Lettre d’un patriote, au président de la République en ces périodes anniversaires des manifestations du mois de mars 2021

Monsieur le Président,

Cela fait un peu plus d’un an que le Sénégal a traversé l’une des périodes les plus sombres de son histoire politico-sociale. Cette période fût caractérisée par de violentes répressions des forces de l’ordre à l’endroit des populations lors des manifestions du mois de mars 2021. Durant ces événements, plusieurs sénégalais ont été malheureusement blessés, arrêtées, brutalisés et tués.  Ils faisaient juste valoir leurs droits essentiels à l’expression collective et publique de leurs opinions, à la défense des droits humains, à la suite des accusations de viol infondées à l’endroit du leader de PASTEF.

Je tiens à adresser ma compassion, ma solidarité la plus totale et fusionnelle envers les personnes qui ont été arrêtées, brutalisées et blessées.  Le gouvernement les aura marqués physiquement à travers les dégâts corporels causés et non dans le sens des réformes et dans l’amélioration de leurs conditions de vie. En espérant qu’aujourd’hui, au moment où je rédige cette lettre, que ces personnes ainsi que leurs familles retrouvent la santé et qu’ils reprennent le cours  de leurs vies malgré le traumatisme vécu.

Il y a eu des blessés, mais aussi des morts, qui sont aujourd’hui au nombre de treize que nous pleurons toujours et pour qui nous continuons à avoir une pensée pieuse. Puisse ALLAH, le tout puissant, le miséricordieux leurs accueillent au paradis, auprès des âmes apaisées et qu’Il soit sensible à leurs actes patriotiques dont la teneur n’a pas d’égale : protester pour la liberté, pour faire avancer la démocratie, pour repousser la tyrannie. Ils se sont sacrifiés pour les générations actuelles et futures.

Ces frères patriotes, étaient : Bourama SANE, Cheikh WADE, Modou NDIAYE, Bounama SYLLA SAGNA, Mansour THIAM, Alassane BARRY, Moussa DRAME, Sadio CAMARA, Cheikhouna NDIAYE, Pape Sidy MBAYE, Famara GOUDIABY, Cheikh COLY, Baye Cheikh DIOP.

Nous-nous souvenons de vous et prions pour vous, en ces périodes anniversaires de vos disparitions et pensons également à vos familles. Nous vous souhaitons un repos paisible dans votre paradis, chers martyrs. Nous continuons la révolution que vous avez entamée.

Monsieur le président de la République, Monsieur le ministre de l’intérieur, ces patriotes avaient, des parents, frères et sœurs qu’ils comptaient retrouver à l’issue des manifestions mais vous avez fait de leurs sorties, un aller sans retour.  Ces liens familiaux, cette complicité qui existaient sont aujourd’hui rompues, laissant place à la tristesse, au désespoir et à l’incompréhension.

Face à une telle situation Monsieur le Président de la République, Monsieur le ministre de l’Intérieur, comment pouvez-vous continuer à regarder affectueusement vos enfants, à apprécier leurs sourires et savourer votre rôle de Père ? Comment pouvez-vous regarder vos épouses enlacer vos enfants, les rassurer, jouer pleinement leurs rôles de mères alors que vous avez privé treize familles, de ce bonheur ? Comment un régime qui est censé protéger ses citoyens devient une source d’insécurité pour son propre peuple ? Un ministre de l’Intérieur ne doit-il pas déployer les forces publiques pour sécuriser son peuple ?

J’ai vu dans ce monde, des chefs d’état se battre, utiliser leur réseau de diplomates, négocier inlassablement, donner des contreparties financières considérables pour sauver leurs citoyens. Oui, j’ai vu des ex-otages descendre en toute sécurité d’un avion présidentiel, retrouver leurs proches sur le tarmac de l’aéroport, être content d’être en vie.

Oui, en comparaison avec les évènements du mois de mars 2021, on peut affirmer sans retenue que pour ces pays-là, le sang de leurs citoyens est sacré. Leurs chefs d’Etats se battent pour qu’aucune goutte de sang ne soit gratuitement versée. Monsieur le Président de la République, Monsieur le ministre de l’Intérieur, avez-vous fait autant pour le peuple Sénégalais ?  Durant lesdits évènements, le sang des Sénégalais n’était pas sacralisé, mais rependu un peu partout sur le territoire.

Au fil des manifestations, le nombre de victimes augmentait de jour en jour passant d’une à treize. Pendant ce temps, le pays était livré à lui-même, pas d’apparition immédiate du le président de la République pour calmer les esprits.

Les repressions violentes de l’armée envers la population continuaient. Les forces de l’ordre tiraient des balles réelles sur la population. Le cas de Cheikh, abattu froidement alors qu’il brandissait pacifiquement le drapeau du Sénégal en est une parfaite illustration. Ces munitions achetées avec l’argent du contribuable, destinées à assurer la protection des Sénégalais, ont été finalement utilisées contre eux.

Rien ne faisait reculer le gouvernement dans l’emploi de cette violence. Comme si la répression des forces de l’ordre ne suffisait pas, des nervis ont été recrutés, amenant la violence à un niveau jamais égalé. Le pays était à feu et à sang.

Il a fallu plusieurs interpellations des citoyens de tout bord, des autorités religieuses et coutumières pour enfin faire entendre raison au président de la République. Ce dernier a finalement fait une apparition et un appel au calme très tardif, car treize vies étaient déjà perdues.

Si ce n’étaient pas les guides religieux, je me demande combien de pertes humaines supplémentaires allions- nous encore déplorer. Permettez-moi de souligner leur sagesse.  Ils n’ont pas été élus par le peuple et n’ont pas prêté serment mais ils se sont brillamment comportés en chef d’Etat lorsque le pays était abandonné à lui-même.  Leurs interventions ont largement apaisé les esprits, limiter les tensions et éviter des victimes supplémentaires. A travers eux, on peut comprendre qu’on n’a pas besoin d’être à la tête de l’Etat pour réguler, gérer un pays en temps de crise.

Suites aux décès déplorés, conséquence d’une répression violente, nous espérions que justice sera rendue pour les victimes et leurs familles, mais malheureusement, ça ne semble pas être la priorité de la justice qui demeure toujours sous l’influence de l’exécutif.  Mis-à-part le fait qu’elle soit sous influence, cette justice a-t-elle les moyens d’investiguer si l’on sait que les victimes ont été précipitamment enterrés sans autopsie rigoureuse permettant de qualifier les meurtres et de situer les responsabilités ?

Tout portait ainsi à croire que le gouvernement souhaitait faire passer un message qui semble être sans équivoque : « Aspirer à la démocratie, vous serez de toute façon réprimé, blessés ou tués. Nous-nous débarrasserons rapidement de vos corps, les auteurs des crimes ne seront jamais inquiétés, les familles de victimes jamais consolées et la vie suivra de toute façon son cours ».

Monsieur de Président, s’il est assez aisé pour vous de tourner la page, ce n’est pas le cas des familles des victimes qui sont en attente d’une justice. En fond de courrier, vous trouverez, le sang des victimes, les images des blessés et quelques minutions utilisées, provenant des repressions violentes, vous rappelant vos responsabilités. Nous rendrons hommage aux victimes de façon périodique et nous-nous battrons afin que justice soit rendue et pour que le sang des Sénégalais redevienne sacré et ne soit plus versé gratuitement.

S’agissant de Notre leader, Le Président Ousmane SONKO qui fut la porte d’entrée des manifestations, comptez-vous faire trainer le dossier juridique afin de l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle ?  Allez-vous encore commettre la deuxième et grave erreur politique qui risque de secouer une nouvelle fois le Sénégal ?

En cette période de triste anniversaire des repressions violentes, je vous laisse, Monsieur le Président de la République, méditer sur ces interrogations.  Je peux tout de même vous donner des idées de réponses. Je pense personnellement qu’il ne peut avoir de moments plus propices pour vous rappeler combien de vies peuvent couter vos stratégies de liquidation de vos adversaires politiques.

Serigne NDIAYE
Membre de PASTEF et de MONCAP FRANCE

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