Covid19 et rentrée scolaire (2ème partie) (Par Pr Alassane Diédhiou)

 

Dans la première partie de notre contribution, nous avions parlé de la tendance baissière du taux de contamination à la COVID 19. Nous proposons dans cette dernière partie de parler de la rentrée scolaire, prévue au mois de novembre. Doit-on parler de rentrée ou de reprise des activités scolaires ? Beaucoup de questions se posent à nous pour voir comment se déroulera cette année scolaire ?

  • Comment respecter les mesures barrière ?
  • Après huit mois d’interruption quel programme enseigner aux apprenants ?
  • Quel sera le découpage de la nouvelle année scolaire ? Va-t-on maintenir le même quantum horaire ?

La reprise de l’année scolaire 2020-2021, est prévue le 12 novembre 2020, après une interruption des apprentissages de huit mois pour les classes hors examens. Le gouvernement a trouvé un moyen de sauver l’année pour les élèves en classes d’examens : CM2, Troisième et Terminale. Les examens ont été déroulés, et on a eu cette année de bons résultats. Nous félicitons tous les admis, et nous disons bon courage aux candidats ajournés pour l’année prochaine.

Avec cette pandémie, comment va-t-on faire pour respecter les mesures barrière ? Rappelons que parmi les mesures barrières, il y a par exemple le respect de la distance, le port du masque, le lavage des mains etc.

Si pour certaines mesures, l’Etat peut mettre en place les moyens pour les faire respecter, par contre il sera difficile de faire respecter la distanciation et le quantum horaire. En effet, dans beaucoup d’écoles les effectifs dépassent soixante élèves par classe dans l’élémentaire. Pour être concret, prenons l’exemple d’une classe de CP, ces élèves étaient au CI en 2019-2020. Ils ont fait moins de 50% du quantum horaire, et sont restés huit mois sans apprendre. Ce temps de non apprentissage, est équivalent à un temps d’abandon, donc il faut considérer que les enfants ont oublié plus des trois quarts que ce qu’ils ont appris pour ne pas dire tout oublié. L’enseignant qui a cette classe doit faire du deux en un, c’est à dire deux programmes en une année.

Dans ces conditions peut-on faire deux cohortes pour respecter la distance, le quantum horaire et les programmes, avec un seul enseignant ? Non !

Par ailleurs, beaucoup d’écoles sont encore soit inondées soit occupées par les sinistrés, ce qui veut dire que la rentrée du 12 novembre ne sera pas respectée pour ces dernières.

Même si on ne respecte pas les mesures de distanciation, quel programme

Enseigné ? Quel sera le quantum horaire ?

Pour aborder ces questions, je prends toujours l’exemple du CP. L’enseignant de cette classe reçoit des enfants venus du CI, ayant presque tout oublié. Est-ce que la période de novembre à mars suffit pour l’acquisition du programme du CI ? La réponse est négative car, les enfants ont presque tout oublié donc l’enseignant qui veut faire correctement son travail sera amené à aller vers le début du programme du CI. Même s’il arrivait à terminer au forceps le programme du CI avant le mois de mars, combien de temps lui faudra-t-il pour aborder tout le programme du CP ? Ce qui nous amène à nous demander quel sera le découpage de l’année 2020-2021.

Prenons un autre niveau, la terminale S. On a fait passer les élèves de 1ère S sur la base du premier semestre. Un sondage fait auprès de professeurs de Mathématiques ayant tenu des classes de 1ère S, montre que beaucoup de notions fondamentales n’ont pu être abordées. Par exemple, certains n’ont pu aborder que les notions de limite et continuité, ceux qui sont avancés en Analyse ont abordé la dérivabilité. Personne parmi les enseignants que j’ai contactés n’a abordé l’étude complète d’une fonction. En plus, beaucoup de chapitres n’ont pu être abordés :  la Trigonométrie, les suites numériques, la Probabilité etc. La situation va être très compliquée pour les enseignants et les apprenants. L’étude de fonction est centrale en Analyse, dans la suite des études en Mathématiques. D’un autre côté la trigonométrie, est transversale. Elle est utilisée en Physique (Mécanique générale, Electricité), elle permet d’aborder le cours des nombres complexes. Nous posons la même question. Combien de temps le professeur de la classe de terminale S va-t-il prendre, pour terminer le programme de 1ère S pour ensuite aborder celui de terminale ? Ce que nous avons exposé sur les Mathématiques, est aussi valable pour les Sciences Physiques, SVT et autres disciplines dans les séries littéraires.

Face à cette situation, il est urgent de trouver plan de sauvetage de l’Ecole sénégalaise. Voici quelques pistes d’orientation :

  • Faire un réaménagement quinquennal ou décennal des programmes, délimiter un programme minimum, par exemple pour l’élémentaire ce qui n’est pas permis d’oublier pour chaque étape. Par exemple pour la première étape, mettre le focus sur la lecture et les maths.

Ce travail demandera beaucoup de temps et de moyens car, il doit impliquer les IA, IEF, les enseignants et les partenaires sociaux.

  • Revoir le quantum horaire, et le découpage de l’année en tant compte des conditions climatiques.
  • Renforcer le volume horaire des disciplines fondamentales de chaque série, pour le secondaire, en réduisant celui des disciplines de découverte. Ce travail doit se faire aussi au niveau moyen.
  • Proposer dans l’élémentaire dans la mesure du possible, que chaque enseignant continue avec ses élèves, parce qu’il les connaît mieux.

On a fait un colmatage pour l’année 2019-2020, cela ne peut pas continuer. Par exemple en Terminale S2 certaines parties ont été charcutées dans le programme de SVT, comme la Reproduction et l’Immunologie, c’est le aussi des Sciences Physiques. Certains élèves n’ayant pas appris cette partie du programme, pourront rencontrer des difficultés s’ils sont orientés en Médecine.

Dans l’éducation toute erreur se paie cash. Faire cumuler des lacunes aux apprenants pendant plusieurs années va nous couter très cher en termes de niveau de ressources humaines (médecins, enseignants, économistes, etc.).

Cette situation de Covid 19 risque d’aggraver la fracture sociale, en effet, les enfants issus des familles aisées peuvent avoir la chance de disposer de répétiteurs à la maison qui leur mettront d’être à jour sur leur programme.

 

 

 

Prof. Alassane DIEDHIOU

Coordonnateur adjoint départemental

PASTEF/Ziguinchor

 

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Un commentaire

  1. Texte simple et plein de sens. Aux autorités compétentes d’apporter des éléments de réponses surtout aux différentes interrogations.

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