Justice et Politique, le mariage incestueux.

Lorsque le modèle juridico-politique sénégalais oscille entre osmose et phagocytose.

« Les lois, écrivait Balzac, sont comme des toiles d’araignées où passent les grosses mouches et restent les petites ».

Les événements politico-judiciaires qui rythment la vie de notre nation et servent de pains quotidiens sur la planche des organes de la presse nationale ne semblent point montrer le contraire.  »Loi Ezzan »,  »loi sada ndiaye »,  »l’affaire des chantiers de Thiès »,  »l’affaire de la caisse d’avance »,  »loi sur le parrainage »,  »le décret de révocation de khalifa salle », « loi d’habilitation sur fond de crise sanitaire », ainsi que les sempiternels tripatouillages de la Constitution illustrent à suffisance et à bien des égards, que la vie politique sénégalaise n’est qu’une arène de gladiateurs, nous rappelant celle de Capoue, à l’époque de l’Antiquité romaine, où le plus fort -celui qui occupe momentanément les rênes du pouvoir- détient la force et s’arrose indûment le droit de se dresser, sans pitié aucune, contre ses adversaires. À moins que ces derniers acceptent de répondre aux symphoniques mélodies des sirènes de la transhumance qui, jadis sévèrement critiquée devient maintenant salvatrice et compensatrice. C’est ainsi qu’ils mettent en place un système binaire: on est casé ou cassé.  » L’affaire Teliko » qui défraie la chronique dans les médias et alimente les polémiques au sein de la classe politique en est illustrative.





Alors, les lois politiques sont des instruments de filtre servant de récupérer sur le compte du pouvoir les parias ayant renoncé à ce qui leur restait d’humanité, et d’écraser atrocement, par l’arsenal juridique et judiciaire, les récalcitrants et les insoumis. Khalifa Sall et Karim Wade ne le démentiront pas.

Les hommes politiques sont comme des marchands d’illusions, ils nous vendent les rêves d’un idéal de justice, d’égalité devant la loi, d’équité dans la distribution des ressources de la nation et nous promettent monts et merveilles dans une vie meilleure; donc une société d’honnêtes gens. Mais  »comment peut-on avoir la prétention d’imaginer une société juste composée d’escrocs? » se demande alors Martin Blais. La juste répartition des richesses collectives sera-t-elle assurée si les gens censés l’administrer sont, du reste, malhonnêtes ? La garantie d’un procès juste et équitable est-elle possible dans un État où l’exécutif réussit par un coup de maître à domestiquer le législatif et à vassaliser le judiciaire ?

Ainsi, la grande illusion moderne, soutenait Guy Brouillet, dans son ouvrage  »La passion de l’égalité », c’est d’admettre la toute-puissance des réformes des structures sans penser d’abord aux réformes des mentalités des hommes qui les animent. Or, les projets de société devraient s’inscrire dans une dynamique d’asseoir des réformes structurelles, efficaces et efficientes pour le compte de tous.

Mais ici, le pouvoir a la magie de transformer nos hommes politiques en de vrais  »monstres », cramés par leur désir de richesses et de gloire les poussant ainsi à cracher le feu et dévorer tout sur leur passage. Ils oublient en revanche, que  »vouloir nous brûle et pouvoir nous détruit », dixit Balzac.

Mansour Shamsdine Mbow,
Professeur de Lettres, chroniqueur.

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2 commentaires

  1. En phase avec vous cher professeur !
    Vous avez peint le tableau sombre de la.situation politique du Sénégal animée par des politiciens véreux prêts à tout pour conquérir le pouvoir ou de s’y maintenir.

  2. Toutes mes félicitations professeur. Bonne continuation.

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