Le prestige du décret sous Diomaye ÉPISODE 2

ÉPISODE 2 : Le décret face à l’intégrité

Nous revenions sur la victoire de Bassirou Diomaye Faye, l’espoir qu’elle avait suscité et l’arrivée d’un nouveau pouvoir présidentiel.

Nous avions terminé sur une question : lorsque celui qui détient le stylo devient lui- même un acteur de la recomposition politique, jusqu’où peut aller son pouvoir ?

La suite de cette réflexion nous conduit naturellement vers une figure centrale de cette histoire : Ousmane Sonko.

Sonko, du mentor au Premier ministre démis

Cette question prend une dimension particulière lorsqu’on revient sur le parcours d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye. Sonko n’était pas un Premier Ministre comme les autres. Il était le visage d’un combat politique mené pendant des années.
Président du Pastef, il avait traversé les épreuves aux côtés des militants. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle, il avait finalement choisi de porter la candidature de Diomaye.

En quelques jours, les militants se sont mobilisés derrière ce choix. Diomaye, jusque-là peu connu du grand public, est devenu le candidat de Pastef et, pour beaucoup, celui de la victoire. Derrière cette décision se trouvait une relation faite de combat, de confiance et de fidélité à un même projet politique.

Cette histoire a pourtant connu une rupture au sommet de l’État. Ousmane Sonko, devenu Premier ministre après l’élection de Diomaye, a finalement été démis de ses fonctions par décret présidentiel.

Le symbole est puissant. Celui qui avait désigné le candidat et mobilisé les troupes pouvait, quelques années plus tard, être écarté par la signature de celui qu’il avait contribué à porter au pouvoir.

C’est légal. Les institutions le permettent. Mais tout ce qui est légal n’est pas nécessairement neutre sur le plan politique ou moral. Et c’est précisément à cet endroit
que commence ma réflexion.

Quand le décret devient une question d’intégrité

Si le décret peut démettre celui qui était hier votre mentor, votre compagnon de combat et votre Premier ministre, que peut-il représenter pour vous ? Que représente-t-il alors pour un directeur général, un PCA ou un responsable d’une structure publique ?

Que se passe-t-il lorsque votre avenir professionnel dépend d’une signature ? Lorsque vous savez que votre poste peut disparaître du jour au lendemain ? Et que se passe-t-il lorsque vos convictions politiques entrent en contradiction avec celui qui détient, directement ou indirectement, une partie de votre avenir ?

C’est ici que la question de la transhumance devient particulièrement intéressante. Je ne parle pas de celui qui change sincèrement de conviction. Une démocratie doit permettre
à chacun d’évoluer, de changer d’avis, de reconnaître ses erreurs et de rejoindre une autre formation politique.

Le problème commence lorsque l’on ne sait plus si quelqu’un change de conviction ou s’il change simplement de position parce qu’il risque de perdre ce qu’il possède. Cette distinction est fondamentale.

La contrainte invisible

Imaginez un responsable compétent qui sait qu’il ne retrouvera pas facilement une fonction équivalente. Il a une famille, des enfants, des charges et des proches qui comptent sur lui. Son salaire fait vivre son foyer. Que devient alors sa liberté lorsqu’il comprend que son maintien en fonction pourrait dépendre de sa proximité politique ?

La contrainte n’a pas toujours besoin d’être formulée. Il suffit parfois que chacun connaisse les conséquences possibles de ses décisions. C’est précisément à ce moment que l’intégrité est mise à l’épreuve.

Un homme ou une femme peut être brillant et expérimenté. Mais l’intégrité ne se mesure pas uniquement lorsque tout va bien. Elle se révèle lorsque l’on risque de perdre quelque chose.

Un ami me disait un jour : « La nature brute d’un homme ou d’une femme apparaît souvent sous forte contrainte.»

Cette phrase prend aujourd’hui une autre dimension. Lorsque tout va bien, rester fidèle à ses convictions est relativement facile. Mais que se passe-t-il lorsque le choix devient celui de conserver sa fonction ou de rester fidèle à soi-même ?

Certains resteront dignes. D’autres accepteront de partir. Certains préféreront renoncer à un avantage plutôt qu’à une part d’eux-mêmes. D’autres feront un autre choix.

Je ne veux pas ici distribuer les bons et les mauvais points. Je veux simplement poser une question : À partir de quel moment le pouvoir de nommer cesse-t-il d’être une prérogative administrative pour devenir un instrument de contrainte politique ?

À suivre dans l’Épisode 3 : Cette question nous conduit vers une autre interrogation : que se passe-t-il lorsque la loyauté envers celui qui nomme commence à prendre le
dessus sur la compétence, la mission et les principes ?

Mohamed NDIAYE, Coordonnateur Adjoint Pastef Normandie

 

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