La prosopopée politique, un crime sacré contre le peuple.

 »Le peuple n’existe pas !  » criait Serge Halimi, par cette formule ironique on ne peut plus satirique. Alors, la prosopopée est une figure de style par laquelle, on fait parler et agir une personne qui, en réalité est absente, morte ou inexistante.

Mais dans ce cas précis, il s’agit d’un groupe social qui est une donnée sociologique certes, importante, mais qui brille dans les institutions politiques et instances de décision par son absence: le peuple.

Selon les dernières estimations statistiques, le peuple sénégalais frôle les 16 millions d’habitants, alors que 6 millions seulement sont inscrits sur les listes électorales, un nombre déjà insuffisant dont une importante frange ne dispose toujours pas de cartes d’électeur, documents indispensables pour réaliser une opération de vote pour une respiration démocratique.

Alors, les suffrages valablement exprimés pour valider la légitimité d’un candidat ou d’une liste n’ont jamais dépassé 3 millions depuis que notre pays organise ses propres élections , compte non tenu des bulletins nuls.





Pourtant, toutes les institutions politiques dont on vante aujourd’hui le poids démocratique en Afrique et partout dans le monde sont, somme toute, basées sur cet infime suffrage qui écume, à coup sûr, leur légitimité même si leur légalité en est indemne.

Ainsi, apparaît schématiquement un clivage sociologique entre une insignifiante minorité politique s’adjugeant le luxe, la légitimité du pouvoir et la légalité des décisions contre une importante majorité sociale qui devra toujours se contenter de courber l’échine pour faire preuve de docilité, telle une servante soumise aux caprices et lubies de son maître. De là, les lois votées par le législatif qui par la magie du pouvoir devient l’état-major politique de l’exécutif, sont élaborées au nom du peuple et sur le dos du peuple, bref, pour et contre le peuple qui est pourtant à mille lieues de leurs préoccupations. Mais où est ce peuple au gros dos ?

Or, la révolte estudiantine, la colère ouvrière et la grogne populaire retentissent tous les jours à travers les médias comme l’écho sonore des soupirs d’un peuple à l’agonie de la pauvreté et la misère. Mais dans le cercle très restreint du pouvoir, les souffrances du peuple constituent les bois morts avec lesquels la classe dirigeante grille la viande saignante du festin politique .

Donc, comme les deux facettes de la médaille, les flammes rayonnantes d’une minorité politique, symbole de son prestige, sont les cendres brûlantes de la majorité sociale, lugubre image de la souffrance d’un peuple toujours inexistant, mais au nom de qui on signe les décrets et accords, on vote les lois, on rend la justice, et on exerce la violence  »légitime ».

Mansour Shamsdine Mbow,
Pofesseur de Lettres et chroniqueur.

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Un commentaire

  1. Tout est dit et bien dit, professeur. Hélas, le peuple a bon dos. Les dirigeants se sucrent allègrement sur son dos sans le moindre scrupule tout en faisant le gros dos. Mais, un jour, bientôt, le peuple sortira de sa torpeur pour marcher sur ces crabes. « On peut tromper le peuple une partie du temps, on peut tromper une partie du peuple tout le temps, mais on ne pourra pas tromper tout le peuple tout le temps « . Merci de votre alerte, une fois de plus.

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