Galère, salaire et Carrière: quand le conjoncturel s’impose au structurel

Dans la caverne de la misère, la galère détrône la carrière.

 »Le salariat, écrivait Karl Marx, est un système esclavagiste dans le cadre duquel l’asservissement s’aggrave à mesure que se développent les forces sociales et productrices du travail ». Ainsi, dans l’univers du travail le conjoncturel l’emporte sur le structurel car ne se préoccupant que de la gestion du quotidien, le travailleur regarde avec des lunettes noires sa carrière s’éroder, s’effriter et se perdre au fil du temps de la galère et sous les décombres des vicissitudes et turpitudes de la vie professionnelle.

Alors, dans son roman  » Le Talon de fer », publié en 1908, l’écrivain américain Jack London dresse un réquisitoire sévère contre le système capitaliste en complicité avec une nouvelle aristocratie élitiste dans ce monde contemporain où le travailleur se voit écraser tous les jours par la cupidité et la boulimie d’un patronat qui l’avilit à tel point qu’il sera pris entre l’Enclume de la misère sociale et le Marteau de sa carrière professionnelle.

Du pitoyable cultivateur au misérable salarié en passant par l’inconsolable marchand, toutes les forces vives de la nation se contentent parce que n’ayant plus d’autre alternative, du strict minimum, peu suffisant pour servir de portions congrues, ou bien d’un modique salaire peu ou prou pour permettre de joindre les deux bouts en attendant les sempiternelles fins des mois.





Triste sort réservé à ces preux par un inique système forgé dans les matrices politiques d’une élite qui fait de la domination et l’exploitation son fer de lance pour maintenir les pauvres travailleurs encore bien longtemps dans les geôles de la galère et de la misère; et se maintenir elle aussi, dans son luxueux confort. Au nom de quel titre? Et en vertu de quelle règle ?

Le travail, croyait Voltaire, nous éloigne de l’ennui, du vice et du besoin. En revanche, vu la rapidité avec laquelle s’enrichissent certains pontes de la politique et de l’administration sans véritablement travailler devant la grande masse de travailleurs qui croupissent toujours dans le cachot du désespoir, cette maxime n’est-elle pas à l’usure du temps ? Lorsque l’on sait que le salarié s’ennuie à la fin de chaque mois, le cultivateur reste stressé par des aléas climatiques d’une pluviométrie toujours imprévisible et dont dépendent encore ses semences et le marchand, angoissé par les tracasseries d’une économie capricieuse, défie tous les jours l’avenir. La force du travail ne nourrit plus les travailleurs et ne leur garantit point un avenir radieux plutôt que les exposer à une fin tragique.

Mobilisés au sein des organisations syndicales, conçues comme des structures de revendications et de préservation de leurs intérêts, celle-ci pour des intérêts pratiques et souvent crypto-personnels se transforment aujourd’hui, pour la plupart d’entre elles, en véritables  »agences de combines et de négociations avec les pouvoirs publics » pour reprendre ainsi le sociologue Alain Touraine. Dépouillé de tout espoir et jeté sur l’océan déchainé de misère et d’angoisse, le travailleur vogue, tel « le bateau ivre », en plein océan de troubles jusqu’à s’échouer sur les rives de la galère sociale où se plante l’épitaphe de sa carrière.

Mansour Shamsdine Mbow, Professeur et Chroniqueur

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