NÉGROPOLIS : invitation au voyage de découverte de la Cité des carnavals tragi-comiques.

« L’Afrique noire est mal partie », déclarait René Dumont en 1962, juste au lendemain des indépendances quoiqu’il ait été la risée de toute l’intelligentsia africaine. Un texte scandaleux dans lequel l’auteur critiquait un système économique défaillant reposant sur « une agriculture extravertie et sous-productive, exploitée par des hommes sous-alimentés ».

Dans le même sillage, semblerait s’inscrire François Xavier-Verschave, des années plus tard, notamment 1998, lorsqu’il avait publié « Noir silence », un brûlot dans lequel il dénonce le néocolonialisme français-encore d’actualité- dont La françafrique n’est que l’emballage dorée et dont les pays de l’Afrique noire restent toujours les dindons de la farce. L’économiste français n’a pas hésité de qualifier cet état de fait du « plus long scandale de la république » aux senteurs infectes et nauséabondes, marqué par le pillage honteux et appauvrissant de l’Afrique avec la complicité cupide des autorités politiques africaines, sous le regard hagard et impuissant des peuples africains.

En 2003, le général canadien Roméo Dallaire avait publié « J’ai serré la main du diable », un best-seller ayant pour objet de décrire un tableau sombre et macabre de ce qu’il a appelé « la faillite de l’humanité » sur la question du génocide rwandais.

Dans la même dynamique, en 2004, parut un autre ouvrage « Négrologie », d’un autre écrivain, Stephen Smith, sur la situation à la fois politique, économique, sociale et culturelle de l’Afrique, on ne peut plus calamiteuse. Dans ce livre, l’auteur alerte en ces termes : « l’Afrique se meurt d’un suicide assisté ». Pourtant, le professeur Joseph Ki-zerbo, dans son illustre et volumineux ouvrage d’histoire, affirmait avec fierté que « la seconde guerre mondiale a marqué le réveil de l’Afrique ».

Mais, au vu de tout ce qui se passe autour de nous (violences et fraudes électorales, tripatouillages des règles constitutionnelles au profit d’une caste de politiciens ayant la boulimie du pouvoir, manipulation de la justice pour des fins politiques, épuration ethnique, tribalisation électorales, corruptions, détournement des deniers publics, irresponsabilité citoyenne etc.), la situation désastreuse du continent noir nous laisse pantois.

Que nenni! En pleine crise sanitaire, sur fond de Coronavirus décimant les populations, détruisant les structures socio-économiques et mettant en péril les équilibres sociaux et culturels, les virus – ils ont toujours été là – de la mal gouvernance et de la boulimie du pouvoir hantent encore le sommeil de nos élites. La corruption, la concussion, les incuries administratives, le détournement des deniers publics, la gabegie et le népotisme sont encore monnaies courantes au sein de nos républiques.

Et pour le virus des 3e mandats ? Hélas ! Deux chefs d’État y sont déjà testés positifs et auxquels s’ajoute un cas suspect au sujet de la troisième candidature à la magistrature suprême ; et ceci au grand mépris de la charte fondamentale, de l’élégance républicaine et de la probité morale. Voilà une situation qui, très souvent, est à l’origine des coups de force militaires et des contestations populaires qui sont de nature à mettre en quarantaine la légitimité d’un pouvoir, dit-on démocratique, et à renvoyer aux calendes grecques la stabilité politique et institutionnelle des pays africains. Et le cas récent du Mali en est parfaitement illustratif.

Mais aussi, quand un homme de pouvoir est atteint du syndrome de l’hubris, il perd le contact avec la réalité de la situation et ne mesure point les conséquences de ses actes qui s’avèrent menaçantes pour la paix et la quiétude de sa nation. Il met ainsi sa dignité, sa fierté et son honneur à rude épreuve en ravalant, à coup sûr, ses promesses et en reniant à la parole publique. Quel manque de patriotisme !

En revanche, trop de quiétude tue la stabilité et met en péril la paix sociale et la sécurité des nations. En effet, le grand destin des nations passe nécessairement par la volonté des peuples de se mettre à l’épreuve des transformations sociales par le biais des mécanismes de changement de comportement et de prise de conscience collective de leurs conditions d’existence. Pourtant Jean Jacques Rousseau, nous mettait déjà en garde lorsqu’il disait qu’un peuple accoutumé à des maîtres aura du mal à s’en passer.

Alors, au bout du compte, ne sommes-nous pas finalement atteints du syndrome de Stockholm qui fait que nous, peuples africains, sommes finalement trop amoureux de notre « quiétude » au point d’en vouer ce même amour à ceux qui nous ont toujours pris en otage, nous empêchant ainsi de croire à l’espoir d’un changement radical et positif de la situation catastrophique de notre continent en proie à toutes formes de dérives et de vices. Or, cela ne saurait se réaliser que par des ruptures chirurgicales à tous les niveaux de développement.

Déjà, Axelle Kabou, l’écrivaine camerounaise se demandait depuis 1991 « Si l’Afrique refusait le développement » et soutient du coup, que le refus du développement se manifeste moins dans les champs villageois que sur le macadam des villes.

Donc ne risquons pas d’être « Les damnés de la terre » comme le suggère F. Fanon ?

Mansour Shamsdine Mbow.

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Un commentaire

  1. Très vives félicitations !Tout est dit et bien dit. Maintiens le cap.

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