Le prestige du décret sous Diomaye. ÉPISODE 1

ÉPISODE 1 : De « Sonko Président » à « Diomaye moye Sonko »

Comme un « mélakh », cet éclair qui fend le ciel en un instant, la ferveur sénégalaise de se débarrasser de Macky Sall est passée de « Sonko Président » à « Diomaye moye Sonko ».

Tout s’est accéléré. En dix jours, l’impossible est devenu réalité. Nous, militants de Pastef, avons accepté une consigne qui ne faisait pas l’unanimité. Mais l’heure était grave : il fallait gagner, il fallait tourner la page Macky Sall. Alors, nous avons fait campagne.

En Normandie, nous avons vu les choses basculer. Au Havre, bastion historique de Macky Sall, les résultats nous ont convaincus qu’un événement historique était en marche. La victoire est arrivée dès le premier tour. Bassirou Diomaye Diakhar Faye est devenu le cinquième président de la République du Sénégal.

Mais cette victoire n’était pas simplement celle d’un homme. Elle était le fruit d’années de combat. Elle portait en elle le Pastef, ses militants, ses cadres, ses sympathisants et tous ceux qui avaient pris des risques pour défendre une vision.

Elle portait surtout une mémoire. Celle des martyrs, dont la douleur demeure dans le cœur de leurs parents, de leurs frères, de leurs sœurs et de leurs amis. Celle des mutilés, dont certaines blessures ne cicatriseront jamais. Celle des prisonniers, marqués par l’enfermement et des traumatismes durables.

Le nouveau président avait donc une histoire lourde à porter. Face à lui, un peuple fatigué n’attendait pas seulement un changement de tête, mais un véritable changement de paradigme, dans la forme comme dans le fond. Autour de lui, des femmes et des hommes compétents, intègres et engagés, issus du Pastef ou d’autres horizons, étaient prêts à mettre leur énergie au service du Sénégal.

Puis vint le temps du stylo

Avec la fonction présidentielle arriva un pouvoir considérable : celui de nommer. Le stylo présidentiel est devenu un symbole. Il nomme, il donne des responsabilités, il ouvre les portes du pouvoir. Mais il peut aussi les refermer.

Les décrets de nomination commencèrent à tomber. Ministres, directeurs généraux, présidents de conseil d’administration : les noms défilaient. Beaucoup étaient des compagnons de route, des militants ou des cadres aux parcours justifiés. Nous regardions les CV, nous analysions les parcours, nous félicitions les uns, nous nous interrogions sur les autres. Était-ce la compétence qui avait parlé ? Le compagnonnage ? Un mélange des deux ?

Nous avons choisi de faire confiance. Il fallait désormais travailler. Les Sénégalais attendaient des résultats : justice sociale, amélioration de leur quotidien, transformation de l’administration, emploi, reddition des comptes et véritable rupture avec les pratiques du passé.

Dans ce contexte, la posture du nouveau président prenait toute son importance. Diomaye avait affirmé vouloir être « au-dessus de la mêlée ». Il quitta ses responsabilités au sein du parti. Nous y voyions une volonté saine de séparer la fonction présidentielle de la fonction partisane, une manière de montrer que le pouvoir avait changé de visage et de méthode.

Puis, progressivement, des signaux sont apparus…

Le bénéfice du doute

Ces signaux ne pouvaient évidemment pas être ignorés. Certaines décisions étaient difficiles à comprendre. Des lenteurs persistaient sur des sujets particulièrement douloureux. Certaines orientations semblaient aussi s’éloigner de ce que beaucoup de militants avaient imaginé. Pourtant, nous avons choisi de laisser le temps au temps et d’accorder au président le bénéfice du doute.

Lorsqu’on a combattu ensemble, souffert ensemble et porté un même projet, on ne veut pas croire trop vite que quelque chose s’est brisé. Nous cherchions des explications. Peut-être avons-nous parfois confondu fidélité et refus de voir.

Mais pendant que nous cherchions des réponses, une nouvelle réalité politique se dessinait. Diomaye n’était plus seulement le candidat que nous avions porté. Il était devenu le président de la République, avec tous les attributs du pouvoir. Parmi eux, l’un a pris une dimension particulière : le décret. Par décret, il nomme ! Par décret, il démet !

Dès lors, une question devenait inévitable : lorsque celui qui détient le stylo devient lui-même un acteur de la recomposition politique, jusqu’où peut aller son pouvoir.

À suivre dans l’Épisode 2:

Nous entrerons au cœur de cette question : que se passe-t-il lorsque le pouvoir de nommer et de démettre rencontre les convictions politiques, la carrière et la nécessité de préserver son avenir ?

 

Mohamed NDIAYE, 
Coordonnateur Adjoint Pastef Normandie

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