« Corrupto virus » au Sénégal (Par Abib Diop)

Le Sénégal n’est pas encore touché par le coronavirus 2019-nCov, qui a fait près de 600 morts avec un indice de contagiosité relativement modéré. Cependant notre pays fait face à un adversaire beaucoup plus redoutable, plus contagieuse et plus mortelle que la maladie précitée.

Cette maladie s’appelle la corruption qui pourrait être classée au stade de pandémie au vu de sa propagation et de ses effets mortels. Ce fléau et les différentes malversations financières, impactent directement la santé mère-enfant. Il suffit de consulter les rapports 2015,2016 et 2017 de la cour des comptes pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts en ce qui concerne l’opacité de la gestion des deniers publics.

Notre système sanitaire aurait pu être amélioré avec ce manque à gagner et certainement on aurait baissé le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans, qui avoisine 1 sur 20 et le fait qu’environ 5 femmes meurent par jour au Sénégal, en couche ou des suites de complications liées à la grossesse.

Le titre est fait à dessein pour déplorer la récente sortie du « père de la Nation » déclarant le rapatriement de ses 13 enfants vivant à Wuhan, épicentre de l’épidémie de coronavirus, comme étant « hors de portée du Sénégal » quand bien même la corruption gangrène le pays !

J’ai alors cherché dans tous les sens l’explication d’une telle déclaration, qui je dois le dire n’est pas complète, traduisant une énième faille au niveau de la communication de la présidence de la république.

Parle-t-on d’un problème financier pour le rapatriement de 13 étudiants ? Alors qu’au même moment une délégation a survolé la Chine pour se rendre à Séoul et récupérer un prix Sunhak 2020 décerné au père n’ayant pas les moyens d’assister ses enfants. Ce même père a fait tripler le budget de la présidence et du gouvernement en 7 ans. Donc je ne peux croire à une telle explication !

Notre République est-elle jeune, frêle et novice en diplomatie ? N’a-t-on pas la possibilité, en vertu des liens séculaires avec plusieurs grandes puissances, d’avoir une aide logistique afin de répondre aux requêtes de nos compatriotes confinés à Wuhan ? Ce manque de considération vis-à-vis d’une partie du peuple traduit une fracture béante et abyssale de notre société. Rappelons qu’au même moment 3 pays africains ont rapatrié leurs ressortissants.

Alors tentons une autre explication possible pour comprendre la déclaration du chef de l’Etat. Est-ce à cause d’un manque d’experts connaissant la maladie et de structures sanitaires adéquates ? Sur le même sujet, l’institut Pasteur de Dakar a organisé un atelier de formation regroupant 15 pays africains et un éminent professeur en médecine a récemment confirmé la capacité du Sénégal à faire face à la maladie. D’ailleurs l’Ebola, qui pour le seul mois de Juin 2014 a fait 467 morts pour 759 cas, est beaucoup plus mortel que le coronavirus, qui actuellement fait 500 morts pour plus de 25000 cas.

Le Sénégal avait même accepté de garder et de soigner un cas qui s’était révélé concernant un jeune guinéen avec un traitement couronné de succès. J’écarte alors cette hypothèse !

Avant de finir, j’ai alors décidé de consulter la constitution du Sénégal pour comprendre l’obligation d’assistance dans le cas d’espèce. Je tombe alors sur l’article 7 « La personne humaine est sacrée. Elle est inviolable. L’Etat a l’obligation de la respecter et de la protéger », ce qui est complété par l’article 8 qui parle du droit à la santé.

Je reste alors sur ma faim !

A retenir : En langage de la jungle, le peuple est une croisée de mouton et de lion concernant son tempérament, autant il peut accepter l’inacceptable, autant il peut renverser tout sur son passage ! Ce peuple a besoin de respect et non de pouvoir !

Abib DIOP, Ingénieur procèdes industriels, Spécialiste en stratégie d’entreprise

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