Le président-roi et sa baguette Mackyavélique (Par Matar Traoré)

Gare à ceux qui osent s’aventurer sur le terrain miné du troisième mandat !

La nomination de nos directeurs généraux et hauts responsables dans l’administration par le Président de la République est l’une des principales failles, et entailles profondes de notre démocratie qui souffre déjà de plusieurs maux.

Au-delà de la non séparation des pouvoirs : exécutif, législatif, judiciaire sans oublier le quatrième pouvoir* acquis à la cause du régime ; avec des soi-disant journalistes, qui ne sont rien d’autres que des mercenaires, des groupes de presse et média publique (RTS) au service du roi, dénués de principe de neutralité et d’équité dans le traitement de l’information sous la supervision ou permettez-moi l’emploi de ce néologisme « sourdevision »* du CNRA.

L’actualité fait état du limogeage du Directeur général de Dakar Dem Dikk (DDD) par le Président, parce qu’il aurait osé s’exprimer sur le sujet épineux relatif au troisième mandat.
Ce n’est qu’une victime de plus dans l’arène politique et son hypocrisie omniprésente, qui lèse constamment un peuple emprisonné par un geôlier qui n’est autre que le Président machiavélique.

Si l’on reconnaît au désormais ex Directeur Général de DDD un certain courage, son ambition démesurée rapportée à son incompétence, ne permettent pas que l’on se plaigne de son éviction, et comme dirait Barthélémy c’est juste « un idiot de moins ». Le comble de l’histoire est qu’il sera remplacé par un idiot de plus, l’avenir ne nous contredira point.

Mais là n’est pas la principale source d’inquiétude puisque cet évènement, n’est plus ni moins qu’un des innombrables scandales qui gangrène notre sphère politique. Ce ne sera ni le premier et peut-être pas dernier DG à subir un tel affront.

Notre réel sujet de préoccupation est de savoir comment en est-on arrivé là ?
D’un simple coup de baguette magique on fait (nomme) et on défait (évince) à sa guise des personnes occupants des postes de haute responsabilité sans motif réel, ni sérieux, compromettant par la même occasion la stabilité et la stratégie de nos sociétés nationales qui subissent malgré elles les caprices de notre surpuissant président-roi.

Sommes-nous contraints, par nos réalités sociales et culturelles, de suivre ces pratiques ou modèles ancestraux, hérités de la colonisation et qui ne sont plus en phase avec la déontologie politique que nous souhaitons incarner ?

Avons-nous une République ou une Monarchie ?

 

 

Le danger ou les conséquences désastreuses pour un tel pouvoir peuvent se mesurer à différents niveaux :

– L’utilisation des biens de nos sociétés nationales et administration à des fins électoralistes.

– Des DG incapables mais choisis ou promus du fait de leur accointances avec le régime, subtilisant ainsi la place des vrais technocrates et des compétents, d’où la fuite des cerveaux.

– L’instabilité et le manque de stratégie de nos sociétés nationales, qui se résument par le manque de compétitivité, à cela s’ajoutent la médiocrité dans l’administration et le manque de rigueur.

– La corruption et le népotisme à outrance.

– La promotion du clientélisme politique.

– Abus de pouvoir (venant du président) et voire même abus d’autorité (par ces mêmes DG ou responsables)

– Détournements, malversations, mauvaise gestion, délit d’initié, délit de concussion, … car leurs mandats sont calés sur celui du président, donc il y a de quoi s’enrichir allègrement.

– Le manque de transparence et les marchés de gré à gré.

– Les difficultés d’audit, d’évaluation et pour faire l’état des lieux afin de situer les responsabilités, car chaque autorité se renvoie la balle comme dans une partie jeu ping-pong entre successeurs et prédécesseurs.

– Des sociétés nationales, une administration et des institutions politisées.
En parlant de ces dernières, nous avons l’exemple du HCCT et du CESE des institutions budgétivores, impertinentes et inefficaces.
Pour exemple, en partant des chiffres de la loi de finances initiale pour l’année 2019, on note que la seule suppression du CESE (‪6 227 590 000‬) et du HCCT (‪8 640 000 000‬) engendrerait une économie de ‪14 867 590 000‬ FCFA. ‬‬‬‬‬‬
Nous laissons libre cours à votre imagination de tout ce que l’on peut faire avec cet argent.

– Des dirigeants laxistes, sans aucun sens de la responsabilité dont les motivations sont guidées par des calculs et stratégies électoralistes au détriment des préoccupations du peuple.

– … Etc. La liste est loin d’être exhaustive.

 

 

Vous direz certainement que c’est bien de déceler les véritables problèmes mais que nous proposez-vous ou plutôt que propose le Parti Pastef comme alternative ?

Il ne s’agit pas ici de réinventer la roue, la « Solution » elle est bien là, nous faisons référence à l’ouvrage de notre leader Ousmane Sonko.

Sa proposition reste pertinente, même si on peut l’approfondir davantage. Ainsi il propose :

« Pour tous les emplois supérieurs soumis au choix du Président, nous mettrons en place le mécanisme de l’appel à candidature permettant une pré-sélection sur dossier par un comité ad hoc spécialisé et sur des critères combinés d’ancienneté, de compétence et de probité. Et c’est seulement les trois meilleurs dossiers issus de ce tri qui seront soumis à l’arbitrage du Président de la République qui, quelle que soit l’option, n’aura pas cette marge de désigner selon son bon vouloir. Pour compléter le tableau de l’exécutif, il faut regretter qu’au Sénégal, pour satisfaire une clientèle politicienne et électorale, le gouvernement soit devenu le premier pourvoyeur d’emplois. Cela se traduit par un nombre pléthorique d’amuseurs du prince, flanqués des titres de ministres d’État, ministres, ministres délégués, de ministres conseillers, etc. Cette situation n’induit pas seulement des conséquences en termes de masse salariale, puisque chaque « ministre » y va également de ses placements de personnels politiques, mais également de diverses dépenses de fonctionnement (acquisition de matériels bureautiques et roulants, frais de voyages…) Oui, le gouvernement coûte trop cher au contribuable sénégalais ».

Pour aller plus loin, nous proposons également qu’un DG ou haut responsable administratif nommé ne puisse être révoqué en cours de mandat du président afin éviter tout abus de pouvoir ou une quelconque forme de pression. Sinon lors d’une révocation, celle-ci devra être soumise au comité AD HOC qui jugera de la pertinence de la requête, à savoir si le motif est bien réel et sérieux au regard du droit du travail ou si une faute administrative lourde ou grave a été commise, si les intérêts de l’Etat sont compromis ou s’il y a une quelconque interférence. Toutes ces questions doivent être étudiées sérieusement avec une décision impartiale, juste et justifiée et toujours dans l’appréciation du même comité Ad hoc.

Si nous arrivons à éradiquer un tel fléau, ce sera déjà un grand pas dans la marche vers la démocratie même si le chemin est encore long et semé d’embûches.

Chers compatriotes et chers patriotes, menons dès à présent les grandes réflexions qui nous permettent de poser les bases de notre politique de demain pour un Sénégal meilleur.

L’avenir c’est maintenant, et n’oublions surtout pas que la liberté s’acquiert par la lutte.

 

Matar Traoré
Responsable dans MONCAP France.

*Les médias
*Qui prête une oreille sourde tant que c’est pour chanter les louanges du président, et qui ne fait preuve d’aucune impartialité.

Partager
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *