L’arène politique, Panthéon des vices ou Nécropole des vertus

« L’honneur et la tolérance, écrivait Honoré de Balzac, sont des dons admirables de l’âme, mais ils n’ont pas de valeurs en politique car la politique est une guerre où s’affrontent souvent des ambitions égoïstes; c’est une joute d’intérêts pratiques ; alors, la pratique du pouvoir est une affaire trop délicate pour admettre des civilités inconséquentes ». Illustrations. Autant ceux qui sont présentement aux commandes, prédicateurs d’hier des vertus politiques, s’inscrivant aujourd’hui dans la logique de s’y maintenir que certains membres de l’opposition, maquilleurs d’hier des vices politiques, s’inscrivant, eux aussi, dans une dynamique de reconquérir le pouvoir, se métamorphosent tous, en de véritables fossoyeurs de la morale qu’ils assassinent et enterrent sous le linceul d’or du pouvoir au cimetière des valeurs. L’humanité court à sa perte devant la recherche effrénée du pouvoir, de l’argent et du sexe.

En effet, avec cette désertion on ne peut plus incandescente des vertus cardinales fondatrices de notre humanité du landerneau politique, le reniement personnifié, la légitimation du mensonge, l’apologie de la transhumance, les violations flagrantes des lois et principes républicains, l’effondrement de la parole publique, les conspirations, les combines et les vengeances politiques, la corruption de certains leaders d’opinions, les courtisaneries politiques de certains patrons de presse, les manipulations médiatiques, le travestissement de certains membres de la société civile, la constipation morale de certains intellectuels, ainsi que la complicité tacite de certains dignitaires; tout porte à faire croire que notre chère république se transforme en un véritable  » cimetière de la morale » pour reprendre Roland Jaccard. À ce titre, on peut citer cette sordide affaire d’accusation de viol où le corps d’une jeune femme est transformé aujourd’hui en une arène de gladiateurs où se prolonge le jeu politique. La démocratie en prend un sacré, la république en craquelle, l’opinion divisée, l’indépendance de la justice remise en question, l’impartialité des magistrats sérieusement mise en doute et le peuple agité reste pantois. C’est le pire scandale politico-judiciaire de la république depuis notre indépendance des années 60, non pas de par ses enjeux ou perspectives, mais de par son caractère sordide manifeste relevant des bas-fonds de la bassesse humaine.





« La connerie est l’une des plus grandes marchandises de l’âge contemporain » nous dira le post- moderniste Maurizio Ferraris. En effet, dans notre monde d’aujourd’hui la connerie, la foutaise et l’imbécilité valent mieux que la sagesse et la compétence. C’est un véritable culte de l’idiocratie annonçant la défaite de l’intelligence. Alors, le peuple se contente du statut de consommateur de la connerie des élites, celles  » documentées » et ne s’inquiète point de son avenir. Et, pendant que les grandes nations se démènent à inventer des vaccins contre la pandémie, d’éminentes sommités intellectuelles s’ingénient à trouver des stratégies de résilience contre les éventuelles crises économiques, sociales et politiques qui découleraient de cette pandémie, chez nous, dans la caverne des troglodytes, nos hommes politiques, nos médias et quelques célèbres pantins se contentent de nous offrir un spectacle feuilletonesque de chair et d’horreur où ne règnent que connerie, foutaise et imbécilité. Il n’existe que la connerie des masses et celles des élites. Quelle différence existe-il entre certains acteurs politiques, sociaux ou culturels avec leurs militants ou souteneurs s’il est avéré que ceux qui dirigent ne sont point moins idiots que les masses?

Aucun respect, aucune considération, aucune prise de conscience des souffrances des masses populaires.

Alors, le comportement sordide de nos hommes politiques s’adjugeant pourtant l’exclusivité du pouvoir de tracer le destin que doit suivre notre peuple, n’est guère rassurant pour une génération à la croisée des chemins entre les défis du développement et les enjeux d’une conjoncture politique internationale sur fond de crise sanitaire.

Pourtant, notre démocratie était tant magnifiée un peu partout dans le monde par même des Icônes de la presse internationale, comme Béchir Ben Yahmed, fondateur de la revue  »Jeune Afrique » à travers un article datant de 1988, et dont le titre métaphorique »La fleur du désert », célébrait dans le jargon poétique l’engrenage démocratique de notre pays, dans une Afrique où ne fleurissaient que de régimes dictatoriaux et militaires.

Toutefois, cette démocratie dont on se targuait en Afrique et dans le monde est en train de s’écrouler, sous les coups et contre coups des politiques, comme un château de cartes dont les reliques se sédimenteront en un  » château des cartes »- du genre House of cards où le jeu du pouvoir tourne autour d’une lutte épique et impitoyable où tous les coups sont permis- devant le détachement passif et hautain de l’intelligentsia nationale, avec le silence coupable de l’ordre religieux, devant la neutralité complice du gratin de la presse et sous le regard impuissant du peuple.

La rose s’enflamme et personne n’en parle car chacun se livre, soit à la poursuite de ses ambitions personnelles, ou à la quête d’une pitance au détriment de la nation qui est l’âme du peuple. Ibrahima Ly, écrivain malien n’avait-il pas donc raison de dire que nous sommes dans un monde où ne survivent que ceux qui renoncent à la dignité de vivre. Pourtant, l’ex président américain Thomas Jefferson, un des héros de la guerre de l’indépendance de 1776, dans son discours d’investiture, avait bien dit qu’il vient un âge où la plus belle maîtresse que doit servir un homme est la nation.

Et à force de lâcher la bride dans cette propension égoïste de conservation ou de conquête du pouvoir, les acteurs politiques finissent par oublier notre chère nation en s’inscrivant du coup, dans une dynamique de fragiliser tous les équilibres sociaux et culturels sans lesquels la paix et la stabilité se raréfient de notre pays.

Des terres, jadis souillées du sang des martyrs et révolutionnaires se voient naguère purifiées de la sueur du travail et rayonnée de la lueur de la liberté. Afrique du Sud, Rwanda, Éthiopie et Botswana en sont de parfaites illustrations, au moment où des querelles partisanes et électorales ainsi même que des histoires de fesses continuent de plus belle à semer la zizanie et les germes de la destruction d’une démocratie sénégalaise presque aussi âgée que celle américaine (si on remonte à la révolution torodo du XVIIIe siècle).

Alors, au fur et à mesure que le temps nous éloigne de notre histoire et nous rapproche davantage de la realpolitik, les vertus désertent la république et nos acteurs se transforment petit à petit en zombies; alors le destin de notre peuple s’assombrit. Mais  » lorsque la conscience inhibée jaillira miraculeusement des décombres de nos orgueils et turpitudes, de nos violences et voracités, elle nous parlera », dira Aminata Sow Fall, dans son roman  »L’Empire du mensonge », publié en octobre 2017.

Mansour Shamsdine Mbow, Professeur de Lettres et Chroniqueur.

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