Le Monde : La COVID-19 ou les secousses de l’infiniment petit, au cœur du paradoxe ».

Beaucoup de maladies ont frappé l’humanité. La méningite, la fièvre, typhoïde, la peste très redoutée, la grippe espagnole ont fait, en un temps très court, des millions de morts. La science et la technique pour des logiques commerciales ou pour toute autre raison sous-jacente peuvent ignorer certaines maladies par omission et même être accusées d’en créer d’autres. Mais, on s’accorde globalement que depuis l’idée de « la Toute puissance de la science » articulée à la technique, l’homme a acquis une certaine certitude face à la marche du monde et face à l’avenir. La maitrise d’une vie presque constante, ou surtout l’inimitié est portée par la confrontation des idéaux antagonistes, autour de vives querelles pour l’acquisition des ressources. On peut faire et défaire des plans, donner une suite aux événements dans le temps, construire selon des intérêts apparents ou occultes, les relations entre les nations. Ainsi, décréter une guerre par-ci avec des subterfuges, mettre dos-à-dos par-là, jouer aux sapeurs, triompher et finir par devenir le héros.

Ce qui est bien connu, c’est que les guerres jusque-là se faisaient autour d’alliances contre des ennemis suffisamment identifiés. Elles se faisaient contre l’autre le semblable-différent, dans son être-là-dans-le-monde qu’on ne partageait pas. Hélas, le temps de la guerre des idées, le temps de la guerre de terrain, avec un ennemi dans un lieu, clairement identifié s’est-il mué, en guerre de l’alliance des ennemis visibles contre l’invisible-ennemi ? Le monde est en guerre : comme un fracas, la COVID-19 contre le monde, la solution partira-t-elle de l’épaule qui porte le fusil, ou faut-il changer le fusil d’épaule ? Ce virus, vicieux, a-t-il finit d’installer le vice du paradoxe, au point de déraisonner l’humain dans son orientation pour l’avenir ? Clarifie-t-il la véritable marche du monde face au camouflage des intérêts-muets qui se dévoilent ? Les solutions d’aujourd’hui seront-elles, celles de demain : poignante question au cœur des secousses de l’infiniment petit ? Finalement, en scrutant l’horizon devant l’indécis, la solution ne viendrait-elle pas de l’acceptation de la cohabitation avec le virus, contre le constat de l’évincement temporaire de la technoscience ? Quand les décideurs se délassent, comme toujours, le peuple ne doit-il pas prendre son destin en main ?



L’histoire de l’humanité rétroactivement est traversée par des périodes d’embrasements où l’homme lutte contre l’homme pour le dominer, le contrôler et contrôler les ressources, désapproprier l’ayant-droit contre toute éthique. Une lutte connue autour de la légitimité et de l’illégitimité, dictée par le rapport de force contre l’éthique. La légitimé et l’accès aux ressources sont pour l’essentiel dictés par le poids technoscientifique de la puissance de nuisance et de frappe que l’autre peut avoir contre notre propre survie.
Partout la guerre contre la COVID est décrétée, ici, et ailleurs. C’est la guerre de l’humain, comme identité, face à la maladie, une maladie inconnue. Elle frappe les géants du monde comme les petits poussés. Elle n’épargne personne, ni les USA, ni la Chine, ni l’Italie, y compris l’Espagne, la France, l’Afrique, l’Amérique dans ces différents compartiments. Comme un cocktail, son alliance avec d’autres maladies récurrentes, « CO-VIDE », le monde. En fait, s’il y a guerre, la question évidente qu’il faut se poser est : de quelle guerre s’agit-il, précisément ? Contre qui ou contre quoi se fait-elle ? Le monde des humains infiniment « GRAND », serait-il ébranlé par les secousses de l’infiniment petit, logé au cœur de son sein ?

En fait, il s’agit d’une guerre non-conventionnelle, sans sommation ou presque, contre un ennemi invisible. Un ennemi dont on se pose encore les origines. Les UNS et les AUTRES se repoussent la responsabilité de la paternité. Ce qui va jusqu’à créer une stigmatisation. On guérit souvent de l’ennemi en éloignant ses amis. Mais malgré ces stéréotypées, « Tout » le monde est obligé de s’engager contre l’infiniment petit, sans vraiment le situer. Un ennemi invisible, et presque peu connu tirant les propositions et les clichés, sens-dessus, sens-dessous. Un ennemi qui sait faire prendre les décisions les plus contradictoires, jamais enregistrées dans la résolution d’un problème dans le monde contemporain. Y compris, le mimétisme pur et les répétitions de certaines litanies : « L’heure est grave, nous sommes en guerre et plus tard, il faut apprendre à vivre avec le virus ». Comme dans un rêve, au cours d’un sommeil profond, les propositions changent et rechangent. Les risques d’embrasement la nuit, face au feu du finement petit, nous amène au couvre-feu, pour limiter les éclats de l’invisible-ennemi. Une véritable marche du caméléon, doublée de la métamorphose tout azimut. Temps d’extrêmes sacrifices pour le peuple, temps où les enseignants s’entassent au « terminus » pour peut-être engager l’ultime combat, malgré le risque et sans arme à la main. Un moment où les secousses de l’infiniment petit n’ont pas su ébranler le cœur du système avec des promesses manquées pour le convoyage des enseignants, le flou autour d’un décret manqué des honorariats, la dispute des perdiemes. Hélas, les temps ont changés mais les habitudes semblent rester les mêmes. Ce qu’il faut surtout retenir comme maître mot, sur le moment, serait cette injonction de Laurent Sadou : « Prenez soin de vous, car chaque jour qui passe est une vie ».

Devant l’urgent, tout le monde se débrouille à trouver la solution. Mais pour UNE fois, malgré l’asservissement, malgré le mimétisme, la solution définitive partira-t-elle de l’Afrique ? Ou se reniera-t-elle, en se laissant comme une éternelle condamnée à l’assistance, à consommer les solutions venant d’ailleurs ? La solution viendra-t-elle du Bénin, du Rwanda, de Madagascar ou de tout autre pays d’Afrique ? Ne viendra-t-elle pas des peuples, hier asservis, responsables aujourd’hui et décomplexés ? La solution de l’infiniment petit, partira-t-elle, de ceux qui seraient considérés jusque-là comme infiniment petits ? Pour le moment, les solutions passent du confinement au déconfinement, puis au reconfinement, de la fermeture à l’ouverture sans satisfaction, à l’exploration de nouvelles voies avec de nouveaux génies inconnus. L’administration de l’hydroxchloroquine, de l’azithromycine, les mesures barrières et tout ce qui accompagne la suite du malade semblent être la solution temporaire et contestée, devant une situation urgente. Mais comment barrer la mutation de l’invisible entre-nous, s’il n’est pas déjà en nous ? Ce qui est cependant sûr, c’est qu’il est parmi nous. Nous vivons une situation exceptionnelle, avec un danger constant, dans nos choix et nos actes de tous les jours. La COVID-19, invisible, pose-t-elle une question métaphysique ?
Souvent devant l’infiniment petit et devant l’invisible la solution à portée de main serait l’acceptation, en ce que, ce qui arrive ne dépend pas de nous. Devant cette infiniment petit, la faucheuse, la solution ne serait-elle pas dans la foi ? Quel sens donner à la religion devant les risques de contagion et de propagation de la « CO-VID-19 » ? Faut-il s’évader du monde, pour trouver la solution dans la méta-ta-physica ? La solution redescendra-t-elle, de l’au-delà à nous, pour se loger finalement en nous ? Pour le moment, les solutions passent de la solitude, au repli sur soi, à la célébration de la foi par une communauté parsemée pour lutter contre la CO-VID. En un mot, la foi s’interroge sur le sens qu’il faut donner à la foi, face au virus.

Tous les sens sont posés et même parfois des contresens, en passant des religieux aux politiques zélés à la quête de militants rares et peu convaincus, d’un système qui corrompt. S’agissant de la religion, l’incompréhension peut apparaître lorsqu’on a qu’un seul sens. En cette matière, la relation peut être vue sous l’angle vertical, c’est-à-dire entre le croyant, pris individuellement et l’objet de sa croyance. Et comme, elle peut concerner la communauté des croyants et l’objet de leur croyance. Somme toute, le croyant s’interroge contre la COVID, pour lui : quelle attitude faut-il, le plus croire, pour tuer le virus ? Y a-t-il un repli et un fracas intérieur dans la foi ? Le monde s’interroge et la COVID-19 progresse. On s’interroge même sur l’efficacité de la technoscience.

La technoscience a-t-elle suspendu la solution ou serait-elle temporairement incapable ? Face à l’embarras, la science essaie. Elle nous a souvent offert la possibilité de la prédiction et de l’anticipation, mais pour une fois, elle n’a pas très tôt vu, elle n’a pas pu, elle n’a pas su prévoir, même, la soupçonne-t-on, d’être, dans cette affaire sans conscience. Si elle n’a pas la conscience du malheur autant dire comme Rabelais : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». On le sait déjà assez, souvent l’esprit qui fabrique un problème est incapable de trouver sa solution. Sur le moment, ce qui est sûr, la science en retard est attendue. Le désir de vivre immédiat dévoile les retards de la technoscience face à l’envie immédiate de vivre, de l’humain. L’efficacité de la technoscience est mise à rude épreuve, les désirs pressants de l’homme d’endiguer le mal révèlent les tâtonnements de la technoscience. La technoscience reporte face à l’empressement et aux dégâts sur l’humain, la solution à demain. L’homme est-il en phase, de ne plus devenir, avec la science, maître et possesseur de la nature, comme le souhaitait, Descartes ? Si pour l’instant, la technoscience essaie et échoue, l’évolution du monde serait-elle en phase de se débarrasser des plus âgés ? La théorie des porteurs asymptomatiques semblent justifier la réouverture surtout des écoles. Si les jeunes gens ne sont pas vraiment exposés, n’exposent-ils pas, en étant des porteurs saints leurs parents ? En effet, les porteurs asymptomatiques peuvent être les pires ennemis des personnes âgés et vulnérables. On peut être porteur, sans être vraiment vulnérable. Notre organisme résiste et « co-vie » avec le virus, sans compter les vicissitudes du virus à changer de cibles d’attaque.

Depuis la crise sanitaire de la COVID-19, si on considère 19 pays à titre d’exemples quels qu’ils soient, le constat selon les spécialistes est unanime, les personnes vulnérables sont souvent celles qui ont dépassé la cinquantaine. S’il faut apprendre à vivre avec le virus, les plus âgés sont-ils aptes ? Ou le monde serait-il en phase de se débarrasser de ceux qui ont construit : « l’aujourd’hui » ? Un vrai problème éthique, entre le désir pressant de continuer sans les plus âgés qui ont fait hier, le monde d’aujourd’hui et le choix de la récession sur tous les plans. L’égoïsme pourrait-il être poussé à ce point de l’oubli ? Ceux d’aujourd’hui trouveront-ils forcément le plaisir de faire le monde de demain qui sera sans eux, s’ils ont eux-mêmes défaits ceux d’hier par omission ? Ce qui est sûr demain, ceux d’aujourd’hui seront rattrapés par la germination d’un système qui lâche les « feuilles-bourgeons d’hier », une fois les feuilles dépassées par le tronc. Si nous lâchons les nôtres par empressement, le monde de demain se construira forcément sans une conscience éthique et sans confiance. Comprenons avec Marx que ; « Tout système contient en lui les germes de sa propre destruction ». L’option maintenant, c’est qu’on semble vouloir laisser libre cours à la théorie du plus apte. Mais, dans cette histoire vicieuse et sur la question de l’aptitude, nous le savions suffisamment assez « que le plus apte n’est pas toujours le plus apte ». Les risques ne sont pas exclus pour les jeunes gens.

Mais la lutte de l’homme contre la maladie a fini toujours par le triomphe de l’homme armé de la technoscience, si l’on en croit Souleymane Bachir Diagne : « l’humain vaincra par sa science et sa raison le Covid-19 ». Ou, le « fameux depuis-temps de la science roi », serait-il au bord de l’essoufflement, par le télescopage des intérêts individuels ? La technoscience doit s’émanciper des intérêts égoïstes pour embrasser l’éthique. Ce qui est sûr la technoscience vaincra quand elle sera débarrassée des paradoxes des intérêts dissonants et lorsque seule l’éthique la portera.
En attendant, le tassement de tous les paradoxes, l’ennemi fait beaucoup de dégâts à l’humain, à l’humanité toute entière. ll est invisible mais la victoire n’est pas impossible. Cette victoire si chacun de nous la pense, elle suppose, cependant, le sens du civisme, du patriotisme et de la responsabilité de chacun et pourtant de « Tous ». Rien, ne peut être gagné, aujourd’hui, sans un sursaut commun de prise de conscience. Rien, ne doit être fait sans penser les implications nocives, pour soi et pour autrui. C’est maintenant l’heure du choix. Nous sommes plus que jamais face à notre destin, où chaque acte, chaque attitude pourrait coûter fatalement à soi, et à l’humanité toute entière. Il faut, comme le note, Jean Frain du Tremblay, « former un engagement, ne mettons point de négligence ». Une seule victoire de la COVID-19 sur une vie est douloureuse et pourtant, nous devrions continuer à nous battre. Personne n’a le droit de baisser la garde, de baisser les armes barrières pour nuire fatalement au peuple.

Ousmane Jean BIAYE, Professeur de Philosophie au Lycée de Cabrousse.


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