Pr Didier Raoult et la chrloroquine : on peut se demander si on n’en fait pas un peu trop…

L’épidémie du Coronavirus a soudainement projeté sous les feux de la rampe le Professeur Didier Raoult. Infectiologue et professeur de microbiologie, Didier Raoult est citoyen français né Dakar au Sénégal en 1952. Il est spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes à la faculté des sciences médicales et paramédicales de Marseille et à l’IHU Méditerranée Infection. Inconnu du public il y a encore quelques semaines, ses prises de position sur le traitement du Coronavirus, sur les mesures de confinement en France et surtout les premiers résultats de son étude sur le traitement du Covid-19 par l’hydroxychloroquine lui ont valu son statut de star planétaire, dans les médias et sur les réseaux sociaux.

A l’opposé, ce sont des railleries et un lynchage médiatique que subit le Professeur Daouda Ndiaye, Chef du Service de Parasitologie-Mycologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar qui, dès le début des annonces du Pr Didier Raoult sur la chloroquine, a pris une position tranchée contre le professeur, mettant même en garde l’utilisation de la molécule et traitant le Pr Raoult de marchand d’illusions. Une absence de réserve qui lui vaut aujourd’hui cette situation inconfortable, d’autant plus que le protocole proposé par la professeur est entrain d’être expérimenté dans beaucoup de pays, y compris au Sénégal si on se réfère à la récente déclaration du Pr Moussa Seydi, en première ligne dans la lutte contre le Covid-19 à l’hôpital de Fann de Dakar.

Pour autant, au vu de l’accueil réservé au Pr Didier Raoult dans les réseaux sociaux, dans les média, les déclarations et soutiens de certaines figures médiatiques, notamment des hommes politiques, on pourrait se demander si on en fait pas un peu trop. « Tout porte à croire que le vainqueur du Nobel de médecine pourrait n’être autre que le Pr Didier Raoult de Marseille », « Que cache l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) censée garantir la santé dans le monde en combattant le Pr Raoult qui propose la chloroquine comme remède ? », « Les collègues du Pr Raoult s’opposent à lui parce qu’il est Africain » … C’est le genre de propos que l’on lit et entend depuis quelques jours sur le professeur et sur son traitement, comme s’il s’agissait d’une campagne électorale, avec un choix à faire, des électeurs à séduire.

Le temps de la découverte et de la recherche scientifique n’est pas celui des réseaux sociaux, des médias et des hommes politiques. Nous sommes encore très loin de l’issue du combat contre le virus, la bataille est très loin d’être gagnée. Des retournements de situations, il y en a eu tout au long de l’histoire des recherches et découvertes sur les virus. Des réussites comme des déceptions, il y en aura encore et encore… C’est la nature même de l’exercice.  

Rappelons que les résultats du Pr Raoult, bien que encourageants, ne portent que sur 24 patients; étude critiquée par les spécialistes sur le plan méthodologique.  Ils méritent d’être confirmés à partir d’essais cliniques à plus grande échelle, c’est l’avis de la totalité des spécialistes, médecins et épidémiologistes, lui-même y compris. C’est ce qui est entrain d’être fait puisque beaucoup de pays ont accepté d’adopter le protocole et de tester le traitement sur certains patients en nombre limité dans un premier temps. La chloroquine a été rajoutée aux molécules testées en association avec d’autres dans un essai clinique européen, baptisé Discovery, coordonné par l’Inserm, portant sur 3200 patients.  

Prions que tout l’espoir porté sur la chloroquine soit sanctionné par des résultats concluants, mais surtout arrêtons d’opposer les Pr Daouda Ndiaye et Didier Raoult dès l’instant qu’il y a eu mea-culpa.

Abdou SONKO

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