J’accuse… (Par Mamadou Lamine Sow)

J’accuse…

Par Mamadou Lamine Sow

Le Sénégal est, aujourd’hui, assimilable à ce vieillard homeless dont les traits du visage accusent une grande fatigue, à cause d’un manque de volonté politique.

À défaut de soleils politiques immédiats, d’espoirs collectifs, de redressement social, c’est une chute lourde et scandaleuse, infâme et morale, à laquelle nous assistons avec colère et tristesse.

Dans trois mois, ce sera le 04 avril ! Que célébrera t-il après avoir été porté, pour la deuxième fois, à la magistrature suprême ? Le Sénégal qu’il promettait de réenchanter va mal. La colère gronde. Un nombre important de jeunes diplômés sont au chômage total ou partiel, le monde rural n’est pas scolarisé. Les agriculteurs sont laissés en rade. Dans le monde paysan à qui tout fut promis, la parole publique est discréditée.

À défaut de boussole en effet, d’espoir, de fin d’austérité, de projet pour la jeunesse, c’est une tout autre aventure que nous réserve ce régime sinistre et incompétent. Tant de trahison et d’espoirs déçus pour en arriver à ce pays qui peine à retrouver un sens, mon pays.

Pourquoi ailleurs, des États Africains s’en sortent beaucoup mieux que nous ? Leurs gouvernements modernisent leurs marchés de l’emploi, tranchent dans les dépenses inefficaces, disent la vérité à leurs opinions et obtiennent des résultats. Chez nous, l’urgence n’est pas déclarée, alors que le chômage et la dette atteignent des pics historiques. Il faut le dire.

Nous sommes un des maillons faibles de l’Afrique de l’ouest en atteste ce qui s’est passé dernièrement concernant l’Euro des colonies occidentales (L’eco). Une solution aurait été, peut-être, possible plus tôt s’il était conscient de son rôle. Nous assistons, avec impuissance, à des échecs économiques, sociaux et financiers. Croissance médiocre, chômage massif, déficits persistants, réformes a minima, impôts a maxima. Je l’accuse…

<< Je ferai du Sénégal un pays émergent >>, dit-il implicitement. Il lui reste un seul mandat, et aucune grande réforme à l’horizon. Le Sunugal est en cale sèche, et il attend la mer. C’est utopique ! Il ne fait preuve d’aucune volonté politique pour mener ce pays à bon port. Ce qui est gravissime. Aujourd’hui, nous sommes plus dépendants que jamais des marchés extérieurs : cruelle réalité pour lui, qui disait pouvoir mettre la finance au pas! Notre souveraineté a un prix : celui du courage et de la cohérence. Ces deux vertus manquent, malheureusement, à sa présidence. Je l’accuse…

Le Sénégal se paupérise et recherche sa fierté perdue. La crise identitaire ne sera pas résolue par des discours mémoriels mais par des actes qui donneront aux Sénégalais l’assurance que leur nation et ses valeurs sont protégées. Les actions du mouvement nio bagn nio lank du mois derniers et celles projetées dans le futur ne sont pas seulement la réplique d’un peuple épris de liberté, ils sont aussi l’expression d’une demande des Sénégalais et des Sénégalaises.

Est-il à jour de cet appel populaire ? La fuite des cerveaux ne cesse de s’amplifier d’année en année. La recrudescence du banditisme surtout en milieu citadin prend des proportions inquiétantes… Il faudrait riposter face à ce sentiment triste qui angoisse les Sénégalais. Mais sa parole est inaudible et l’action de son gouvernement à contresens des attentes du pays : la réforme concernant l’enseignement supérieur avec l’arrivée des universités virtuelles nivelle l’esprit du mérite là où il faudrait, au contraire, avoir l’ardeur des hussards du savoir et du civisme; la sécurité des citoyens est court-circuitée par les hésitations de la justice; notre système d’intégration tourne à vide, faute d’autorité.

Il est, à la fois, triste et insupportable de voir le Sénégal glisser hors de l’histoire et perdre la maîtrise de son destin alors qu’il dispose de tous les atouts pour jouer un rôle majeur au XXIe siècle.

Je ne sais pas s’il est encore temps de réagir. Son crédit est au plus bas dans l’opinion, ses frondeurs lui guettent au tournant, et pourtant agir est son devoir!

Nous lui conseillons d’oublier les échéances présidentielles de 2024 qui semblent guider ses moindres gestes. Pour la croissance et l’emploi, tout n’a pas été tenté. Avoir l’amabilité de demander l’avis des experts en la matière et cesser de caser une clientèle politique analphabète seraient vraiment salutaires pour la nation toute entière.

Pour tout dire, il a l’obligation d’utiliser cette dernière quinquennat pour faire, si possible, une autre politique. Oui, une vraie politique qui libère les populations qui, par leur audace et par leur génie, étonneraient l’Afrique et interpelleraient tous ceux qui, par le monde, se demandent ce que nous devenons.

Sinon, je risquerais de vous accuser…

Mamadou Lamine Sow, president du mouvement J-SOS (Jeunesse Sénégalaise avec Ousmane Sonko).

Partager
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *