Endiguer le Covid-19 : Que faire ?

Le monde est à l’arrêt. Depuis quelques semaines, une crise sanitaire secoue les pays du monde. Cette crise sanitaire est entrainée par un « petit virus, d’une toute petite taille, visible à l’aide d’un microscope (…). » Elle continue de bousculer, sur tous les plans, notre zone de confort, par conséquent, mettant à nue la vulnérabilité humaine. Pour faire face, les pays ou les gouvernants notamment, ont pris et continuent de prendre des décisions « fortes »’ tant sur le plan sanitaire, économique, politique, que sociétal, … Ces mesures vont de l’interdiction de tout rassemblement au confinement total dans nombre de pays.

Toutefois, les situations sont alarmantes dans la plupart des pays. Le virus se propage tellement vite qu’au bout de trois mois, il est transmis à tous les continents, poussant ainsi l’OMS à décréter une pandémie mondiale le 11 mars 2020. Il devient alors évident de s’interroger sur l’efficacité des mesures décrétées, surtout qu’elles passent comme lettre à la poste.

Quelques points d’interrogations et/ou d’incohérence mériteraient d’être soulevés dans les différentes approches de gestion de cette crise sanitaire qui secoue le monde entier.

Vers un confinement total

Les gouvernements des pays touchés par la pandémie du COVID-19 n’ont pas tardé à réagir par la prise de mesures souvent jugées « ‘fortes » et qui concernent tous les pans de notre vie. Ainsi, les interdictions commencent à tomber selon la gravité dans les pays touchés. La France par exemple interdit tout rassemblement de 50 personnes le 13 Mars 2020 dans une perspective de lutte contre cette pandémie virale. De même, elle ferme l’ensemble des établissements d’enseignement élémentaire, secondaire et supérieur sur son territoire national. Cette période correspond, en Italie, au début du désastre amenant les autorités à décréter un confinement total dans les villes les plus touchées (Lombardi, Bergame, …). Pour rappel, le cas zéro (0) dans ce dernier pays n’est toujours pas connu, alors que les pays comme la France, l’Allemagne, le Royaume Uni ont péché avec le rapatriement de leurs citoyens confinés à Wuhan, province chinoise d’où est partie la propagation du virus depuis décembre 2019.

Jusqu’au 28 Mars 2020, le Coronavirus a contaminé dans le monde entier 634 192 personnes, avec 29 653 personnes tuées selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Il y a près de 500 000 sous traitement dont environ 5% dans un état critique. La Chine était le pays le plus fortement touché par le COVID 19 jusqu’au 27 Mars avec 82 195 personnes infectées, 3 303 décès des suites de la maladie et 78 892 sous traitement. Même s’il faut le dire, la situation semble être maitrisée depuis quelques jours avec presque pas de nouveaux cas, elle est la résultante d’un investissement humain, technique et financier sans précédent (construction d’un hôpital spécialisé de 1 000 places en dix jours) corroboré d’une discipline qu’a fait montre sa population. Elle a pris aussi des mesures allant jusqu’au confinement total dans certaines parties les plus fortement touchées comme Wuhan le 23 janvier, ce qui dans une moindre mesure a permis d’avoir moins de nouveaux cas et d’alléger les centres hospitaliers. Ainsi la Chine est devenue de moins en moins le principal foyer de l’épidémie.

La pandémie virale se progresse en Europe, qui est devenue l’épicentre avec 360 251 cas et plus de 21 360 morts (OMS). L’Italie est le pays européen le plus touché avec 10 107 décès des suites de la maladie du coronavirus et 92 457 malades à la date du 28 Mars (OMS). Ce qui a poussé les autorités à décréter le 09 mars dernier, un confinement total des 15 millions d’italiens et ce jusqu’au 3 avril. Cette mesure vise à limiter la circulation sur le territoire pour permettre de ralentir les nouvelles contaminations et permettre aux hôpitaux de souffler. L’Espagne, deuxième pays européen le plus touché, enregistre 5 627 morts et 71 930 infectés du virus, le Samedi 28 mars et tend vers un confinement quasi général. La France passe, entre le 25 janvier (date de détection des trois premiers cas) et le 14 mars, au stade 3 de l’épidémie. Elle enregistre ainsi 2 289 décès du coronavirus et 36 298 cas confirmés, ce 28 mars 2020 (OMS). En effet, la forte propagation du COVID 19 en Europe amène ses autorités à annoncer la fermeture de ses frontières et même de l’espace Schengen.

Pas de confinement cependant au pays de l’oncle Sam !

Donald TRUMP a annoncé dans son adresse à la nation du mercredi 11 mars : « pour empêcher de nouveaux cas pénétrer dans notre pays, je vais suspendre tous les vols en provenance d’Europe vers les Etats-Unis pour les trente prochains jours ». Il continue en blâmant l’UE de n’avoir pris « les mêmes précautions ». Toutefois, l’USA est le troisième pays le plus touché avec 102 122 cas confirmés, derrière la Chine et l’Italie. Pire, il a enregistré 16 894 nouveaux cas ce 28 Mars (OMS). Le nombre de décès total, à cette date, est de 1 495. Même si les mesures prises telle que la fermeture des universités, écoles, musées, etc. n’ont pour le moment permis de freiner la propagation virale, le Président TRUMP semble intriguer par les conséquences néfastes sur l’économie américaine. Sur ce, il a laissé entendre qu’il pourrait « assouplir » les restrictions mises en place contre le virus pour éviter une récession de l’économie de son pays.

Le continent africain compte 3 039 cas de coronavirus confirmés et près de 57 décès, dans quarante-trois (43) pays. L’Afrique du Sud et l’Egypte sont les pays africains les plus touchés avec respectivement 1 413 et 577 cas confirmés (OMS). Cette propagation de l’épidémie en Afrique fait craindre l’OMS qui demande aux pays africains de « se préparer au pire ». Même si des mesures drastiques sont prises par certains pays pour bloquer cette propagation virale, les capacités des centres sanitaires inquiètent plus d’un. Les conséquences économiques ne sont pas en reste. Un durcissement des conditions de crédit, un ralentissement de la croissance et la mobilisation des ressources publiques en faveur de la lutte contre l’épidémie pourraient réduire le volume de fonds disponibles pour les priorités de développement, dixit Ceyla Pazarbasioglu, Vice-présidente du pole Croissance équitable, Finance et Institutions (EFI) du Groupe de la Banque mondiale.

Le Sénégal a confirmé le premier cas de coronavirus sur son territoire, le 2 mars et compte aujourd’hui (29 mars) 115 cas et plus de 1 500 cas suspects sous surveillance. La contamination est de plus en plus importante avec des cas communautaires notés. Dans son adresse à la nation du 23 mars, le président Macky SALL semble admettre le manque de réussite du plan de contingentement mis en place depuis l’apparition du premier cas. Il renchérit que « l’épidémie qui était confiné à un seul foyer s’est étendue à d’autres localités du pays. C’est-à-dire que le virus gagne du terrain ». Ce qui implique à « relever le niveau de la riposte ». Ainsi, le chef de l’Etat a décrété un état d’urgence assorti de couvre-feu entre 20 H et 06 H du matin pour une durée non encore déterminée et ordonna aux autorités

compétentes de l’Etat de prendre toutes les dispositions nécessaires quant à son application. Il annonça en outre la création d’un fond de riposte et de solidarité, FORCE-COVID-19, « qui sera doté de 1 000 milliard de F CFA » pour pallier les effets négatifs de la pandémie sur l’économie nationale.

Mais la démarche adoptée semble claire : les restrictions prises ce 24 mars par le ministère des transports en dit long sur un potentiel confinement (interdiction du transport interurbain, réduction à moitié du nombre de passagers dans les transports urbains). Au pire donc des scénarios, si le personnel de santé ne parvenait pas à contenir l’évolution de la situation, le confinement total sera bien adopté. « Il y va de notre propre santé et de notre propre vie. Il y va de la santé et de la vie de nos familles et communautés », a conclu Macky SALL.

Il s’avère nécessaire de s’interroger sur l’applicabilité du confinement dans un pays où le taux de pauvreté monétaire était estimé à 46,7% en 2011 d’après le rapport d’Enquête de Suivi de la pauvreté au Sénégal (ESPS) publié par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Une étude plus récente et qui prend en compte l’aspect multidimensionnel (Education, Santé, Emploi, Conditions de vie, Gouvernance) montre que ce taux de pauvreté est de 28% en 2017, d’après Mamadou Amazou, économiste, expert de l’Observatoire de la pauvreté et des conditions de vie. Ces taux de pauvreté assez élevés montrent toute l’inquiétude de satisfaire les besoins alimentaires des principaux foyers concernés pendant tout le temps du confinement, bien sûr, toute la population n’est pas concernée mais combien de responsables de famille cherchent la dépense quotidienne au jour le jour ? 50 milliards ont bien été prévus pour la satisfaction des besoins alimentaires d’après le Président Macky SALL, mais juste une petite analyse suffirait de montrer que ce montant semble insuffisant. Le PIB par tête s’élevait à 1522 Dollars en 2018, soit un montant journalier de 4,17 dollars par jour, correspondant environs à 2530 F CFA par jour et par sénégalais. Avec une population Dakaroise dépassant largement les 3 millions d’habitants, celles de Touba et de Thiès également non moins importantes, les 50 milliards (faiblement revue à la hausse après l’audience accordée à l’opposition républicaine par Macky SALL) bien qu’importants seront dépensés en moins d’un mois alors que la pandémie n’a pas dit son dernier mot avec l’augmentation quotidienne du nombre de cas testés positifs.

Pire ! Les moyens humains et matériels font déjà défaut. Au cas où la pandémie atteindrait un certain niveau de dangerosité à cause de sa vitesse de propagation, la prise en charge sanitaire, les dégâts humains et la secousse économique, s’empireraient. Les données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) nous confortent dans cette analyse. La norme de l’OMS en la matière est claire : un (1) médecin pour 1 000 habitants. Tandis que le Sénégal enregistre pour un (1) médecin 12 374 habitants et les épidémiologistes dans tout ça sont comptés au bout du doigt. Des statistiques très loin des normes fixées par l’OMS. En termes de logistique nécessaire à la gestion des malades, pas plus de 135 lits sont disponibles dans les différents services des maladies infectieuses au Sénégal (12 lits à l’Hôpital Fann, 100 à l’Hôpital pour enfants de Diamniadio et 20 à l’Hôpital Darou Marnane de Touba).

Comme pour dépeindre la situation, l’activiste Guy Marius SAGNA poste sur sa page Facebook « … il y a pire. Au moment même nous avons 2 000 infirmiers qui font le job de 53 000 infirmiers ; nous avons 1 333 sages-femmes qui font le job de 53 333 sages-femmes ; nous avons 842 médecins qui font le boulot de 1 600 médecins ». Avec tous ces

manquements, la propagation du virus serait un suicide massif dont le confinement même total, ne saurait remédier. Alors, que faudrait-il adopter comme stratégies ?

Aller vers un dépistage massif !

Pour connaitre si l’on est porteur du virus du COVID 19, il faut effectuer un test biologique. Pour ce faire, un prélèvement à l’aide d’un écouvillon (long coton tige) des « cellules nasales profondes » du patient est assuré, a laissé entendre le président du syndicat des biologistes (France), Dr François Blanchecotte. Il faut noter qu’il existe de nombreux autres tests, mais le plus rependu demeure de nos jours ce test développé par l’institut Pasteur.

Les autorités sanitaires du Sénégal ont opté, depuis le début de la crise à la stratégie dépistage des cas suspects. Le laboratoire de l’institut Pasteur établi à Dakar est la seule institution sanitaire où les analyses des prélèvements des cas suspects ou personnes à risque sont faites. Le ministre de la santé et de l’action sociale, Abdoulaye Diouf SARR, a annoncé que l’IRESSEF « rejoindra le dispositif de test du coronavirus, ce qui nous permettra d’avoir un rayon d’intervention plus large ». Doté d’un appareil Quantstudio capable d’effectuer 12 000 tests de coronavirus en trois (3) heures, a confirmé le Professeur Souleymane MBOUP expert virologue et responsable dudit centre. Ainsi, le Sénégal dispose actuellement d’une importante capacité de tests par jour ce qui fait de lui, un hub important du dispositif sanitaire de la sous-région en matière de lutte contre cette épidémie virale. Le ministre SARR d’insister sur le rôle important de laboratoires performants pour le « … diagnostic, l’identification et la confirmation des cas » dans la lutte contre le coronavirus.

Par ailleurs, le confinement serait une stratégie pour décongestionner les hôpitaux pendant les périodes de saturation. Elle ne saurait être efficace que si elle est accompagnée par une stratégie de communication allant dans le sens d’éveiller les consciences des masses populaires sur les dangers sanitaires et économiques de la pandémie. En plus, il existe des porteurs du coronavirus ne présentant aucun signe (ou très faiblement) pouvant passer sous les radars et contaminer autant de gens. Par exemple selon une récente étude, 86% des gens infectés n’ont pas été détectés au début de l’épidémie du coronavirus à Wuhan. Alors, la première bataille à gagner dans cette « guerre » est celle de la détection des personnes porteuses du virus. C’est ce que semble comprendre la France qui oeuvre à massifier les tests de dépistage pour sortir de son confinement, renonçant ainsi à sa stratégie de tests des cas suspects, inefficace.

Il faut le dire, la stratégie de test massif nécessite un investissement en moyens financier, technique et humain importants. Surtout, si le pays ne dispose d’industries de production des intrants utilisés dans le dépistage du COVID 19, à l’instar du Sénégal. Mais il est évident que les pertes économiques et les retards dans plusieurs secteurs résultants du confinement, sont plus importants comparés aux investissements. En plus, il est sûr que personne ne peut deviner à quand la fin du confinement. Dans ce cas, une volonté politique, digne de ce nom, doit porter une stratégie de réponses concertées, immédiates et prospectives.

Pour le Sénégal, il urge donc d’adopter un dispositif efficace pour détecter massivement tous les porteurs du coronavirus d’abord dans les différents clusters et à l’échelle du territoire national. Ce qui permettra de développer un outil géomatique (géographique et informatique) interne de surveillance des cas positifs et d’information en temps réel. Aussi, il doit être élaboré un instrument sous régional de coordination, de contrôle et de partage d’informations que l’Union Africaine par le biais de son Centre africain de prévention et de lutte contre les maladies pourrait porter.

Thierno Bachir SY, Géographe-environnementaliste, bounebaz1@gmail.com
Amadou TANDJIGORA, Economiste, amadou.tandjigora@yahoo.fr

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