La quête du diplôme contre le culte du savoir ou l’échec de la politique de l’esprit.

Paul Valéry, dans  » Le bilan de l’intelligence, un texte écrit et prononcé en 1935, à l’occasion d’une conférence publique, s’indigne :  » le diplôme est l’ennemi mortel de la culture ».

S’exprimant ainsi, le penseur français retient notre attention sur la nouvelle tendance imposée par les effets du capitalisme libéral transformant du coup, la culture intellectuelle en valeur marchande. Conséquence. Les apprenants d’aujourd’hui vont à l’école, non pas pour cultiver le savoir, mais, simplement pour décrocher un diplôme.

Ce qui, à coup sûr, favorise le tripotage, les fraudes et les triches à tous les niveaux, de la conception des programmes scolaires et sujets d’examen à leur administration, en passant par leur reprographie et distribution. Ainsi, nos candidats n’ont plus besoins de travailler à l’école pour mériter les succès scolaires et titres universitaires, lorsqu’ils ont connaissance de l’existence d’autres voies et moyens de contournement ou même raccourcis à l’usage desquels ils peuvent bien se faire octroyer le sésame. Combien en sont-ils, qui ont terminé un cursus scolaire et universitaire, notamment dans les séries littéraires, sans jamais lire un seul livre?

Et les réformes toujours opérées sur le système éducatif, ainsi que les projets investis à coups de milliards, bousculant irréversiblement nos habitudes scolaires, s’avèrent pour le moins contre-productifs dans la mesure où le relèvement du niveau culturel de nos apprenants ne s’en est pas encore porté mieux.





A cela s’ajoute l’effet boomerang de l’Internet dont le développement effervescent et phosphorescent désemplit les bibliothèques au profit des cyber espaces et au détriment de la culture intellectuelle. En effet, l’enseignement et l’éducation ne se limitent pas à l’école, et le culte du savoir nécessite deux choses: l’endurance et la souffrance. Mais la jeunesse ne supporte plus l’endurance et n’a plus le génie de féconder la souffrance.  »Nous ne supportons plus la durée », disait Valéry.

Or, dans son poème  »L’alchimie de la douleur », le poète Baudelaire chante en ces termes  » j’ai pétri de la boue et j’en ai fait de l’or » car c’est dans le feu de l’action que jaillit la lumière du savoir.
Mais, de par la marchandisation de l’offre éducative la réflexion critique, reflet de l’originalité de la pensée de l’individu a cédé la place à la réflexion mécanique, une sorte de connaissance prêt-à-porter.

Alors, l’organisation de certains examens et concours nationaux, au lieu de s’ériger en de véritables évaluations certificatives pour le bien du progrès, est de nos jours, une formidable farce pédagogique et sociale au spectacle duquel, prend subrepticement et malencontreusement part l’acteur le plus important qu’est l’enseignant.

Dans son ouvrage très critique,  »La défaite de la pensée », le philosophe Alain Finkielkraut s’insurge contre une tendance moderne qui met  »l’inconnu au dessus du déjà connu » tordant ainsi le coup à la raison, et sacrifiant d’un coup de Jarnac, le savoir et la compétence sur l’autel du diplôme.

Donc, Alain Touraine, sociologue français semble avoir raison de dire qu’avec les nouvelles conceptions des projets éducatifs, le normatif l’emporte sur le pratique à l’école car les enseignements/apprentissages ainsi que les évaluations standardisées ne se font qu’à titre de formalité protocolaire au dépens du développement harmonieux et intégré de l’ensemble des potentialités intellectuelles, physiques, affectives et morales de l’individu en vue d’en faire un être capable d’intégrer le corps social et d’y assumer son rôle. Une finalité à laquelle doit répondre tout projet éducatif, au risque de faillir à sa mission. Et la faillite d’un système éducatif fait aujourd’hui de l’école  »une arène où se dresse la quête du diplôme contre le culte du savoir » dixit Alain Touraine.

Ainsi, l’une des plus hilarantes scènes de la comédie politique, sur fond de crise sanitaire, se joue, de nos jours, à l’école où les adultes- dirigeants, enseignants, parents, partenaires etc- se paient le luxe de jouer avec l’avenir des enfants.

Or, l’avenir, disait l’adage, est comme une pièce de monnaie qu’on ne peut dépenser qu’une seule fois.

Mansour Shamsdine Mbow,
Pofesseur de Lettres et chroniqueur.

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