L’affaire Tariq Ramadan, une affaire abracadabrantesque (Par Ibrahima Traoré)

Même quand la brigade criminelle innocente celui qu’on a voulu pour des raisons idéologiques faire passer pour coupable, au niveau des médias c’est silence radio comme s’il était inconcevable d’admettre qu’on a été injuste de le traiter comme coupable. Rien de nouveau sous le soleil : dès qu’il s’agit de Tariq Ramadan toutes les règles activent leurs exceptions. D’ailleurs pour eux, ce qui importe ce n’est pas de déterminer s’il est bien l’auteur des faits pour lesquels il est accusé mais de faire tout pour qu’il ne puisse être que coupable aux yeux de l’opinion, et pour ce faire aucun stratagème, aucune mise en scène, aucun mensonge, aucune forfaiture ne devait être de trop.

Quand l’adversaire n’a que caricatures, mensonges, propos malveillants et réducteurs comme armes notre devoir est de refuser de descendre aussi bas que lui et de résister avec dignité et élégance car il nous est demandé ceci : « Que la haine envers un peuple ne vous incite pas à commettre des injustices. Soyez justes. »

Dire que certains pensent que nous pêchons par excès de gèle dans notre manière de défendre Tariq Ramadan, au bas mot me fait rire. Ce à quoi nous avons assisté n’est pas un traitement médiatique qui honore les journalistes mais bien une volonté obsessionnelle, indigne d’abattre un homme qu’ils n’ont pas pu affronter sur le terrain des idées car disposant d’une force cérébrale très en deçà de la sienne. On l’aura bien compris : un aveu d’impuissance ne peut être plus avéré.

Oui, les médias ont décidé ignoblement de caresser dans le sens du poil les velléités racistes de certains segments de la société. Et dans cette basse besogne, ils y vont fort et ne s’interdisent aucun mensonge. L’envie de nuire, de détruire un homme qu’il n’arrive pas à la cheville est manifeste et flagrante voire même assumée. De journalistes anonymes par faute de talents particuliers se sont transformés en colporteurs de préjugés et propagateurs de haine.

Ici, à l’injustice des accusations scabreuses vient s’adjoindre l’injustice du traitement médiatique tendancieux, partial et arbitraire. Le parti pris est manifeste et se passe de commentaire.

A quelque chose malheur est bon nous dit l’adage : cette affaire aura au moins l’utilité de révéler la vraie nature du traitement différencié des justiciables en France selon qu’ils appartiennent à certaines communautés ou d’autres. Mais mieux encore, elle nous a permis de voir que certains qu’on pouvait jusqu’alors considérer comme étant des nôtres car des alliés avec qui nous pensions partager des convictions et des valeurs se sont montré sous leur vrai jour. Et savoir qui ils/elles sont n’est pas sans quelques intérêts.

A les entendre parler, ils informent que le camp de Tariq Ramadan serait fatalement démuni pour démonter les accusations, autrement dit toute tentative de démontrer son innocence est quasiment promise à la faillite car la cause serait déjà entendue sans autre forme d’appel. Voir cette meute de journalistes se transformer indument en juges travestissant les faits et taisant sciemment et stratégiquement des éléments essentiels du dossier afin d’induire en erreur les citoyens est extraordinairement dangereux.

Aujourd’hui, on reconnait ceux qui défendent invariablement des principes au-delà des contingences et des discours et ceux qui célèbrent verbalement le pluralisme mais factuellement et subrepticement se rangent dans les cloisonnements sectaires.
Dire que la situation est inquiétante est un doux euphémisme. En réalité, ce devrait être un tremblement de conscience dans l’esprit des justes puisque refuser l’injustice, le racisme, l’islamophobie et les mises en scènes n’est pas une option mais une constante qui est substantielle à notre humanité et y déroger c’est tordre notre conscience.

Que personne ne compte sur notre crédulité pour mettre cela sous le compte d’une erreur judiciaire comme il peut y en avoir dans n’importe pays, cela relève d’une chose plus grave car c’est tout sauf fortuit et il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir cela à moins qu’on feigne de ne pas voir.

Que dire sur la justice :

Elle est au-dessus de tous et doit être respectée et légitimée par toutes les parties prenantes. Pour renforcer sa légitimité, exprimer son équité et garantir l’impartialité elle doit instruire à charge et à décharge.

À ce que je sache la justice est rendue au nom du peuple alors pourquoi ceux au nom duquel celle-ci est rendue n’ont pas le droit d’apprécier son action à l’aune de sa mission. À ce titre, aucune loi n’interdit au citoyen de commenter, critiquer l’action de la justice. Même quand un acteur de cette institution dit quelque chose ceci ne saurait être considérée comme une parole d’évangile (coranique diront certains).

Et ce serait mentir que de dire que la manière dont le dossier est géré est de nature à nous rassurer. Quand la justice donne l’impression de vaciller, il appartient aux citoyens d’être vigilants et de lui rappeler le rôle qui est le sien.

Nous le disons sans détour : nous restons vigilants et analyserons méticuleusement au peigne fin toutes les étapes de cette affaire avec sérénité mais aussi avec lucidité, réalisme et exigence.

Nous avons un défaut presque congénital avouons-le : nous ne sommes pas de la race de ceux qui font profil bas quand l’adversaire semble disposer plus d’armes qu’eux. Nous préférons tomber les armes dans la main qu’abdiquer et courber l’échine. Aucun complot ne nous fera reculer ne serait-ce que d’un iota : cela ne s’appelle ni obstination ni aveuglement mais constance et souveraineté intellectuelle. Oui, nous n’allons rien lâcher et exigerons inlassablement que Marianne traite tous ces enfants de la même manière c’est-à-dire avec égard, justice et respect. Toute action qui semble aller à l’encontre de cette logique aura inévitablement comme conséquence d’amoindrir le peu de confiance qu’on pouvait encore accorder à certaines institutions.

Cette injustice notoire loin de nous pousser dans la victimisation ou la paralysie paradoxalement va nous permettre de dynamiser nos intellects, d’affermir notre foi et de reconnaître ceux qui n’ont pas les épaules assez larges pour encaisser et rester digne dans l’épreuve : c’est pendant l’orage qu’on connait le pilote.

Une révolution des mentalités s’impose et nous le répéterons jusqu’à l’overdose en tout cas autant de fois que nécessaire jusqu’à qu’écoute sans suive. Pour qu’un dialogue soit constructif et productif, la sincérité d’un seul camp est insuffisante, il faut que les deux le soient, qu’ils se remettent chacun en question et évitent d’orchestrer le débat en intégrant toutes les parties prenantes et n’en exclure aucune.

Nous le disons avec force et vigueur : le préalable à cela est de sortir des réflexes du méta-colonialisme, des complexes de supériorité, du radicalisme laïque qui dessert la laïcité et surtout d’oser nommer et combattre ce qui doit l’être : L’ISLAMOPHOBIE.

Ni les discours torves, ni les silences complices, ni les positions ambiguës n’auront pas raison de notre détermination car nous ne voulons pas de la liberté du poulet dans le poulailler mais d’une liberté qui s’exprime hors des sillons tracés par l’establishment.

Ibrahima Traoré

 

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