Diaspora Bond de la BHS : Je ne suis pas convaincu (Par Roger DIOUF)

J’aime beaucoup l’effort, j’adore le projet, mais je n’ai pas confiance même si j’apprécie énormément le travail de qualité que fournit la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS). Ceci est d’ailleurs une innovation majeure que je mets à l’actif de la BHS, de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) et de l’ensemble du Marché Financier Régional.

La BHS détenue majoritairement par l’Etat sénégalais à 18,63 %, veut emprunter 20 Milliards de FCFA (30 Milliards au maximum) à la « diaspora sénégalaise » pour financer des projets d’envergure que représentent, pour l’Etat sénégalais, les pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose, avec un taux d’intérêt de 6,25% par an pendant 5 ans prorogeable 2 ans.

Pour faire court, parce que les termes financiers sont parfois indigestes, vous prêtez 10 000 FCFA à la BHS au taux de 6,25% et chaque année pendant 5 à 7 ans vous gagnez 625 FCFA. Au bout de 5 ans, si toutes les conditions de remboursement sont remplies, votre placement aura rapporté 3 125 FCFA et vous aurez le sentiment d’avoir servi votre pays. La classe non ! C’est d’ailleurs l’intérêt de ce type d’instrument financier.

Petite clarification pour commencer, le marketing de cette opération veut que la cible soit la « diaspora sénégalaise » pour susciter un élan patriotique. En lisant le bulletin de souscription, on se rend compte que TOUT LE MONDE est ciblé, les ressortissants de l’UEMOA et les entités morales étrangères avec naturellement une catégorisation de l’offre.

En réalité, ce fonds ne ciblait pas que des investisseurs sénégalais de la diaspora. Pourquoi ?

1. Malheureusement, très peu de décideurs et de membres de la diaspora sénégalaise connaissent suffisamment cet instrument financier. Mêmes les professionnels du milieu sont souvent rebutés par la complexité de la réglementation qui touche à l’émission d’obligations à l’étranger.

En moins d’un mois et demi, entre l’obtention de l’autorisation d’émettre cette obligation et son lancement, la BHS n’a pas pu organiser une communication adaptée pour informer efficacement et surtout CONVAINCRE une diaspora qui a voté, en Europe et en Amérique, majoritairement pour l’opposition.
Pourquoi encore se précipiter là où il faut savoir gagner la confiance de la diaspora sénégalaise composée de toutes les couches socioprofessionnelles (cadres, non cadres, analphabètes, commerçants…) ? C’est certainement cela le Fast Track.

2. Pour réussir les émissions obligataires destinées à la diaspora sénégalaise, l’Etat sénégalais, les collectivités locales et la BHS sont tenus d’observer un minimum de règles en la matière, notamment par rapport à la notation qui est bonne d’ailleurs pour la BHS et à la CONNAISSANCE de leur diaspora. Quel dispositif l’Etat sénégalais a-t-il mis en place ces dernières années pour connaitre sa diaspora ?

3. Manque de confiance : il n’est point aisé d’inciter des sénégalais de la diaspora qui ont une image dégradée de la gouvernance de notre pays, à souscrire à un emprunt d’État surtout s’ils savent que l’Etat doit énormément d’argent à ses investisseurs privés.

4. Sur la fiscalité : il est surprenant de lire sur la plaquette de présentation : « « Les revenus liés à ces obligations sont exonérés d’impôt pour les souscripteurs résidant au Sénégal et soumis à la fiscalité en vigueur dans le pays de résidence des souscripteurs au moment des paiements. ». En d’autres termes, le souscripteur est exonéré d’impôt sur les revenus liés à ces obligations s’il réside au Sénégal. Rappelons que la diaspora ne réside pas au Sénégal…

En reprenant l’exemple cité plus haut, pour le souscripteur prend le risque de mettre un ticket de 10 000 FCFA à la BHS au taux de 6,25%, si toutes les conditions de remboursement sont remplies, il gagne 3 125 FCFA au bout de 5 ans. Et là on est peut être en train de lui annoncer qu’il va devoir reverser à l’état où il réside, par exemple à l’Etat français s’il réside en France, 30 à 50% des 3 125 FCFA qu’il a gagné. Donc réellement c’est environ 1 562,5 FCFA qui entre dans sa poche pour 10 000 FCFA d’investissement, et évidemment ça s’est si tout ce passe bien et pour une fois réjouissons nous que la parité EUR/XOF soit fixe et que donc l’effet de change ne soit pas pris en compte dans nos calculs.

Pourquoi cette précipitation ?

Convenablement commercialisée, la Diaspora Bond est de nature à stimuler l’investissement, et par conséquent, à soutenir la croissance des marchés intérieurs, à élargir la capacité d’emprunt de l’État et à créer un cercle vertueux propice au développement durable. Les emprunts obligataires destinés à la diaspora permettent aux gouvernements de mobiliser l’épargne des migrants et pas seulement leurs revenus, et de se focaliser davantage sur les investissements à long terme. Cela reste toujours une bonne chose.
Un grand bravo à la BHS parce que cette émission obligataire, historique dans la zone CFA, est une grande première, qui j’espère malgré mes doutes aboutira pour rembourser les citoyens qui y auront participé.

Roger T. DIOUF

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