Crise postélectorale encore! La Cote d’ivoire et les séquelles du parti unique(Par Mouhamadou Sarr)

Au lendemain des élections présidentielles ivoiriennes, le candidat sortant Mr Alassane Ouattara est déclaré vainqueur avec un score soviétique de plus de 94%. Ceci, suite à l’appel de boycott et à la désobéissance civile de ses challengers. L’opposition met en place un gouvernement parallèle qu’elle appelle de transition dirigée par Henry Konan Bédié. L’histoire bégaie, une crise postélectorale est à l’affût. Pour analyser lucidement la situation, remontons l’histoire politique jusqu’aux années 90.

La guerre des héritiers de Houphouët

De 1946 jusqu’à 1990, un seul parti existait en cote d’ivoire, il s’agissait du Parti Démocratique Ivoirien – Rassemblement démocratique Africain (PDI-RDA) dirigé par Félix Houphouët Boigny. Ce dernier qui fut président de la république de la Cote d’ivoire de 1960 à 1993 considérait que le parti unique était le meilleur système politique pour le pays. Après la mort de Houphouët Boigny en Décembre 1993, le pays disposait de 3 hommes forts qui devraient gouverner ensemble. Cette architecture tricéphale institutionnelle de la cote d’ivoire était constitué d’Alassane Dramane Ouattara, premier ministre d’alors et non moins actuel président de la République, Henry Konan Bédié qui était le président de l’assemblée nationale et actuel challenger de Ouattara à la magistrature suprême à travers les élections actuelles. Enfin le général Robert Guei, qui s’occupait de des forces armées. S’invite à la fête le fondateur du front populaire Ivoirien (FPI), un certain Laurent Gbagbo qui était revenu d’un long exil en France tout juste avant la mort de Houphouët quand ce dernier avait accepté le multipartisme dans le pays. Gbagbo était le principal opposant de Houphouët. Comme au Sénégal, si le président est dans l’incapacité d’assumer pleinement sa fonction, le président de l’assemblée devra le remplacer. Après la mort de Houphouët, Bédié  devient le deuxième président de la république ivoirienne et dirige le pays pendant quatre longues années. Le malheur ivoirien s’amorce quand ce dernier a voulu modifier la constitution pour écarter le candidat Ouattara en introduisant la condition selon laquelle le candidat qui veut briguer la suffrage des ivoiriens doit être ivoirien de père et de mère.

Ouattara entre le marteau et l’enclume

Suite à cette problématique ‘concept d’ivoirité’, Bédié a été renversé par un coup d’état militaire mené par le général Guei. Ce dernier qui déclarait ne pas être intéressé par le pouvoir commence à y prendre goût et au bout de 10 mois de règne il décide d’organiser des élections auxquelles il sera candidat. Le général est lui aussi séduit par le concept «d’ivoirité» ce qui lui fera face à Gbagbo puisque les deux autres formations politiques à savoir la PDCI et le RDR avaient décidé de boycotter les élections. Le 22 octobre 2000, Laurent Gbagbo devient le troisième président de la république ivoirienne avec 59% des voix. Le magistère de Gbagbo a été entaché par beaucoup de morts suite à la guerre civile qui opposait le sud et le nord également fief de Ouattara, l’assassinat du général Robert Guei et de son épouse. La lumière n’a toujours pas été faite sur l’affaire des corps de 300 ivoiriens du nord que Ouattara impute (toujours) à Gbagbo. Le président Ouattara qui déclarait ne pas briguer un troisième mandat se dédit à la suite du décès de son numéro 2, et défunt premier ministre Monsieur Amadou Gon Coulibaly. Cette rétractation pourrait être analysée sous différents angles : premièrement le président a contracté le virus de la pathologie chronique des chefs d’états africains qui est celle de vouloir perdurer par tous les voies et moyens au pouvoir. C’est important de rappeler que le premier président ivoirien est mort au pouvoir, deuxième a été évincé par un coup d’état militaire, le troisième président a été délogé de son palais par les forces républicaines en coalition avec l’armée française. Ensuite Ouattara se retrouve face au parrain du «concept d’ivoirité», Henry Konan Bédié, faces à des candidats qu’il considère avoir du sang dans les mains (candidat de la FPI). Le président Ouattara doute fortement que si le pouvoir tombe par malheur entre les mains de ces gens des règlements de comptes pourraient resurgir puisqu’ils sont coutumiers des faits. Enfin même si Ouattara a un bilan économique globalement flatteur sur le plan macroéconomique avec un taux de croissance stable pendant les 5 dernières années, la réconciliation nationale suite à la crise postélectorale est la grande déficience de son double mandat. Nous croyons qu’il ne veut pas quitter le pouvoir sans enlever cette épine du pied. Il a promis à Gbagbo qui est assigné en résidence en Belgique de lui remettre son passeport après les élections

Le multipartisme et l’instabilité politique

Trente ans après les premières élections présidentielles démocratiques ivoiriennes organisées sous le système «multipartisme», comme à l’accoutumée une crise postélectoral réapparait. Il serait donc légitime de remettre en question le passage du parti unique au multipartisme dans ce pays où depuis l’adoption de ce système politique, les contestations postélectorales s’éternisent. Selon les réalités socioculturelles et les obédiences ethno-politiques, le parti unique ne serait-il pas le système politique adéquat? Mais nous devrions mettre en exergue le fait que la configuration politique n’a pas changé depuis 30 ans. Le RHDP, le PDCI les deux partis issus de la formation politique de Houphouët représentés respectivement par Ouattara et Bédié et le FPI, le parti de Gbagbo, représenté par Pascal Affi N’guessan, pas un seul nouveau parti à part un indépendant. Ce statisme de la vie politique ivoirienne empêchant l’émergence de nouveaux hommes politiques (et par conséquent de nouveaux partis politiques) serait une amère conséquence de ces longues années de parti unique.

 

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