoi les économies du Ghana et du Nigeria se portent mieux que la nôtre en zone CFA ?
Il dit qu’on pourrait passer de 7 pays à15 ainsi de suite dans un processus d’intégration économique. Mais en réalité, Ils veulent s’approprier de l’eco, établir les règles pour la zone uemoa, après accueillir le Nigeria, le Ghana et autres comme étrangers qui n’auront d’autre choix que se plier aux règles qu’ils n’ont pas établies.
Tant que la convertibilité reste assurée par la France, l’ECO est certes différente du CFA mais reste dans un même schéma.
La grande question est:
Comment avons-nous accepté dans ce nouveau monde dit «démocratisée », qu’un État, sans aucune gêne, aucune peur, imprime, convertit une monnaie et en décide la politique pour d’autres États dits dits souverains ?
Pourquoi c’est à Macron et son gouvernement de nous annoncer les changements ?
Pourquoi c’est en côte d’Ivoire que l’annonce s’est faite ?
N’est-ce-pas Macron qui avait affirmé que c’est aux états concernés d’en décider?
Pourquoi subitement, Ouattara se dit favorable à un changement après avoir défendu bec et ongles, le francs CFA ?
Ce qui reste constant et sûr, c’est que l’aventure françafricaine monétaire est loin de s’arrêter.

La monnaie ECO est l’arnaque des 50 prochaines années.
Conscient du vent de désapprobation et de rejet de la françafrique qui souffle dans le continent africain, le tout adossé à un panafricanisme grandissant de plus en plus crédible, et convainquant, le gouvernement français a décidé par anticipation de proposer une pseudo réforme dite « innovatrice » que Macron évoque élogieusement à chaque occasion.
Les multiples convocations collectives et individuelles des chefs d’État africains à l’Élysée, les rencontres parfois secrètes, parfois indiscrètes avec des ministres africains des finances de la zone CFA, sont le reflet d’une tentative d’imposition d’une vision française de l’intégration monétaire et de la création d’une monnaie fédérale ouest africaine.
Même certains intellectuels africains sont envoyés pulvériser, pomper leurs confrères de contre-vérités et de faux avantages de la monnaie ECO dite de l’UEMOA.
Par ailleurs, il est tout de même important de préciser que l’ECO est sensé devenir la monnaie de la CEDEAO et non remplacer le Franc CFA.
il remplacera certes le francs CFA dans les États de la zone CFA mais d’autres monnaies comme le « Naira » au Nigeria, le « Dalassi » en Gambie, le « Cédi » au Ghana, le dollar au Libéria, le « Léone » en Sierra-Léone.
Il est donc hors de question de faire du neuf avec du vieux, mais surtout inacceptable que l’on passe à une monnaie nouvelle en s’inspirant du Franc CFA dont les limites objectives et le désastre économique sont connus. Aujourd’hui, nous assistons honteusement à un diktat des pays de la zone franc sur les autres, majoritairement anglophones dont les monnaies sont de loin plus productives de richesse que le Franc CFA.
Il faut que les jeunesses africaines se lèvent et dénoncent cette entreprise de continuation d’un système d’exploitation mortifère qui assassine nos économies et les affaiblit, nous maintenant ainsi dans la précarité avec son lot de conséquences : chômage, malnutrition, mortalité, immigration.
Que les africains sachent que la France ne souhaite pas le changement d’un système dont elle tire gracieusement profit mais un changement de nom et un plus grand profit avec désormais l’intégration d’autres géants économiques comme le Cap-Vert, le Nigeria et le Ghana aujourd’hui affranchi des politiques du FMI.
La France veut faire de ces géants économiques des proies à l’image des 14 de la zone CFA dont les économies sont noyées et réduites à alimenter la France en ressources naturelles sous la forme de matières premières.
Que voulons-nous ?
Nous voulons une monnaie nouvelle à taux de change flexible arrimé à un panier à devise, une monnaie imprimée en Afrique par nous et pour nous. Contrairement au Franc CFA à taux de change fixe arrimée à l’Euro.

Ansou SAMBOU, panafricain
convaincu et militant politique

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