L’ECO ou les nouveaux habits du roi CFA

Depuis les accords de Bretton Woods, du 26 Décembre 1945 conclus pour une durée de 75 ans, nous sommes liés à la France par le « franc des colonies françaises d’Afrique », devenu « franc de la Communauté financière Africaine » après les indépendances. Cette monnaie commune aux États de l’Afrique occidentale que sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo va changer de nom.

La symbolique de l’ingérence post coloniale de ce FCFA devrait disparaître avec l’Eco. Cette dernière sera mise en circulation dans les 15 états de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Les États anglophones tels que le Nigeria, le Ghana, la Gambie conserveront leur propre monnaie car ils souhaitent observer le mécanisme de ce nouvel instrument de finance africain, avant de s’engager à leurs côtés.

Les six économies de la Cemac (Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale, Centrafrique, Congo, Tchad) conservent le Fcfa sous sa forme actuelle et souhaitent la créer par leurs propres moyens.

Hélas, ils sont en train de subir une pénurie de devises et ils sont obligés de convertir leur FCFA en euros pour acquérir les marchandises qu’ils importent. Seul la Chine et Singapour acceptent les CFA en termes d’échanges. Les pays de la CEMAC refusent de reconduire les accords vieux de 75 ans, qui les lient à la France et l’euro qui se fait rare sur leurs marchés. Les voilà au pied du mur, car on leur fait comprendre qu’ils doivent ratifier les accords, qui arrivent à expiration, afin d’intégrer l’éco ou subir une crise économique et demeurer dans une autarcie sans précédent.

Les États qui auront en commun cet écu ne seront plus chaperonnés par la toute puissante ancienne colonie, qui participait à la politique monétaire de leurs économies. Enfin l’Etat français ne fera plus partie des instances de gouvernance de l’Union monétaire ouest africaine (UMOA), comme ce fut le cas jusqu’ici. Le temps de la nomination de représentants au sein Conseil d’administration, au Comité de politique monétaire de la BCEAO, et à la Commission bancaire de l’UEMOA est révolu.

L’autre particularité de cet instrument financier sera la disparition du dépôt des réserves de change en France. La Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) n’aura plus l’obligation d’octroyer la moitié de ses réserves de change à la Banque de France. Selon Macron, la BCEAO aura la latitude de placer ses avoirs dans les actifs qui lui conviendront.

Cette parité fixe du Cfa qui empêchait sa dévaluation, et son arrimage à l’euro, lui garantissait une stabilité face à l’inflation. Cependant cette caractéristique la rendait moins compétitive, car la croissance économique et l’emploi doivent être la principale préoccupation d’un état digne de ce nom.

Ne nous emballons pas, car l’éco est un moyen de dévaluer nos francs actuels, puisqu’on parle d’un euro pour 1200 écos à vérifier car ils n’ont pas précisé la valeur finale. D’autant plus que l’éco sera fabriqué, tout comme son ancêtre CFA, à Chamalière en France. Parce qu’on ne coupe pas le cordon ombilical, la France se maintiendra comme garantie financière des huit pays de la zone UEMOA. Cela signifie qu’en cas de pénurie de devises la BCEAO pourra se les procurer auprès du trésor français sous forme de  » ligne de crédit ». Le but de la manœuvre est la lutte contre la spéculation et la fuite de capitaux liée à cette nouvelle monnaie.

Le peuple qui utilisera cette monnaie n’a point été consulté pour l’utilisation de cet instrument d’échange. Les économistes africains qui ont été consultés reconnaissent que ce sont les chefs d’états africains et leur homologue français, qui ont pris l’initiative de cette création monétaire au nom de la population.

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